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Actualisé le 16 novembre 2019

Bienvenue dans l'Atlas de Partance Immédiate !

Ici, vous trouverez des données utiles à la compréhension des pays que vous visitez. Si vous constatez des inexactitudes, merci de nous les signaler par courriel. Idem si vous estimez que des données mériteraient de figurer.

Nous nous efforçons de mentionner les données fondamentales et veillons à ne pas entrer trop dans les détails. Pour ceux qui voudraient approfondir certains points, nous vous proposons des liens ou des références.

Vous pourrez trouver en descendant des infos sur :

- le Mezzogiorno

- Hawaii

- l'Italie du Nord

- la Tunisie

- l'Irlande

- le coeur d'Amérique

- le Nord Argentin

- la Turquie de l'Ouest

- l'Indonésie centrale

- l'Est américain

- l'Ouest américain

- la Thaïlande

- les Antilles

- l'Afrique du Sud

- la Chine orientale

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le Mezzogiorno

 

Etrange bout du monde que ce « Midi » italien.

Car il réussit la prouesse d'apparaître isolé et lointain tout en étant au beau milieu de la Méditerrannée, qui fut pendant longtemps le centre du « monde connu » des Européens.

Aujourd'hui encore, les Italiens eux-mêmes considèrent cette région de leur pays comme à l'écart, presque comme une lointaine province d'outre-mer dont on ne saisit pas bien les codes.

Quant aux non-Italiens, ils oublient volontiers que les terres se prolongent au sud de Rome. Les plus avertis pensent à Naples, mais guère au-delà. D'autres apprécient les plages de Sardaigne ou de Sicile, mais font assez peu souvent le lien avec l'Italie.

C'est à peine caricatural.

Alors comment expliquer un tel décalage entre la réalité géographique et la perception qu'en ont les gens qui y vivent et les autres ?

Objectivons d'abord l'aspect géographique des choses.

Ce qu'on appelle Mezzogiorno est le sud de la « botte » que forme la péninsule italienne, auquel on ajoute la Sicile et, parfois, la Sardaigne.

Cette appellation n'a rien d'administratif, c'est un peu comme le « Midi » en France. C'est là où commence une région vraiement différente des autres : plus de soleil, des habitudes et des parlers typiques qui n'ont rien d'un simple folklore, des paysages d'un autre pays.

Alors il est vain de chercher une limite précise qui marquerait le début ou la fin de cette région.

Si bien qu'on se rabat sur les frontières administratives pour en dessiner approximativement le contour.

Ainsi, le nord du Mezzogiorno s'arrête dans les Abruzzes, à l'est de Rome sur l'Adriatique.

Au sud, c'est plus simple, puisque ça couvre toute la côte jusqu'à la pointe (Calabre) et au talon (Pouilles) de la « botte », en passant par la Basilicate et la Campanie.

N'oublions pas la Sicile, qui n'est une île qu'à 2 km près, distance qui la sépare du continent (détroit de Messine).

Cette région, aussi vaste que la Grèce, en est une proche voisine. Corfou n'est pas à 100 km.

A cette proximité terrestre (du moins maritime), s'ajoute une proximité historique, puisque le Mezzogiorno était à une époque la « Grande Grèce », colonie importante des Hellènes.

Mais il y a plus près encore : l'Albanie n'est qu'à une soixantaine de kilomètres des Pouilles.

La côte adriatique du Mezziogiorno n'est pas bien éloignée de celles de la Croatie et du Monténégro. Ce bras de la Méditerrannée constitue de longue date une région d'intense commerce maritime, dont Brindisi et Bari sont les principaux ports. Au temps où l'on voyageait par paquebots ou par train vers le monde oriental, on y faisait escale.

La côte sud est largement ouverte sur la mer et ne compte du coup pas de voisins. Elle partage donc ceux des autres coins de la côte.

Au sud-est, on retrouve le tandem Calabre – Sicile. Cette dernière n'est qu'à 120 km de la Tunisie et moins de 100 km de Malte. La Libye est un peu plus éloignée, mais reste suffisamment proche pour que des hordes de réfugiés tentent leur chance sur des barques dangereusement bondées.

N'oublions pas que le sud de l'Italie est en prise directe avec le nord du même pays. Cette évidence est bonne à rappeler, car elle semble échapper à beaucoup de monde. Autrement dit, les « voisins » du Mezzogiorno les plus proches et les plus accessibles sont les Italiens du centre et du Nord.

On le voit : la région est entourée de voisins proches, en Europe et en Afrique.

Alors pourquoi ce sentiment d'isolement ?

L'explication la plus rationnelle tient d'abord au climat.

Ce n'est déjà plus l'Europe, mais l'Afrique. Nous ne sommes plus dans les riantes contrées toscanes, encore moins dans la riche plaine du Pô. Nous sommes dans un Sahel du Nord. Lumière, chaleur et sécheresse sont de rigueur. Depuis toujours. Le Sirocco venu du Maghreb voisin vient régulièrement marquer son territoire.

A cela s'ajoute une topographie capricieuse. A cheval entre les plaques eurasiatique et africaine, la région est particulièrement sismique et volcanique. Pensez à Pompei, près de Naples.

Le Vésuve (encore actif de nos jours), y a pétrifié l'une des plus importantes zone de villégiature de la Rome antique. On y découvre presque tous les jours des merveilles d'art et des révélations sur les Romains de l'époque.

Le Stromboli, en pleine mer, fait régulièrement des siennes, tout comme l'Etna en Sicile, pour ne citer que les plus célèbres d'une longue série de volcans.

Les séismes sont également fréquents, parfois violents, avec de temps à autres des catastrophes qui défrayent la chronique.

Malgré sa sécheresse, la région n'est pas à l'abri de pluies torrentielles aux saisons humides.

Un tel décor n'aide pas le paysan dans sa tâche. L'animal se fait plus rare, puisqu'il trouve mieux en allant plus au nord.

Si bien que pour que le travail agricole devienne rentable, il faut de grands domaines. Ce n'est donné qu'aux plus riches, qui exploitent tous les autres. La misère entraîne toujours son lot de violence et la protection du capital a pris de longue date la forme de milices privées, face à un Etat peu présent. La Mafia s'est donc presque naturellement constituée, loin des regards de Rome, qui avait des régions bien plus riches à gérer.

Une longue tradition agricole pauvre s'est maintenue, condamnant la région à rester à l'écart du progrès et de l'industrie. Beaucoup sont allés chercher fortune ailleurs. Et ailleurs, c'est le nord. Combien d'ouvriers du sud se sont « exilés » dans les grandes villes industrielles du nord de l'Italie, de l'Europe ou d'Amérique ? Suffisamment pour que le Mezzogiorno se vide peu à peu de ses forces et s'enfonce toujours plus dans le retard de développement. C'est ce retard persistant qui a suscité un certain mépris dans l'esprit commun, qui oublie bien vite les difficiles conditions qui en sont l'explication.

Aujourd'hui, on recherche une meilleure harmonie économique dans l'espace italien. On redécouvre les atouts d'une région oubliée et sous-évaluée. Le tourisme en est un qui se développe. L'Europe accorde des subventions pour redynamiser une de ses contrées les plus défavorisées mais surtout diablement proche de l'Afrique du Nord. Politiquement, on reprend conscience de l'importance stratégique de cet ancien centre du monde méditerrannéen.


Parlons un peu de Naples, la grande ville du Sud

On dit que c'est la troisième ville du pays, derrière Rome et Milan.

Ça, c'est si on ne compte que le million d'habitants de son centre. Si on tient compte de sa banlieue, on change de dimension : cette fois-ci, il s'agit de 4,5 millions d'habitants, soit la 2ème ville, devant Rome. Une telle agglomération est rare : c'est la seconde après Barcelone en Méditerrannée européenne.

Elle est au fond d'une large baie qui donne sur de nombreuses îles, dont les plus fameuses sont Capri et Ischia.

C'est sa position de carrefour maritime, mais aussi une exceptionnelle fertilité de ses terres qui ont attiré dans cet endroit une population qui s'y est installée depuis fort longtemps.

L'histoire de la ville a presque 3000 ans. C'était déjà un grand centre commercial, politique et intellectuel grec dans l'Antiquité. Et ça n'a jamais cessé d'être une ville de première importance depuis, passant même par le statut de Royaume de Naples, puis par celui de capitale du royaume des Deux Siciles.

Et pourtant, la ville vit depuis toujours dangereusement : elle est au pied de deux gros volcans actifs, dont le terrible Vésuve qui a ravagé soudainement Pompéi non loin de là, il y a près de 2.000 ans. Les millions de napolitains vivent depuis des millénaires sous la menace imprévisible d'une explosion volcanique suivie de nuées ardentes qui dévasteraient tout sur leur passage avant que les coulées de lave, de boues et de cendres n'achèvent le travail.

Et pour que cette menace permanente ne soit pas oubliée, la terre tremble régulièrement, plus ou moins fortement. Tout cela ne saurait entamer l'insouciance et la joie de vivre des napolitains.


On ne peut considérer avoir parlé de Naples si on fait l'impasse sur sa cuisine


Une ville méditerranéenne de cette importance, qui a connu tant d'influences différentes, ne pouvait qu'être une capitale gastronomique, la géniale inventrice de la pizza.

Depuis toujours, on a eu le souci d'un équilibre entre les céréales et les légumes, la viande, le poisson, les crustacés et autres mollusques.. Si bien que la pasta est omniprésente, en tant que base de nombreuses recettes.

La plus populaire ici est sans aucun doute la pasta e faigioli (des pâtes et des fayots).

Les huiles, les fruits et aromates méditerranéens ont fait le reste, sans oublier la culture de la vigne dont l'art fut apporté par les Grecs anciens.

Le génie napolitain s'exprime dans le rafinement de nombreux plats élaborés à partir d'ingrédients fort simples.

L'exemple le plus frappant est la pizza, que le monde entier dévore. On en mangeait ici déjà pendant l'Antiquité ! Certes, on n'y mettait pas de sauce tomate, puisque ce fruit américain n'est parvenu en Europe que beaucoup plus tard. Mais on aplatissait une galette de blé sur laquelle ont étalait des ingrédients de l'époque. L'art du pizzaïolo est récemment entré au patrimoine immatériel de l'humanité, qu'on se le dise !

Les fromages et préparations à base de produits de la mer sont d'une diversité étonnante, tandis que les desserts sont pour certains devenus de grands classiques : baba au rhum (mais oui!), glaces, sans oublier le sacro-saint café.

Quittons cette corne d'abondance pour la Sicile


Ne cherchez pas, vous ne trouverez pas de plus grande île que la Sicile en Méditerrannée. Grande comme la Bretagne, elle est cependant talonnée par sa soeur, la Sardaigne. Entre ces deux îles, séparées par 250 km de pleine mer, de nombreuses différences.

La Sicile (5 millions d'insulaires) est 4 fois plus peuplée que la Sardaigne (1,2 millions).

La première est un morceau d'Afrique, la seconde un morceau d'Europe.

L'une compte de grands ports urbains, l'autre reste globalement rurale.

L'une est chargée d'Histoire, tandis que l'autre s'en est plutôt tenue à l'écart.

La Sicile est montagneuse, du fait qu'elle abrite des volcans, dont l'Etna n'est pas des moindres.

Culminant à 3300 m, il est le plus haut des volcans européens en activité. C'est aussi l'un des plus actifs du monde et Dieu sait si le monde est riche en volcans actifs, surtout dans le Pacifique !

Concrètement, l'Etna vomit des coulées de lave plusieurs dizaines de fois par siècle.

On y a quand même installé des stations de ski, dont l'une a été détruite en 2003 à cause d'une éruption.

Dumas, Maupassant et bien d'autres ont puisé de leur inspiration en gravissant ce géant des légendes antiques.

Plus au sud se trouve Syracuse. Ce n'est plus tout à fait l'Italie, ici. C'est « la plus grande et la plus belle des villes grecques », comme disait Cicéron. En effet, ce port fut au départ une colonie fondée par les Corinthiens. Elle devint si prospère et influente qu'Athènes dut mener une expédition militaire contre elle. Athènes en sort vaincue.

Le plus célèbre de ses enfants fut sans nul Archimède.

Et pour cause : parmi les plus grands mathématiciens de tous les temps, il inventa de nombreuses machines, dont un ingénieux système de miroirs qui enflammaient les voiles ennemies : une sorte d'arme au laser 22 siècles avant Star Wars ! Et qui ne connaît pas la poussée de l'eau à qui il a donné son nom ?

A l'autre extrémité de l'île se situe Palerme. Elle aussi a été fondée il y a 3000 ans par des colons venus de loin. Mais cette fois-ci, c'étaient les Phéniciens, issus de l'actuel Liban. Ces remarquables commerçants ont trouvé l'endroit intéressant pour y installer un des nombreux comptoirs qu'ils ont semés partout en Méditerrannée.

Port naturel, Palerme fut au centre d'une importante zone de culture d'agrumes (citrons, oranges), permise par son climat doux en hiver et sec en été.

L'histoire de ce port d'un million d'habitants est trop longue et compliquée pour la raconter ici, mais sachez qu'elle a souvent changé de mains : Romains, Vandales, Byzantins, Musulmans, Normands, Allemands, Aragonais, Autrichiens, etc.


Revenons sur le continent pour explorer la Calabre

Pour mémoire, c'est la pointe de la botte, extrémité sud de la péninsule italienne, à 2 kilomètres de la Sicile.

Tout comme cette dernière, la Calabre une terre mafieuse. La Mafia calabraise est même devenue la plus puissante d'Europe depuis une vingtaine d'années.

Le décor est montagneux. Des montagnes dont les pentes finissent leur course directement dans la mer la plupart du temps. C'est une région sismique comme ses voisines.

L'économie « régulière » repose surtout sur l'agriculture, puisque l'olive y est reine, aux côtés de nombreux fruits. La vigne n'est pas en reste. Le chômage est massif, dans cette région la plus pauvre d'Italie.


Passons maintenant en Basilicate


C'est sans doute l'une des plus atypiques régions d'Europe. C'est une région qui compte seulement 600.000 habitants, enclavée alors qu'elle a accès à deux mers : Tyrénienne à l'ouest et Ionienne à l'est. Elle possède des sols pauvres, calcaires, montagneux. Par endroits on se retrouve carrément dans des déserts. Mais au sud s'étend une belle plaine maraîchère.

La Mafia reste très puissante dans cette région miséreuse.


Terminons ce tour d'horizon en jetant un œil aux Pouilles


Toute en longueur sur l'Adriatique et sur la mer Ionienne, elle termine la botte italienne au niveau du talon.

Bari (1,5 million d'habitants) en est le centre urbain principal. Depuis longtemps, son port est un point de rencontre entre l'Occident et le Proche Orient. On y est davantage orthodoxe que catholique, puisqu'elle abrite les reliques de Saint Nicolas.

La région de Tarente est industrielle et cette ville est la plus polluée d'Europe.

Ce tableau un peu sombre de nos jours masque une réalité qui fut beaucoup plus reluisante pendant nombre de siècles.

On l'a dit, les Grecs les premiers ont compris l'importance économique et stratégique que représentait alors le sud de ce qui est aujourd'hui l'Italie. Les Romains ont pris leur relais et ont bâti tout un réseau de voies, dont notamment celle qui reliait Rome à Brindisi, la Via Appia. Les routes et paysages d'aujourd'hui sont l'héritage de ce réseau.


On s'est battu sur ces terres, notamment quand le Carthaginois Hannibal faisait trembler Rome en écrasant son armée à Cannes dans les Pouilles. Cette bataille sert encore de modèle tactique de nos jours, 2300 ans plus tard.

Tout le monde antique et médiéval s'est battu pour posséder le sud de l'Italie, et notamment les Pouilles, débouché naturel sur l'Orient. Située sur la route des Croisades, cette région devint l'enjeu de luttes sans merci entre riches seigneurs d'Occident. C'est ainsi que les Normands en chassent les Sarrasins venus s'implanter depuis la Sicile. Ils y fondent un royaume, qui passera d'héritier en héritier aux mains des puissantes familles européennes pendant des siècles. L'époque normande fut un âge d'or pour les Pouilles.

Au 15ème siècle, Naples abritait une brillante cour aragonaise, qui dominait tout le Mezzogiorno.

Après la domination espagnole, la région acquiert son indépendance en 1734. La domination napoléonienne n'est qu'un interlude au tournant du siècle suivant. Lorsque l'Italie moderne se construit, elle fait partie des zones défavorisées, otages du brigandage. Elle intègre l'unité italienne en 1860, qui la place dans un monde nouveau, ouvert sur des opportunités. Mais ces opportunités se sont jusqu'à il y a peu trouvées ailleurs que dans le Mezzogiorno.

Avec l'intégration européenne et une vision devenue intercontinentale de ses frontières, une nouvelle page de l'histoire de cette région semble s'ouvrir.

 


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Hawaii

Ces îles qu’on a appelé Sandwich à une époque forment un archipel de 137 petits mondes, dont seulement 8 ont une taille visible sur une carte du Pacifique Nord.

La plus grande d’entre elles, que les locaux appellent fort justement "Big Island", n’est autre que l’île d’Hawaii, qui a donné son nom à tout l’archipel. Ce dernier fait partie de l’ensemble polynésien, au beau milieu de l’Océanie, continent qui n’en est pas un.

Physiquement, Hawaii est un immense chapelet de volcans.

Il faut savoir que le Pacifique s’agrandit.

Et le moteur de cette croissance se trouve en son milieu, où git une sorte de source à magma géante qui pousse la plaque pacifique de 10 cm par an en direction du Japon.

Résultat : au fil des millions d’années, des îles volcaniques apparaissent, puis se déplacent.

Actuellement, la source (appelée "point chaud") est en train de peaufiner Big Island. Les autres îles ont été créées avant et ont été poussées vers le Japon. Les plus éloignés ont 86 millions d’années d’âge.

Rien d’étonnant, donc, à ce qu’on y trouve les volcans parmi les plus actifs au monde.

Et, comme ils sont plutôt hauts (plus de 4.000 m) et loin des villes, on y a installé de puissants observatoires fréquentés par la crême mondiale des astrophysiciens. On y a fait récemment de spectaculaires découvertes, comme l’énergie noire.

Pour donner quelques repères, Big Island fait 10.000 km², la taille du département français de la Gironde. A elle seule, cette île représente 62% du total des terres de l’archipel. A noter que ce dernier s’étend sur 2.400 km ! En Océanie, les distances sont toujours colossales...

Située entre les 19ème et 29ème parallèles de l’hémisphère nord (eh oui), le climat hawaiien est tropical.

Toutefois, l’exposition aux vents et l’altitude modifient très sensiblement le climat local, qui va du désert aride aux luxuriantes forêts humides. Inutile de dire qu’au sommet des volcans, la température baisse sérieusement et que les vents soufflent sans relâche.

Une chose surprend quand on découvre les îles les plus jeunes (et donc notamment Big Island) : la lave qui semble à peine refroidie couvre d’immenses espaces, évidemment arides. Seules quelques herbes jaunes parviennent à se détacher des coulées noires figées.

L’être humain à Hawaii

Quelle idée d’aller peupler des îles aussi éloignées des côtes ? On hésite à savoir si le plus près est de rejoindre l’Asie ou l’Amérique. En tous cas, il faut parcourir au bas mot 4.000 km avant de toucher un quelconque continent. Ames sensibles à l’insularité, s’abstenir.

Et pourtant, l’être humain s’y est installé il y a environ 2.000 ans. Les premiers venus sous l’oeil sans doute circonspect des tortues se reposant sur les plages étaient polynésiens, débarquant probablement des îles Marquises, dans le Pacifique Sud à plusieurs milliers de kilomètres de là. Il semble que l’éloignement de l’archipel de tout autre foyer de civilisation humaine ait conféré à ses occupants une autonomie qu’ils ont gardée pendant de longs siècles.

Et puis, sans doute vers 1527, des Espagnols ont sans doute été les premiers Européens à entrer en contact avec le royaume hawaiien. Mais on n’en a pas trace. En revanche, on a la certitude que l’explorateur britannique James Cook y a débarqué en 1778. Il y est d’ailleurs mort l’année suivante lors d’une altercation avec les habitants.

Quelques temps après, les différents royaumes insulaires sont unifiés dans un royaume unique placé sous protection britannique. Ce système durera jusqu’en 1893, année où la République est instaurée par la volonté des Etats-Unis d’Amérique qui y avaient de gros intérêts économiques et stratégiques. Cette république devient officiellement territoire américain 5 ans plus tard, en 1898.

Dès lors, le destin de l’archipel se confond avec celui de sa patrie américaine. C’est sur son sol, à Pearl Harbor, qu’est menée l’attaque japonaise qui fit entrer les Etats-Unis dans la 2nde Guerre Mondiale en 1941.

Et en 1959, le territoire d’Hawaii est devenu le 50ème et dernier Etat de l’Union. Le seul à ne pas être situé en Amérique.

Aujourd’hui, 1,4 millions de personnes vivent dans l’Etat, dont 1 million sur l’île d’Oahu, siège de la capitale, Honolulu. L’essentiel de la population de l’île (qui fait la moitié de la taille du Luxembourg) vit dans l’agglomération de Honolulu. Autant dire que les 400.000 habitants qui n'y vivent pas sont très éparpillés dans l’archipel !

L’ethnie majoritaire est asiatique (38%), loin devant les Océaniens (10%).

L’économie hawaiienne est très tournée vers les services (90% des emplois), notamment dans le tourisme. L’agriculture constitue une ressource non négligeable, mais le niveau global des importations des biens de consommation rend incontournable la chereté de la vie. Le revenu moyen par habitant y est parmi les plus élevés des Etats-Unis.

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L'Italie du Nord

S'il est un nom chargé de significations émotionnelles, c'est bien celui d'Italie.

Il évoque immanquablement le soleil, les oliviers, la pizza, la douceur, la joie, le football, l'exagération, les desserts au café, les chefs d’œuvre de la Renaissance, les vestiges romains, etc. Il renvoie aussi à Verdi, à Vivaldi, à la Scala de Milan, à des montagnes de fromage arrosées de torrents de vin, aux innombrables vicissitudes de l'Histoire qui ont vu prospérer le plus puissant empire d'Europe, l'église catholique ou l'hégémonie commerciale de Venise.

Les Européens ont tous en eux quelque chose d'italien, car c'est en Italie qu'est née l'Europe et c'est encore depuis l'Italie qu'a commencé sa Renaissance.

Les classiques de la culture européenne font nécessairement référence à l'histoire romaine. Les Tsars russes ne se concevaient-ils pas comme de nouveaux Césars ? La grande majorité des langues européennes ne dérivent-elles pas du latin ? Les églises catholiques ne sont-elles pas toutes les filles de St Pierre à Rome ?

Certes, des courants religieux se sont démarqués : orthodoxes, protestants...Mais par rapport à quoi se sont-ils démarqués, si ce n'est l'église romaine finalement adoptée par les empereurs ? Sans compter que de nombreux Italiens ont dû émigrer à travers le monde dans les difficiles années et que certains d'entre eux ont remarquablement réussi. Si bien qu'on a souvent un voisin d'origine italienne et tout le monde connaît des stars comme Sylvester Stallone ou Franck Sinatra.

C'est sans doute ce qui explique que l'on ressente un étrange sentiment de chez soi quand on visite ce pays, même la première fois. Du moins quand on est Européen.

Alors, bienvenue dans ce petit pays aux mille facettes que nous allons explorer ensemble !

En effet, il faut constater en premier lieu qu'à l'échelle du monde, l'Italie est un petit pays.

Ses 300.000 km² (2 tiers de la France) en font le 72ème territoire par la taille, comparable à la Nouvelle Zélande.

Mais pour autant, il est immédiatement identifiable sur un planisphère en raison de sa forme de botte prête à shooter dans la Sicile, au beau milieu de la Méditerranée.

Et c'est sans aucun doute cette position qui définit le mieux le milieu naturel italien : c'est une péninsule méditerranéenne, agrémentée d'îles. Si la Corse est passée dans le giron français tout juste un an avant que Napoléon n'y naisse, ses voisines sarde et sicilienne sont restées propriétés italiennes. Quelques micro-îles volcaniques viennent poivrer un peu l'ensemble, mais voilà tout le territoire qui forme l'Italie.

Cette péninsule est solidement enracinée dans le continent par sa partie nord, qui court jusqu'au sommet des Alpes. Cette partie continentale ne manque pas d'originalité par rapport au reste du pays, car elle ressemble fortement à l'Autriche ou à la Suisse, voire à l'Allemagne. Encadrée de montagnes, donc, elle s'organise autour d'une plaine usée par le plus long fleuve italien, le Pô. Fertile et plate, cette région est très agricole et n'a pas manqué de susciter l'émergence de puissantes cités, dont les rivalités se sont tues il n'y a guère plus de 150 ans, sous l'effet de l'unification très tardive de la République.

Parmi ces cités, certaines sont devenues de riches et influents centres industriels, tels Milan ou Turin. Cette Italie du Nord est en elle-même une sorte d'Italie riche, moderne et urbanisée.

Cette surpuissance économique est largement tempérée par une Italie du Sud nettement plus rurale, traditionnelle et rudimentaire. Ce qu'il est convenu d'appeler le Mezzogiornio reste encore aujourd'hui à l'écart du développement italien et s'est largement dépeuplé sous l'effet de l'exode rural et des migrations vers des contrées plus prospères.

Au milieu de ces deux Italies qui ont tardé à s'admettre comme étant les deux faces d'une même médaille, se dresse la Ville Éternelle, capitale nationale : Rome. Elle synthétise bien le pays, puisque ce n'est plus depuis fort longtemps la ville immense et hégémonique qu'elle fut. Après sa chute sous les coups des invasions barbares au 5ème siècle, elle est restée une ville importante certes, mais loin de son éclat d'antant. En fait, Rome a passé le plus clair de son histoire à être une ville à la gloire perdue. Encore aujourd'hui, elle s'efface devant Milan au plan économique, un peu comme Madrid cède le pas devant Barcelone.

Elle conserve cependant le premier plan politique, par respect pour son ancien rang et pour maintenir l'unité nationale si chèrement acquise.

Physiquement, l'Italie, c'est quoi ?

On l'a dit, c'est une péninsule enracinée dans un bout du continent et des îles.

Mais cette péninsule est très particulière.

D'abord, elle est longue, puisque du nord au sud, elle mesure 1.400 km. En fait, elle fait la jonction naturelle entre les Alpes et l'Afrique, puisque la Sicile n'est qu'à 150 km des côtes tunisiennes.

Ensuite, elle est étroite, car sa largeur est de 150 km environ. Autrement dit, il est difficile d'être à plus de 100 km de la mer.

Mais surtout, c'est une péninsule très escarpée. Les trois-quarts du terrain sont des montagnes ou des collines (Alpes et Apennins). Et ça s'explique très simplement : l'Italie est le point de rencontre entre deux plaques tectoniques : celle d'Eurasie et celle d'Afrique. Elles s'appuient l'une sur l'autre, ce qui crée des frottements (donc des séismes), mais surtout des éruptions volcaniques, comme ce fut le cas sur Pompéi en l'an 79 (souvenez-vous, les plus anciens !). Le Stromboli, île volcanique près de la Sicile, fume encore...

Mais revenons à l'Italie du Nord.

Le périmètre qui nous intéresse ici s'étend des Alpes à Rome, en passant par la Sardaigne.

Au pied des Alpes, donc, s'étend la plaine du Pô, qui court jusqu'à la mer Adriatique, c'est à dire ce morceau de Méditerranée compris entre l'Italie et la Croatie.

Sur cette riche plaine agricole se succèdent les villes, reliées par un tissu d'autoroutes et de voies ferroviaires, comme en Allemagne.

La ville maîtresse de cette région très densément peuplée, c'est Milan. C'est ni plus, ni moins que la 4ème ville européenne, forte de 7 millions d'habitants, loin devant Rome et juste après Londres, Moscou et Paris. 200.000 étudiants, 2 millions de touristes par an venus voir son Duomo, sa Scala ou encore son Castello Sforza, elle est la capitale d'une région rizicole. Ses spécialités culinaires sont donc le risotto ou l’osso-buco.

A Milan, on est autant tourné vers la Suisse, la France ou l'Allemagne qu'on est tourné vers Rome. On l'est beaucoup moins vers les contrées exotiques du Mezzogiorno...

Même si la ville dispose d'un métro, il ne faut pas s'étonner d'y voir circuler le tramway, comme on le verrait dans les villes d'Europe centrale. Pour l'anecdote, c'est à Milan qu'a été mise en service la première autoroute au monde, en 1924.

Non loin se dresse Turin, encore plus près des Alpes. Tout de même peuplée de 2 millions d'habitants, la ville a su conserver de nombreuses activités industrielles : usines Fiat, micro-informatique, construction ferroviaire, industrie aéronautique...C'est aussi un centre de mode et une place bancaire importante, dans le sillage de la place financière internationale qu'est Milan.

La vie culturelle est bien développée, notamment du fait que la Cour du Duché de Savoie s'était donné les moyens de rayonner par sa vie intellectuelle. Il ne faut donc pas s'étonner si c'est à Turin que le cinéma italien a fait ses premiers pas et qu'un important musée égyptologique peut y être visité. Ce dernier est à ne pas manquer, car c'est tout bonnement la plus riche collection d'antiquités égyptiennes au monde après celle du Musée du Caire !

Cette ville étonnante s'est fait une réputation de capitale italienne du chocolat, pour les gourmands que ça intéresse...

Quittons cet ouest du Pô et dirigeons-nous à présent vers l'est. Non loin de la banlieue milanaise, sur la route de Venise, s'étend le majestueux Lac de Garde, le plus grand du pays.

Même si c'est un lac alpin, sa surface n'est qu'à 65 mètres au dessus du niveau de la mer. Autant dire que la plaine du Pô est à basse altitude ! La douceur de son climat permet la croissance d'oliviers et même de citronniers, attirant depuis fort longtemps des touristes venus profiter de ses bienfaits. C'est la raison pour laquelle on y trouve nombre d'hôtels et restaurants cotés.

Poursuivons le parcours de la plaine jusqu'à la Sérénissime et Célébrissime Venise.

Connue à travers le monde comme la ville des amoureux, Venise est surtout le cœur de ce qui fut un puissant empire maritime sur toute la Méditerranée. Le Palais des Doges en témoigne par l'extrême richesse de sa décoration.

Raconter l'histoire de cette cité qui fut une République avant les autres n'est pas l'objet de cet Atlas, alors venons-en aux faits géographiques.

D'abord, Venise est au bord d'une lagune, tout au fond de la mer Adriatique. Mais elle n'est pas pour autant directement sur la côte, car sa tumultueuse histoire a obligé ses habitants à se réfugier sur des zones marécageuses pour bénéficier de la protection naturelle des eaux. Mettez-vous à leur place : des hordes de barbares Goths, puis Huns viennent tout réduire en poudre. Or, vous avez devant vous des terrains certes marécageux, mais avec quelques aménagements, vous vous mettrez hors d'atteinte de ces hordes destructrices...

Dès lors, le peuple des Vénètes (car c'est d'eux dont il s'agit) devient mécaniquement fort en construction de canaux et excellent marin. Résultat, la ville est sur les eaux et parcourue de canaux, qui s'articulent autour de Grand Canal central, véritable épine dorsale de la ville. Elle est aujourd'hui reliée à la côte par un pont de 4 km nommé "Pont de la Liberté".

Le centre politique en était le Palais des Doges, situé tout près du centre religieux qu'était la Basilique San Marco, sur la célèbre place du même nom, surplombée d'un magnifique campanile et d'une Tour de l'Horloge unique en son genre.

Le reste de la ville est une succession de placettes, églises, passerelles et ponts dont le plus fameux est sans nul doute le pont du Rialto. A moins que celui des Soupirs ne l'emporte en notoriété. A noter que les soupirs dont il est question ne sont aucunement ceux des amoureux qui passent dessous en gondole, mais ceux des prisonniers qu'on faisait passer de l'autre côté du palais, dans leurs geôles...

Que dire d'autre ? Que l'agglomération compte 250.000 habitants, dont moins d'un quart dans l'intra-muros, puisque l'essentiel des habitants de Venise résident sur la terre ferme, loin des canaux inondables ! Le grand Venise s'étend jusqu'à la conurbation Padoue – Trévise – Venise, qui totalise plus de 1,5 million d'habitants.

Terminons ce tour d'horizon des villes du nord par Trieste.

Nous sommes ici dans une région très atypique de l'Italie. Pendant longtemps, Trieste fut le port méditerranéen du St Empire Germanique, puis de l'Empire Austro-hongrois. Aujourd'hui, cette une ville frontalière avec la Slovénie, tout près de l'Istrie croate et on y parle aussi bien italien que slovène, allemand ou hongrois. On y trouve de magnifiques églises orthodoxes, comme en Croatie.

Là où Venise vit surtout du tourisme, Trieste vit principalement des chantiers navals, du commerce maritime, de la sidérurgie ou encore de la pétrochimie. Les deux villes entretiennent une certaine rivalité, même si Trieste reçoit nettement moins de touristes.

Malgré un passé romain qui a laissé quelques vestiges dans la ville (amphithéâtre, notamment), elle n'est entrée dans l'Union Italienne qu'en 1918 et une vaste place est consacrée à cet événement pour marquer les esprits qui seraient tentés de l'oublier.

Comme Venise, Trieste dispose d'un Grand Canal, mais il est beaucoup moins spectaculaire et il est tiré au cordeau depuis la cathédrale.

Et si nous explorions enfin la péninsule ?

D'un point de vue géologique, la péninsule existe du fait de la rencontre des plaques tectoniques eurasienne et africain, qui se poussent l'une contre l'autre. Résultat : des plissements de terrain ont généré 3 petites chaînes de montagne, que l'on a baptisées Apennins du Nord, du Centre et du Sud.

L'altitude y est globalement modérée, mais les sommets atteignent les 2.900 mètres.

Les Apennins du Nord forment un prolongement des Alpes à partir du Golfe de Gênes. Ils sont assez étroits et plongent plutôt brutalement vers la mer. Si vous longez le port de Gênes, vous serez surpris de le surplomber par l'autoroute...

Ce premier massif est prolongé par les Apennins du centre, qui prennent de la largeur est des formes plus arrondies. Il descend lentement vers les côtes, donnant aux paysages l'aspect de collines comme en Toscane. Ce massif central italien se termine vers Rome, car il est ensuite prolongé par les Apennins du Sud, qui se resserre et s'aiguise comme celui du Nord. Autant dire qu'il faut s'attendre à traverser de nombreux tunnels et ponts quand on emprunte les routes du pays !

C'est dans ce merveilleux décor qu'a prospéré l'Italie, la vraie...

Avant d'aborder Rome, il convient de s'intéresser à ce qui fut une région motrice de l'Europe à la Renaissance : la Toscane et notamment Florence.

Cette ville fut même un temps la capitale de ce qui était alors le royaume d'Italie (en 1865). En plein centre de l'étroite péninsule, elle est érigée sur le capricieux fleuve Arno, qui la ravagea plusieurs fois, la dernière remontant aux années 1960.

Qui se serait douté que ce village sans envergure du 12ème siècle allait devenir une puissante place seigneuriale que les Médicis allaient dominer au 15ème, ces derniers devenant les grands argentiers des familles royales de toute l'Europe ? Et notamment auprès des puissants rois de France ? Dans le même temps, la cour et la prospérité de la ville ont attiré les talents qui allaient initier la Renaissance européenne, rien que ça !

Du coup, la liste des œuvres et monuments à ne pas manquer est impressionnante. Parmi tous ces trésors, il faut absolument admirer le Palazzo Vecchio, le Duomo et le Ponte Vecchio sur l'Arno. C'est aussi indispensable qu'insuffisant pour avoir un aperçu de l'âme de cette ville. La galerie de l'Académie est également incontournable, puisqu'elle renferme entre autres des œuvres de Michel Ange et notamment son célèbre David. D'autres chefs d’œuvre de Donatello, du Titien, de Fra Angelico, de Boticelli, de Galilée, de Léonard de Vinci et bien d'autres sont répartis dans les musées et palais de la ville.

En bas du fleuve Arno, sur la côte, se dresse Pise et sa célébrissime Tour qui penche.

Et elle ne fait pas semblant de pencher ! On jurerait qu'elle est prête à tomber, mais elle défie les lois de l’apesanteur depuis plus de 9 siècles. Pourtant, elle n'est inclinée que de 4 degrés... et cette inclinaison daterait du début même de sa construction, puisqu'elle repose sur un sol marneux pas assez solide pour la maintenir bien droite. Il a tout de même fallu 10 de travaux dans les années 1990 pour la consolider car elle menaçait de s'effondrer à cause de l'incessant passage des touristes (eh oui, on peut y monter !).

A quoi servait-elle ? C'est en fait le campanile de la cathédrale attenante. Elle témoigne de l'importance de Pise au Moyen Age, qui s'était érigée en rivale de Venise, rien que ça ! Cependant, elle entra en déclin dès la fin du 13ème siècle suite à une bataille perdue.

De nos jours, la ville est relativement modeste, et on la visite surtout pour sa tour, l'un des symboles de l'Italie. C'est accessoirement la ville natale de Galilée.

Autre ville intéressante dans les environs de Florence : Sienne.

Outre le fait que c'est une ville plaisante à visiter de par son allure médiévale, avec ses petites boutiques typiquement toscanes où l'on trouve des charcuteries, fromages, pains, poteries ou bijoux fabriqués à l'ancienne, sa magnifique Piazza del Campo vaut à elle seule le détour.

Cette place est complètement atypique : elle est en forme de coquille St Jacques ! En effet, elle est composée de 9 panneaux de briques qui se suivent comme un demi-parapluie, incurvée vers son centre. Toute en ocres, elle étend son vaste espace au milieu de façades typiques elles aussi jouant avec les nuances d'ocres, le tout majestueusement surplombé par la Torre del Mangia. Tout simplement magnifique... On imagine sans peine l'agitation qui règne en été au moment du Palio, course de chevaux qui se déroule en pleine ville depuis 1590 !

Last, but not least, nous pouvons enfin entrer dans Rome !

Ce n'est une ville, c'est La VilleLa Ville Éternelle, dit-on. Faite de pierre et de légende...

Si l'on en croit cette légende, elle fut fondée il y a maintenant 28 siècles par deux frangins qui, bébés, auraient été recueillis par une louve sur les bords du Tibre. Irrité par son frère se moquant du sillon qu'il venait de tracer pour délimiter la nouvelle ville, Romulus tua Rémus. On ne badinait pas, à l'époque !

Si l'on en croit les historiens, la genèse de la ville fut beaucoup, beaucoup plus compliquée et il ne saurait être question de la développer ici. Retenons simplement qu'elle était l'un des royaumes étrusques de la région qui a progressivement grignoté ses voisins jusqu'à devenir l'immense empire que l'on sait.

Et, comme déjà évoqué, on sait aussi que Rome fut plus ou moins détruite sous les assauts barbares, la plongeant dans une longue léthargie. C'est sans doute parce qu'elle existe toujours en dépit de ces vicissitudes qu'on l'a affublée du surnom d'éternelle...

Justement, aujourd'hui, que voit-on ?

Eh bien pas mal de choses, quand même. Les 7 collines dont parlait déjà la légende sont toujours là : Palatin, Capitole, Aventin, Quirinal, etc. Elles ne sont plus aussi escarpées qu'au début à cause des grands travaux d'arasement menés par les premiers empereurs.

Et puis, il reste de nombreux vestiges de la glorieuse époque, notamment l'impressionnant Colisée. Au fait, que savez-vous de ce monument qui symbolise à lui seul la ville ?

Savez-vous, par exemple, que son lui vient d'une statue de Colosse qui se trouvait à côté autrefois ? Que ce colosse en bronze, qui mesurait 30 mètres de haut, représentait le sanguinaire (et narcissique) empereur Néron ? Et que cette statue résista jusqu'au Moyen Age, période à laquelle on donna finalement à l'amphithéâtre attenant le nom de Colosse ? Car le vrai nom du plus grand amphithéâtre que le monde romain ait bâti est "Amphithéâtre Flavien", en l'honneur des empereurs qui en sont à l'origine, dans les années 70 après JC.

Même s'il est impressionnant, le Colisée d'aujourd'hui n'est qu'une ruine de ce qu'il fut au temps des gladiateurs. Les tremblements de terre et les prélèvements de pierre pour construire autre chose l'ont en effet sérieusement entamé. L'endroit a d'ailleurs servi à tout autre chose qu'à rassembler des foules de 75.000 spectateurs assoiffés de sang : habitations, ateliers, forteresse, sanctuaire chrétien, etc.

Juste à côté s'étendent les ruines de la Rome antique : le Forum.

C'est ici que les collines du Capitole et du Palatin furent rabotées par les grands bâtisseurs.

Derrière l'apparent bric-à-brac de ruines en tous genres se cachent les traces de ce qui fut le cœur de tout l'empire romain. Différentes époques s'enchevêtrent : Monarchie (8ème et 7ème siècle avant JC), République (du 7ème au 1er siècle avant JC) et Empire (à partir du 1er siècle après JC jusqu'au 5ème).

On y trouve donc des lieux de cultes très anciens (temple de Saturne, temple de Vesta) et d'autres un peu plus récents, dédiés à des empereurs, comme le temple de César où furent dispersées ses cendres après son assassinat. Certains viennent même fleurir sa tombe encore de nos jours !

On y trouve également les restes de la Curie, qui abritait les réunions du Sénat.

Un peu plus loin, sur ce qui fut le Mont Palatin, se dressent les restes du palais impérial. D'ailleurs, le mot "palais" dérive de "Palatin". Les restes que l'on peut admirer encore de nos jours de ce palais traduisent à quel point le luxe de la demeure impériale pouvait être inouï : peintures murales somptueuses, jardins aménagés, nombre impressionnant de pièces et...accès immédiat au Grand Cirque attenant.

Ce qui reste de cet immense hippodrome est décevant à l'oeil : on dirait une grande pelouse longue de 600 m, qui se creuse en son centre. Mais c'est bien ici que se déroulaient des spectacles grandioses, qui pouvaient rassembler près d'un demi-million de supporters ! A notre époque, le Grand Cirque continue d'accueillir des concerts ou des rassemblements géants.

Un peu plus loin dans la ville sont dispersés d'autres monuments, tel le Panthéon. C'est ici qu'on vénérait tous les dieux Grecs et Romains, sous une coupole percée en son sommet pour laisser passer les rayons d'Hélios.

Mais Rome ne se limite pas à ses vestiges antiques, loin de là !

Elle regorge de places, dont les plus agréables sont la Piazza di Spagna, où les jeunes viennent bavarder en s'asseyant sur les marches de son grand escalier, ou la Piazza Navona, construite sur ancien stade datant du 1er siècle, dont elle a d'ailleurs conservé la forme. Et il y a la place de la Fontaine de Trevi, dans laquelle Anita Ekberg prenait son célèbre bain du soir dans La Dolce Vita...

Bien sûr, Rome se pare également de tous les attributs d'une capitale nationale, mais elle a quelque chose que les autres capitales n'ont pas : le siège de la Maison de Dieu, le Vatican.

Même si c'est un Etat indépendant (le plus petit du monde), le Vatican est bel et bien situé à Rome. Quelle que soient ses convictions religieuses, il faut reconnaître que les lieux dégagent un sentiment de ferveur. L'immense coupole, la vaste place entourée de colonnades et la petite fenêtre où apparaît le Pape ne laissent pas indifférent. En tous cas, l'endroit est bondé en permanence par un mélange de curieux, de pèlerins et d'ecclésiastiques de tous poils.

Avant de refermer ce chapitre italien, intéressons-nous à la Sardaigne.

Deuxième île méditerranéenne par la taille, c'est une région autonome qui touche la Corse. Cette dernière, bien que française, est plus proche des côtes italiennes que sa voisine sarde. En fait, la Sardaigne est aussi proche de l'Italie que de la Tunisie.

Près de 2 millions d'habitants vivent sur cette magnifique île grande comme 2 fois l’Île-de-France. Malgré sa proximité avec sa montagneuse voisine, son relief est beaucoup moins accidenté. Ses côtes regorgent de plages aux eaux turquoises qui ne manquent pas d'attirer chaque été des hordes de touristes venus principalement de la péninsule, mais aussi de nombreux pays d'Europe.

Néanmoins, cette région à l'écart du monde perd peu à peu de ses habitants. Elle se positionne sur le créneau des énergies renouvelables (éoliennes) et sur les biotechnologies (plastique d'origine végétale).

Voilà pour l'essentiel de ce qu'il faut connaître de cette région d'Europe du Sud.

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La Tunisie

Bizarrement, on a du mal à considérer la Tunisie comme un pays pleinement africain...

Et pourtant, c'est bel et bien un pays situé à 100 % en Afrique, contrairement à l'Egypte, dont une partie déborde sur l'Asie. Saviez-vous que le mot "Afrique" provient du nom "Ifriqiya", alias "terre des Ifri" tels que la désignaient les Romains quand ils ont fait main basse sur la région qui couvre aujourd'hui la Tunisie, l'est de l'Algérie et une partie de la Lybie?

Autrement dit, c'est la Tunisie qui a donné son ancien nom à tout le continent. Et on voudrait qu'elle ne soit pas africaine ?

Sans doute que le pays ne correspond pas à l'image que l'on se fait ordinairement de l'Afrique : la savane, les grands animaux et les villages des hommes noirs. Mais c'est surtout parce que l'Occident méconnaît profondément ce vaste continent, aux multiples facettes et, il faut le reconnaître, plutôt déroutant.

D'abord, il n'y a pas une Afrique, mais au moins trois : l'Afrique saharienne (qui comprend la côte méditerranéenne), l'Afrique centrale et l'Afrique australe. Mais n'allez pas imaginer pour autant trois mondes étanches, lointains les uns des autres. Car, aussi surprenant que cela puisse paraître, les immenses distances qui séparent des peuples en apparence bien différents n'ont jamais été un obstacle pour les échanges commerciaux, pour les rivalités ou pour les influences.

De longue date, l'Afrique a commercé avec l'Asie. De longue date s'y sont constitués de vastes empires, comme au Mali ou en Éthiopie. Le Nord et l'Est du continent étaient christianisés bien avant la plus grande partie de l'Europe. Et il en a été de même aux débuts de l'Islam, lorsque les disciples du Prophète ont élu domicile en Tunisie dès le 7ème siècle.

De nos jours encore, les migrations sur le continent se font à grande échelle : migrants climatiques fuyant les zones sèches, réfugiés de guerre, réfugiés fuyant les maladies ou les dictatures en Afrique australe, migrants économiques convergeant vers l'Afrique du Sud ou celle du Nord, voire au-delà. Car bien entendu, l'Afrique n'est pas coupée du reste du monde, bien au contraire. Les échanges avec l'Asie, notamment la Chine et l'Inde, croissent à vue d'oeil, tandis que ceux entretenus avec les anciennes puissances coloniales européennes continuent, pour le pire et le meilleur. Même si le monde a les yeux rivés vers les afflux de réfugiés fuyant le Proche et Moyen Orient, les flux de migrants économiques partis de toute l'Afrique vers le reste du monde et notamment l'Europe se poursuivent à un rythme soutenu.

Et la Tunisie, dans tout ça ? Quel rôle joue-t-elle dans ce vaste ensemble ?

A première vue, on peut s'interroger sur la place d'un si petit pays.

Avec ses 160.000 km², le territoire tunisien est un poil plus grand que celui de la Grèce et un poil plus petit que celui de la Syrie. S'il n'est pas dans les plus grands (comme la géante Algérie voisine), il n'est pas non plus dans les plus petits, car il surclasse plus d'une quinzaine d'Etats africains sur ce critère.

Géographiquement, le pays est situé aux marges du continent. Il est même situé à sa pointe nord, à 150 km des côtes siciliennes. Il est constitué pour l'essentiel de désert, car la moitié sud est un morceau de Sahara, où alternent ergs et regs arides et oasis. La partie nord est plutôt montagneuse, même si les sommets peinent à atteindre 1.500 mètres d'altitude. Il s'agit de la partie orientale du massif de l'Atlas, qui court jusqu'au Maroc, pays dans lequel il atteint les 4.167 mètres d'altitude.

Relativement resserrée et à moitié désertique, cette terre n'en a pas moins attisé des convoitises de tous temps.

Dès le paléolithique, des hominidés viennent y chasser et cueillir. Leurs lointains descendants s'y sédentarisent peu à peu, assez tardivement à cause de la désertification du Sahara qui commence à cette époque.

Les premiers envahisseurs, venus de Libye, sont les Berbères. Il y a 2500 ans, les Phéniciens venus du Proche-orient y fondent Carthage, qui deviendra si puissante qu'elle fit sérieusement trembler Rome. Cette dernière dut mener 3 guerres (les guerres dites "puniques") et la raser complètement pour en venir à bout. Il en reste aujourd'hui des ruines, relativement impressionnantes pour une ville rasée il y a plus de 2000 ans. Après la domination romaine, qui fit de la région le grenier à blé de Rome et fut l'époque de sa christianisation, les Vandales en prennent possession pendant une centaine d'années, avant d'être chassés par les Byzantins, c'est à dire à nouveau les Romains. Eux-même sont chassés au 7ème siècle par les Omeyyades, marquant le début de l'islamisation du pays. S'ensuivent les Abbassides, les Aghlabides, les Fatimides, les Zirides avant que les Normands de Sicile (mais oui...) ne s'en emparent en 1146. Mais cette expédition est de courte portée, car la région reste aux mains des Almohades, qui en font un haut lieu commercial et culturel rayonnant dans toute la Méditerranée occidentale. On considère cette époque comme l'âge d'or du Maghreb.

Au fait, c'est quoi le Maghreb ?

En arabe, "Al Maghrib" signifie "le couchant". Le Nord de l'Afrique, conquis par les Arabes au 7ème siècle, devint l'ouest de leur immense empire. Et comme le soleil se couche à l'ouest...

Aujourd'hui, le terme Maghreb désigne ordinairement la région africaine couverte par le Maroc, l'Algérie et la Tunisie.

A l'inverse, le Machrek désigne "le levant", donc l'est de l'ancien empire arabo-musulman. Il couvre l'essentiel de ce que nous appelons aujourd'hui le Proche-orient.

Reprenons la liste des occupants de cette région décidément sujette à invasion. Les Hafsides succèdent aux Almohades et dominent pendant 3 siècles. Quelques faits particuliers jalonnent ce long épisode : par exemple, St Louis assiège Tunis en 1270 dans l'espoir d'en faire une base arrière pour sa Croisade. Mais il y meurt...

Après une période troublée au cours de laquelle la Tunisie passe aux mains de corsaires puis des Espagnols, elle finit par passer sous contrôle Ottoman. Du moins sur le papier, car en réalité, les beys husseinites s'imposent localement, bien loin de la tutelle théorique du sultan d'Istanbul.

Au 19ème siècle, les beys s'affirment de plus en plus et modernisent le pays. Il s'en faut de peu qu'une République y soit proclamée en 1861. Mais il faudra attendre un siècle pour ça, car les difficultés financières des beys attisent les appétits européens pour cette région stratégique au cœur de la Méditerranée et porte de l'Afrique. C'est la France qui, en 1881, trouve prétexte d'un fait local pour imposer sa "protection" à la Tunisie. Le protectorat ainsi constitué dissimulera avec peine une colonie française de plus, que Vichy donnera à l'Italie en 1942 pour tenter d'empêcher sa récupération par les Alliés. Cette manœuvre n'empêchera en rien la campagne de Tunisie, perdue par l'armée nazie. Mais la paix revenue ne met pas fin à la colonisation française. Du coup, la guérilla s'installe. Il faudra attendre 1957 pour qu'Habib Bourguiba puisse déclarer l'avènement de la république tunisienne indépendante.

Mais le pays n'a pas connu de régime démocratique pour autant. Les dictatures se sont succédé jusqu'à la révolution de janvier 2011, qui a enclenché un processus de démocratisation de la vie politique tunisienne. Encore chancelante, cette démocratie naissante doit faire face aux tentatives de déstabilisation salafistes.

Ce très bref résumé de la très longue histoire tunisienne montre que la pays a pâti et pâtit encore de sa situation géostratégique exceptionnelle et de la largesse de ses ressources agricoles et, dans une moindre mesure, minières.

En effet, la principale ressource de la Tunisie est son industrie agro-alimentaire et textile.

C'est même l'un des tous premiers (sinon le premier) pays exportateur d'Afrique, devant la riche Afrique du Sud. Là encore, la proximité de l'Europe a permis la délocalisation de nombreuses activités manufacturières en Tunisie. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que cette production soit ensuite "exportée" vers ses commanditaires, créant emploi et sources de devises localement. Il n'y a qu'à sillonner les boulevards de Sousse, par exemple, pour constater l'ampleur du phénomène dans le domaine du textile.

Mais pour autant, les atouts du pays ne lui permettent qu'un enrichissement relatif. L'instabilité politique et la pression salafiste, qui vise en particulier les touristes occidentaux, ont sérieusement affaibli la très prospère économie touristique. Cette dernière s'est développée dès les années 1960, mettant à profit une autre ressource : le soleil.

Entre mer chaude et splendeurs sahariennes (Douz, Tozeur et Matmata notamment), la Tunisie a su attirer à prix attractifs le tourisme de masse dans des complexes hôteliers ayant quelque peu défiguré Hammamet, Djerba ou Monastir.

Un mot sur Matmata.

Vous connaissez forcément ce village perdu dans le Sahel...

Souvenez-vous, les habitations troglodytiques, la famille Lars...Ca vous revient ? Beru et Owen Lars...et Luke Skywalker. Eh oui ! C'est ici qu'ont été tournées certaines scènes du mythique "Episode 4" de Star Wars. Le tournage a été particulièrement difficile, en raison d'une météo exceptionnellement capricieuse et de nombreux problèmes techniques.

Faisons maintenant un petit tour d'horizon des principales villes tunisiennes.

En fait, malgré la taille du pays, il y en a pas mal. La population nationale s'établissait à 11 millions d'âmes en 2014, l'équivalent de la région parisienne, mais très inégalement répartie sur le territoire tunisien. Les deux-tiers des habitants se concentrent sur les côtes, en grande majorité dans les villes dont les banlieues s'étirent de plus en plus loin à mesure que des gens viennent des campagnes ou de l'étranger pour chercher un emploi.

Voici donc la liste des villes de plus de 500.000 habitants :

Tunis 1,1 million

Sfax 1 million

Nabeul 800.000

Sousse 700.000

Ben Arous 650.000

Ariana 600.000

Kairouan 600.000

Bizerte 600.000

Monastir 550.000

A elles seules, ces 9 villes représentent plus de la moitié de la population totale. On constatera par ailleurs que la France a à peine plus de métropoles de cette taille, signe que la concentration urbaine est forte en Tunisie.

A tout seigneur, tout honneur, commençons donc notre tour d'horizon par Tunis, la capitale.

Au fond du golfe du même nom, au nord du pays, la ville est le point de convergence des réseaux tunisiens de transport, d'information, d'influence, etc. Elle est l'héritière d'une vision très centralisatrice du pouvoir, qui a perduré depuis la période Almohade.

Sur un plan physique, Tunis n'est pas directement sur la côte méditerranéenne, mais au fond d'un vaste lac (également du même nom) qui donne sur ladite côte. Elle est bâtie sur des collines qui sont les ultimes reliefs de l'Atlas.

Longtemps contenue dans ses remparts, la ville s'est ensuite développée bien au-delà avec l'arrivée des Français au 19ème siècle. A côté de la ville arabe (dont la Médina constitue le coeur), s'est rapidement constituée une ville coloniale parée de larges avenues, casernes, infrastructures (adduction d'eau, électricité, routes, chemins de fer...). Après l'indépendance, la croissance de la population venue chercher du travail et le départ des Français ont suscité une fusion de ces villes autrefois juxtaposées.

Si bien que la Tunis d'aujourd'hui a pour visage une vaste agglomération, qui s'étend sur plusieurs "gouvernorats" et rassemble plus de 2 millions d'habitants, soit un Tunisien sur cinq. La ville d'Ariana, 6ème du pays, fait partie de cette conurbation.

Zoomons sur la Médina :

C'est donc ici le cœur historique de Tunis. Le visiter constitue une expérience inoubliable dans la magie des 1.001 Nuits... En laissant l'avenue Bourguiba à son tracé rectiligne brisé par la place du 14 janvier 2011 (date du début de la révolution ou "printemps arabe"), on arrive face à une porte, Bab-el-Bahr, c'est à dire la porte de la Mer, qui porte encore plus ou moins le nom de "Porte de France" dont l'ont affublée les colons au temps du protectorat.

On sent bien qu'au-delà de cette porte, on change de monde. Et on n'est pas déçu ! Les ruelles biscornues serpentent dans les souks surchargés d'objets de fabrication artisanale en tous genres : vaisselles, parfums, vêtements, ferronneries, souvenirs, etc. Par endroits se dresse un café, fréquenté exclusivement par des hommes. On apprécie l'ombre des tentures multicolores et des murs anciens, qui rafraîchit la moiteur estivale. Après avoir traversé un labyrinthe d'échoppes, on finit par se trouver face au joyau de Tunis : la Grande Mosquée surnommée "Zeitouna". Si vous n'êtes pas musulman, vous n'aurez pas la possibilité d'en visiter l'intérieur, mais l'extérieur et ses abords sont une belle compensation. A proximité immédiate, les médersas, écoles de théologie. De loin en loin, une belle demeure (dar) rappelle le prestige de certains habitants.

Une visite à Tunis est l'occasion de découvrir le musée du Bardo, dans la ville moderne. C'est tout simplement la plus belle collection de mosaïques antiques au monde. Il donne un avant-goût du prestigieux site de Carthage, situé à 17km, sur le bord de mer.

Pour qui ne s'intéresse pas plus que ça à l'Antiquité, les ruines de Carthage, en plein soleil, ressembleront à beaucoup d'autres ruines, sans grand intérêt...

Et pourtant, ces maigres pierres sont les fragments d'une cité qui a fait l'admiration des mondes Grec et Romain. Avec beaucoup d'imagination, on se figure son immense port circulaire garni de galères, ses écuries abritant des milliers de chevaux, ses garnisons peuplées d'éléphants de combat dont certains ont franchi les Alpes sous le commandement d'Hannibal pour envahir l'Italie romaine. Et toute cette activité commerciale, qui drainait des biens et denrées des quatre coins de la Méditerranée...

Si l'inspiration manque, on peut visiter le musée national d'archéologie attenant, qui comporte des objets d'époque mais aussi des fresques représentant Carthage à sa grande époque, il y a 25 siècles.

Et puis non loin de là, se pavane un magnifique village tout bleu et tout blanc, typique d'une Tunisie oubliée : Sidi Bou Saïd.

Avec un peu d'auto-persuasion, on finit par faire abstraction des flots de touristes qui ont eu la même idée que soi et on apprécie alors pleinement de contempler les façades inégales d'un blanc éclatant, les ruelles tordues, les paisibles maisons aux volets bleus tournées vers le large de la même couleur...Préservé des appétits immobiliers depuis 1915, ce village a attiré de nombreux écrivains et artistes venus y chercher l'inspiration. Certains, dont André Gide, Albert Camus ou Simone de Beauvoir, avaient fait du Café des Nattes leur quartier général. Pause indispensable dans ce haut lieu, qui existe toujours, pour s'imprégner de l'ambiance du village avec vue sur la mer turquoise intense...

Autre ville, autre région, Sousse s'étend sur la côte sahélienne.

Pour les Tunisiens, le Sahel est une région au centre de leur pays, sur la côte. Dans le langage courant, le Sahel désigne le sud du Sahara, avant d'arriver dans les savanes qui précèdent de loin les forêts de l'Afrique équatoriale.

Ici, c'est une sorte de pré-Sahara, bien plus sec que le nord du pays, mais pas encore aussi aride que le sud, en plein désert.

On y trouve Kairouan, première capitale des conquérants musulmans fondée seulement 50 ans après la mort du Prophète. Voulant une solide base à l'écart des Byzantins qui tenaient les côtes et des Berbères farouchement hostiles à l'islamisation, ces premiers arrivants Arabo-musulmans ont choisi cet endroit reculé pour s'installer.

Mais on y trouve aussi, plus au sud, El Djem, plus grand amphithéâtre que les romains aient laissé en Afrique. On imagine sans peine les gladiateurs venus s'affronter aux lions, éléphants et autres rhinocéros importés du grand sud à grands frais par les richissimes patriciens locaux.

Et on trouve aussi, sur la côte, Monastir, dont le nom est une déformation de "Monastère". La ville s'enorgueillit en effet d'un ribat (monastère fortifié) très bien conservé et bâti directement sur la côte. Ce dernier abrite un musée des arts islamiques. La ville s'enorgueillit également du mausolée dédié au héros de l'indépendance nationale, Habib Bourguiba, qui en était natif.

Ces différents endroits sahéliens sont accessibles depuis la ville de Sousse, qui présente le visage d'une agglomération qui a grandi trop vite. Les constructions hâtivement bâties se succèdent sans fin aux environs des zones industrielles et manufacturières. Il faut aller jusqu'au centre-ville pour trouver une belle médina et de beaux hôtels le long de la plage.

Si son agglomération compte 700.000 habitants, son centre dépasse à peine 170.000.

L'autre grande ville sahélienne est Sfax, qui est en fait la 2ème ville tunisienne par la taille. Avec son activité industrielle (phosphates), agro-alimentaire (huile, poisson) et portuaire (1er port commercial du pays), elle est un important centre d'affaires aussi étendu que la capitale, bien que n'ayant que la moitié de sa population.

Pour finir ce tour d'horizon du pays, quelques repères géographiques permettant de mieux comprendre le terrain :

Même si les experts identifient 7 zones climatiques différentes, les profanes que nous sommes se contenteront de diviser le pays en 2 zones très différentes : le Nord et le Sud avec comme zone de séparation le 34ème parallèle.

Zoom sur le Nord :

C'est le pays méditerranéen dans toute sa splendeur : les hauteurs, l'humidité marine et les vents soufflant d'Europe en font des espaces boisés, verdoyants en plaine. On chasse le sanglier dans le maquis de chênes-liège, comme en Corse ou au Portugal. Les champs de blé alternent avec les prés où paissent des vaches productrices de lait et de viande, tandis que les vignobles s'étalent jusqu'au sud de Tunis. Surprenant, non ?

De nos jours, c'est en effet loin de l'image que l'on se fait du pays, mais il y a 2.000 ans, ce paysage s'étendait plus au sud, puisque la désertification n'était pas aussi poussée qu'aujourd'hui. C'est d'ailleurs ce qui a attiré dès l'Antiquité les envahisseurs de tous poils, qui y ont bâti de prospères domaines agricoles.

Zoom sur le Sud :

C'est tout de contraire ! Dès la zone sahélienne, on sent bien qu'on bascule vite dans un monde chaud, sec et minéral. Les vignes cèdent le pas aux oliviers, qui s'effacent dès qu'on s'éloigne un peu des côtes.

Là, c'est sans pitié...Les paysages arides ont forcé les habitants à se terrer dans des villages troglodytiques. Puis, si on s'enfonce encore dans les terres, il n'y a plus d'habitants, mais des dunes, des ergs et des regs arpentés par les touristes de loin en loin.

Douz et Tozeur, en particulier, sont des oasis très attractives de ce point vue. Des plaines salines, vestiges de mers anciennes, s'étendent sur de grands espaces (Chott-el-Djérid).

Enfin, quelques îles sont parsemées le long du littoral, dont la plus connue est Djerba, dite "la douce". Défigurée par une centaine d'hôtels voués au tourisme de masse, elle n'en garde pas moins les traces d'une longue histoire très particulière. Par exemple, le pont qui la relie au continent n'est ni plus ni moins qu'une ancienne chaussée romaine. L'île possède également l'une des rares synagogues du pays, témoignant de la présence d'une communauté juive remontant à la destruction du temple de Salomon.

Quoi qu'il en soit, la Tunisie offre de multiples possibilités de dépaysement pour qui sait ne pas s'arrêter au bassin des piscines, en dépit de son petit territoire et des attentats dont elle est victime de temps à autres.

Pour en savoir plus :

Habib Boularès, Hannibal, Perrin, 2000

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L'Irlande

Parmi les milliers d'îles que compte notre globe, il en est une bien connue à travers le monde, l'Irlande.

Et pourtant, cette notoriété qui frise avec celle de la Grande Bretagne revient à une île de taille plutôt modeste. En effet, avec ses 80.000 km², elle occupe le 21ème rang mondial du classement par superficie, juste avant Hokkaïdo, la plus au Nord des 4 grandes japonaises.

Son milieu naturel explique en partie la célébrité de l'Irlande. Même s'il n'a rien de spectaculaire a priori, il dégage un charme particulier, notamment sur sa façade ouest : Connemara, Cliffs of Moher, tourbières battues par les vents, moutons blancs à tête noire, vie sociale des pubs, etc.

Le climat, très océanique, est plutôt doux, même en hiver, notamment du fait que le courant marin chaud appelé "Gulf Stream" vient adoucir l'atmosphère locale.

Mais on est quand même sous des latitudes plutôt élevées : la pointe sud frise le 52ème parallèle Nord, tandis que la pointe nord est au-dessus du 55ème ! Autant dire que le climat est celui d'un pays du Nord.

Concrètement, ça signifie que la durée du jour descend assez bas en hiver et que les températures estivales plafonnent vite dans le tiède.

Bref, si toutes les îles jouissant d'un tel milieu naturel étaient aussi célèbres, il y en aurait bien plus ! L'explication est donc ailleurs : elle est dans l'histoire du peuple irlandais.

Car c'est le plus gros bastion celte resté vivant, encore plus que l'Ecosse ou la Bretagne...

Cet atlas n'ayant pas vocation à raconter la passionnante histoire de ce peuple, on se bornera ici aux quelques généralités qu'il faut avoir en tête pour comprendre l'essentiel.

Les Celtes arrivent dès les années 500 avant JC et y fondent une société rurale.

Plus de 1.000 ans plus tard, à peine commençaient-ils à se convertir au christianisme que des brutes débarquent, cassent, tuent, pillent, violent et brûlent ce qu'ils trouvent. Ces Vikings trouvent l'endroit sympa et s'installent sur la côte Est en fondant un port : Dublin.

Ils poursuivent ensuite leur colonisation des côtes, laissant l'arrière-pays vivre sa vie celte.

Mais en 1014, les Celtes boutent l'envahisseur viking hors de leur île.

L'indépendance ne durera qu'un temps, car voilà que les Anglo-Normands venus de la grande île voisine s'approprient peu à peu l'est, puis finalement toute l'île, qui devient anglaise au 16ème siècle.

Commence alors une longue période de résistance, tandis que paradoxalement l'envahisseur devient au fil du temps plus irlandais que les Irlandais. Il n'empêche : les locaux restent fermement catholiques, contrairement aux britanniques, qui s'adonnent davantage à l'anglicanisme et au protestantisme.

Un événement sera déterminant pour la future célébrité de l'île : la Grande Famine de la fin des années 1840. Gros mangeurs de pommes de terre, des millions d'Irlandais affamés sont morts ou partis en exil à cause d'une maladie du précieux féculent. Plus de 4 millions émigreront en Amérique du Nord ou dans le reste de l'Europe. Les Kennedy sont l'emblème de cette émigration massive dont une partie a brillamment réussi ailleurs, tout en gardant une place dans son cœur pour le pays.

Au 19ème siècle, les catholiques expriment de plus en plus fortement des revendications nationales : ils veulent leur autonomie.

Ils profitent de la première guerre mondiale pour tenter un putsch à Pâques 1916, réprimé si férocement par les Anglais que la communauté internationale soutient moralement les indépendantistes.

L'après-guerre voit inéluctablement la partition de l'île, avec au sud la République et au nord un bout qui reste dans le royaume britannique.

Mais tout n'est pas si simple, car la frontière ne règle pas tout, d'autant que le pays reste pauvre jusque dans les années 1990. Une guerre civile se prolonge durant des décennies, jusqu'en 1997.

Depuis, le redressement irlandais est spectaculaire, mais la crise de 2008 a marqué un coup d'arrêt à la croissance d'une économie trop dépendante des banques et des facilités fiscales.

Le décor historique étant planté, revenons à la géographie du pays.

C'est avant tout un pays marin : il est tout bonnement impossible d'être à 100 km de la côte sur cette île !

De plus, elle est éloignée d'autres terres, si l'on excepte la Grande-Bretagne. La carte ci-dessous permet de s'en rendre compte en un coup d'oeil :

Si les côtes écossaises sont visibles depuis l'Irlande du Nord (un peu comme les côtes anglaises depuis le Cap Blanc Nez dans le Pas-de-Calais), le reste de l'île donne sur le grand large atlantique. Globalement, sa façade Est constitue la dernière extrémité de la zone européenne, mais son grand Ouest est déjà une terre atlantique, tout comme les îles boréales (Islande, Groënland) et les îles canadiennes. Les Vikings ont d'ailleurs dominé quelques siècles un empire maritime allant de l'Irlande à Terre-Neuve en passant par l'Islande et le Groënland. Les premiers européens en Amérique ne sont pas ceux qu'on croit !

Toutefois, l'île est reliée au continent par des ferries réguliers (vers Roscoff, Cherbourg, etc.), sans compter les liaisons aériennes, ce qui la place effectivement dans l'Europe en dépit de son isolement naturel. A ce titre, on peut dire que son adhésion à la Communauté européenne en 1973 aura été salutaire. A force d'investissements, ce petit pays pauvre alors dépendant du Royaume-Uni aura réussi à atteindre une croissance telle qu'on l'a surnommé un temps le "Tigre celtique", faisant référence aux Dragons d'Asie. Même si cette belle époque semble aujourd'hui révolue, on peut s'interroger sur ce que serait devenue une République d'Irlande vouée à se dépatouiller seule de la guerre civile qui perdurait avec le royaume voisin qui, lui, s'intégrait dans l'ensemble communautaire...

Physiquement, elle se présente comment, cette île ?

Fruit d'une histoire géologique longue et mouvementée, ce que nous voyons de nos jours est une plaine parsemée de lacs et entourée de montagnes basses car érodées sur les côtes.

Le sommet dépasse à peine les 1.000 mètres d'altitude, mais 460 points dépassent les 500 mètres. Inutile de se lancer dans l'énumération des massifs, vous ne retiendriez sans doute pas leurs noms aussi rébarbatifs que peu connus. Notez toutefois que les côtes sont découpées, notamment sur la façade Ouest.

Compte tenu de son climat humide, l'Irlande possède de nombreux lacs et rivières, mais aussi des tourbières. Si on trouve de la tourbe ailleurs qu'en Irlande (en Belgique, au Québec ou dans les Vosges, par exemple), ce pays en a fait et en fait encore une exploitation qui fait partie de sa culture car ses sols en regorge..

La tourbe est un minerai issu de la décomposition de matières organiques végétales qui sert de combustible. On la trouve notamment dans les espaces naturels de la plaine centrale, mais aussi dans les zones d'altitude modérée près des côtes.

Pour l'extraire, on creuse le sol tourbé avec un outil donnant la forme de briques aux morceaux qu'on prélève. Ceux-ci sont ensuite mis à sécher et compressés avant d'être utilisables comme des bûches.

Toutefois, l'exploitation intensive des tourbières irlandaises suscites des inquiétudes en matière de préservation de l'environnement. Bien sûr, là comme ailleurs, l'être humain a donné des noms aux contrées qui forment son milieu naturel.

On distingue 4 régions irlandaises, traditionnellement dénommées "provinces" :

- le Leinster à l'Est (autour de Dublin), la plus peuplée avec 2,5 millions d'habitants dont 1 million à Dublin

- le Munster au Sud (autour de Cork), qui compte 1,2 million d'habitants dont 200.000 à Cork

- le Connaught à l'Ouest (autour de Galway), la moins peuplée (500.000 habitants dont 75.000 à Galway)

- l'Ulster au Nord (autour de Belfast), qui compte 2 millions de sujets de Sa Majesté Elisabeth II, dont 300.000 vivent à Belfast.

La population totale de l'île dépasse donc à peine 6 millions (à comparer aux 17 millions de Néerlandais qui se massent sur un territoire 2 fois plus petit...), fruit d'une histoire rude (cf. supra). Les grandes villes restent de grosses villes moyennes, tandis que la vie rurale et villageoise reste plus répandue que dans le reste de l'Europe. En effet, moins de 60 % des gens habitent en ville, contre plus de 70 % sur le continent en moyenne. Encore un des effets des traditions rurales du pays, qui perdurent à travers quelques curiosités dont la plus étonnante est une partie de la population restée nomade. Environ 3.000 familles "Tinkers" ou "Travellers" (représentant 25.000 personnes) vont ainsi de ville en village pour s'y installer quelques temps et proposer leurs menus services comme aux temps anciens (petit artisanat). Ils ont tendance à se sédentariser aux abords des agglomérations.

Mais il ne faut pas s'y tromper, la population irlandaise ou d'origine irlandaise est bien plus nombreuse que celle qui est restée au pays. Poussés par la recherche d'une existence meilleure, des millions sont partis aux 4 coins du monde et notamment aux Etats-Unis, Canada, Grande-Bretagne, Australie et Nouvelle-Zélande. Aujourd'hui, 100 millions de personnes dans le monde déclarent avoir une origine irlandaise, dont 35 millions rien qu'aux Etats-Unis (soit plus d'un Américain sur neuf !).

L'île est également peuplée d'une faune abondante : saumons, truites, anguilles ou brochets dans les lacs et rivières, près desquels vivent aussi loutres, hérons, cygnes et oies sauvages. La mer abrite coquillages, crustacés et pléthore de poissons.

Mais sur la terre ferme, le cheval, le poney et le mouton règnent en maîtres. Le cheval est même sacré, dans la culture gaélique.

De quoi vivent les Irlandais ?

Jusqu'à la crise de 2008, le pays vivait surtout d'une politique bancaire et fiscale accommodante avec les investisseurs étrangers, qui lui a valu des taux de croissance à deux chiffres. Mais le réveil a été brutal et reste douloureux.

Depuis, l'économie est redevenue plus réelle.

Contrairement à ce qui est observé en général sur le continent (du moins dans les puissances "comparables"), une part importante de la population continue de travailler dans l'agriculture et la pêche : 20 % (contre 7 % en France, par exemple). Résultat : la moitié de la production agricole est exportée.

L'industrie reste assez peu développée et se concentre dans les villes de l'Est. Elle se constitue pour partie d'exploitations minières, car l'île recèle de gisements de zinc, charbon, tourbe...et de pétrole près de sa côte Ouest. La fabrication de bière noire est également un fleuron du pays, qui a su l'exporter à travers le monde.

Mais c'est dans les services que se trouvent l'essentiel des emplois et notamment dans l'informatique et dans le tourisme. Google, par exemple, a son siège pour l'Europe à Dublin.

Le tourisme en Irlande est une activité qui existe depuis le 19ème siècle.

Cependant, depuis la crise des subprimes, de nombreux jeunes diplômés s'exilent car le Tigre a quelque peu perdu sa superbe... Bénéficiant de formations reconnues au plan international (notamment à la prestigieuse Trinity College University de Dublin) et maîtrisant l'anglais, ils ont peu de mal à s'intégrer ailleurs. Pour la petite histoire, Trinity College a formé des gens tels que Oscar Wilde ou Samuel Beckett. C'est la plus ancienne université du pays, fondée par Elisabeth Ière en 1592.

A propos de la culture irlandaise

Comme signalé plus haut, l'Irlande est restée le dernier bastion celte, aux marges de l'Europe. Et sa culture ancestrale a traversé les siècles notamment grâce à la musique et la danse. Ce n'est pas un hasard si l'emblème de l'île est une harpe.

Résister à l'Anglais, c'était entre autres préserver jalousement ses traditions et notamment ses chants, poèmes, légendes et danses.

Les chants et danses traditionnels ont voyagé avec les vagues d'émigrants aux 19ème siècle. Ainsi, la musique américaine doit beaucoup à la musique irlandaise. Mais c'est aussi le cas de la musique britannique et, par influence, de la musique celte au sens large : bretonne, écossaise, galloise, etc.

Pendant longtemps, on a méprisé ces coutumes d'un autre âge. On les a même combattues car elles avaient la vie dure. La IIIème République française, par exemple, s'est fait fort d'éradiquer par des mesures vexatoires les tentations de parler le breton, sans y parvenir.

Au contraire, sous l'influence combinée de la musique américaine et plus tard d'un engouement pour la "celtitude", une véritable "celtimania" s'est répandue en Europe et au-delà. Ainsi, le chanteur français Alan Stivell est devenu une célébrité sur la scène internationale, non seulement dans les pays à tradition celtique, mais aussi en Italie, Allemagne, Amérique du Nord et dans bien d'autres pays.

La culture irlandaise brille également par sa littérature, étonnamment prolifique pour un pays de cette taille. Les bardes ont laissé une abondante somme de poèmes, sagas ou satires. Leurs lointains ancêtres comptent parmi eux Yeats, Bram Stocker (l'auteur de Dracula), James Joyce, Oscar Wilde, George Bernard Shaw ou Samuel Beckett.

Et puis il ne faut pas oublier le pub, véritable institution au cœur de la vie sociale. On y mange, on y boit, on y chante, on y danse, on y fait des rencontres, on y joue aux fléchettes, on y suit les matches de foot, de rugby ou tout autre sport. La convivialité y règne en maîtresse de maison.

Pour aller plus loin :

Saint Patrick (390-461) Nouveau druide ou apôtre éclairé ? Patrick Mey, Coop Breizh 1997

Les Vikings : histoire et civilisation, Régis Boyer, Paris, Perrin, coll. " Tempus ",? 2002

Michael Collins A Biography, Tim Pat Coogan, 1990; ISBN 0-09-968580-9.

Mythes celtiques, Miranda Jane Green, Paris, Seuil, coll. " Points sagesse ",? octobre 1995

Le Cheval venu de la mer (Into the West), film britannico-irlandais d'aventure fantastique, réalisé par Mike Newell, tourné et sorti en 1992.

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Le coeur d'Amérique

Ne cherchez pas, le "Cœur d'Amérique" ne correspond à aucune région administrative !

C'est un pur produit de notre imagination et nous n'en sommes pas peu fiers...

Pour autant, cela correspond à une réalité du terrain, qui existe bel et bien et que nous avons choisie de vous montrer sous un angle assez peu usuel. Nous sommes trop souvent formatés par les frontières : Canada d'un côté, Etats-Unis de l'autre, chacun étant de surcroît subdivisés tantôt en provinces, tantôt en Etats.

Après vous avoir montré l'Ouest puis l'Est américains, nous voulons à présent vous immerger au cœur de ce continent qu'est à elle toute seul l'Amérique du Nord.

Mais pourquoi une 3ème exploration de l'Amérique du Nord, alors qu'il y a tant d'autres choses à découvrir ailleurs ?

Tout simplement parce que nous adorons cette partie du globe et nous avons constaté que vous aussi ! Par exemple, les enseignants et les élèves sont plus friands de cette région que des autres, sans doute eu égard aux programmes scolaires.

Et puis il manquait une vision intérieure du continent, puisque nous nous sommes focalisés jusqu'ici sur les côtes.

Pour autant, notre vocation est bien d'ouvrir tout le Monde à tout le monde, il suffit de jeter un œil à la liste des destinations que nous vous proposons ; liste qui s'élargira et se diversifiera encore largement avec le temps.

Notre souhait est de capter votre attention sur ce que vous aimez pour susciter votre curiosité sur d'autres régions qui ne vous auraient pas nécessairement intéressé de prime abord.

Ainsi, le Cœur d'Amérique partage une partie importante de son histoire avec celle des Antilles. De même que l'Ouest américain partage son histoire avec celle de l'Amérique Latine. Il en va de même entre la Turquie et l'Europe, etc.

Mais revenons à notre Cœur d'Amérique

Le terme de "coeur" est choisi à dessein car les régions que nous y intégrons ont joué et jouent encore un rôle moteur dans le développement de la culture américaine.

Même si son rôle historique semble moins spectaculaire que celui joué par l'Est américain, ni même par l'Ouest, ce sont pourtant ces régions qui ont vu l'émergence de véritables villes pré-colombiennes (vallée de l'Ohio), l'arrivée d'un certain Jacques Cartier en 1534, puis le développement du commerce avec les autochtones sur de très vastes territoires, les alliances, les rivalités et le métissage entre trappeurs et Indiens, l'affrontement avec les colonies anglaises, le "grand dérangement" vers la Louisiane et ailleurs en 1755, l'esprit pionnier des coureurs des bois, qui a inspiré plus tard la conquête de l'Ouest et son lot de tragédies. Pendant longtemps, ce "Coeur d'Amérique" fut la Frontière entre les occupants européens et les Natifs défendant leurs terres et leurs modes de vie. Dans le même temps, les planteurs esclavagistes qui se sont installés dans la vallée du Mississippi ont profondément imprimé les mentalités, aujourd’hui encore traumatisées. L'arrivée de populations d'origine africaine a apporté son lot de richesses culturelles à l'édifice : c'est au cœur de cette Amérique-là qu'est né le blues,le rock et la country. Pour ne citer que lui, c'est là qu'a vécu le roi Elvis...

Sans oublier qu'une partie substantielle de la Guerre Civile (appelée Guerre de Sécession par les Français) s'y est déroulé : les traces de champ de bataille jalonnent les campagnes.

Une ambiance un peu nostalgique est perceptible quand on sillonne ces régions héritières d'un si riche passé. Mais sans en faire des tonnes... juste ce qu'il faut de nostalgie pour vivre heureux et mieux apprécier le présent.

Alors comment délimiter ce cœur historique ?

Bien des choix étaient possibles.

Mais nous avons fait celui-ci, que certains puristes pourraient critiquer pour d'excellentes raisons, mais que nous assumons au plan didacticiel :

Notre cœur s'étend de Montréal (Québec, Canada) à Nashville (Tennessee, Etats-Unis), en passant par la région des Grands Lacs avec notamment les chutes du Niagara et Chicago, puis en longeant le Mississippi par St Louis et en faisant un petit détour par Memphis et le début du Dixieland.

Nous laissons de côté le Middle West, plus central au plan géographique, mais beaucoup moins au plan historique et culturel ;

Nous laissons également le Vieux Sud, du moins dans sa partie la plus typique (proche du Golfe du Mexique), qui mérite à lui seul une exploration.

Ces régions auraient pu faire partie du cœur de l'Amérique, mais dans un sens élargi, sans doute trop large...car dans ce cas, pourquoi ne pas ajouter également l'Est ?

Il manquera sans doute des éléments, comme Québec ou les Appalaches.

Mais Québec est traité dans notre exploration de l'Est américain et les Appalaches auraient exagérément allongé notre film, qui a vocation à montrer l'essentiel.

Décrivons à présent ce Cœur ainsi délimité :

Montréal et son agglomération de 4 millions d'habitants est née du fleuve St Laurent, qui déverse une partie des eaux venant des Grands Lacs dans l'Océan Atlantique.

Le St Laurent, qui sert de frontière naturelle entre Canada et États-Unis, draine encore de nos jours un important trafic maritime international jusqu'à Chicago. De nombreuses villes jalonnent cette artère fluviale, dont Québec, située à quelques 250 km en aval (cf. Est américain).

La région du St Laurent est plutôt plate, mais des vestiges très érodés de ce qui fut il y a fort longtemps de hautes montagnes (les Laurentides) ont laissé quelques hauteurs, comme celles du Mont Tremblant, station de sport d'hiver perchée à moins de 1.000 mètres d'altitude, à 2 heures de Montréal.

C'est une région de forêts, parsemée de lacs, coupée par le vaste lit du fleuve, qui s'écoule doucement vers le lointain océan. Le climat est rude en hiver et tempéré l'été. Nous sommes au même niveau que la Suisse et le centre de la France.

A 200 km à l'Ouest de Montréal s'étend la capitale fédérale de tout le Canada : Ottawa.

A noter qu'elle n'a pas été bâtie sur le fleuve, mais dans un endroit soigneusement choisi par la reine Victoria (rappelons que la reine d'Angleterre est toujours chef de l'Etat canadien) pour éviter les querelles entre anglophones et francophones et éviter le risque d'agression américaine. C'était à la St Sylvestre 1857. Aussitôt, on y a démarré la construction du magnifique Parlement devant lequel se déroule encore aujourd'hui la relève de la garde à l'identique de ce que l'on verrait à Londres... Parlement dans lequel un siège est réservé à la reine d'Angleterre.

Si on remonte le cours du fleuve vers les Grands Lacs, les rives se rapprochent, tandis qu'on rencontre bientôt une myriade de petites îles appelées " les Mille îles ", annonçant l'arrivée dans le premier Grand Lac (ou le dernier selon le point de vue) : le lac Ontario.

Le système des 5 Grands Lacs d'Amérique représente à lui seul un quart de l'eau douce de notre globe !

Environ 30 millions de personnes vivent dans cette région, qui est très industrielle et qui a vu l'émergence de mégalopoles, notamment Chicago et Toronto (16 millions d'habitants à elles deux).

L'activité industrielle n'a pas manqué de susciter une forte pollution de l'eau, alarmante par endroits : métaux lourds, déchets chimiques, etc. La faune en pâtit bien évidemment, y compris celle qui ne fait que passer à l'instar des baleines et bélugas dans le St Laurent. Plus récemment, des concentrations inquiétantes de toxines issues de plantes transgéniques ont été relevées dans les sédiments.

Autant dire que cet immense réservoir d'eau douce est un petit réservoir d'eau potable...

La surface des 5 lacs est équivalente à celle de la Grande-Bretagne, le plus grand étant le Lac Supérieur (le plus en haut, sur la carte, facile à retenir), grand comme la Guyane française. Mieux vaut savoir naviguer quand on part à la pêche !

Pour comparer, les 7 Grands Lacs d'Afrique sont presque 2 fois moins vastes, mais 5 fois plus peuplés...

Le climat des Grands Lacs américains est continental, donc assez rude en hiver, mais favorable en automne (été indien), ce qui laisse la possibilité de cultiver fruits et vignes et même, près de Niagara, d'en faire des vins appréciés et parfois reconnus. En été, c'est une région appréciée pour la détente en famille et les loisirs de pleine nature.

Arrêtons-nous quelques instants sur Niagara, puisqu'on en parle.

C'est tout simplement une des Merveilles naturelles du monde !

A la charnière du Lac Erié et du Lac Ontario, les chûtes du Niagara servent aussi de frontière entre les deux géants que sont le Canada et les Etats-Unis. D'ailleurs, on peut franchir à pied cette frontière par une passerelle suspendue au-dessus d'une vue panoramique qu'on ne peut pas oublier. Le site se compose de 3 chutes qui impressionnent davantage par leur largeur que leur hauteur.

Voir les chutes de chaque côté de la frontière donne des paysages différents et complémentaires. Et puis on peut aussi faire une petite croisière en Maid of the Mist au pied des chutes, histoire de sentir de près la violence des trombes et tourbillons.

La grande ville du nord des Grands Lacs est sans conteste Toronto. C'est d'ailleurs carrément la plus grande du Canada ! N'en déplaise à Montréal...

Typiquement américaine, Toronto est avant tout une place financière, universitaire, technologique et médiatique. On le sait peu, mais c'est le 3ème centre de production cinématographique et télévisuelle d'Amérique.

La population est très cosmopolite, la vie y est chère, le développement est soutenu, les gratte-ciels n'ont rien à envier à Manhattan...

D'ailleurs, elle est fièrement coiffée par la Tour CN (Tour nationale du Canada), qui perce le ciel du haut de ses 550 mètres. Ce 5ème édifice le plus haut du monde est en fait une antenne radio et télévision construite pour garantir la qualité des transmissions dans une ville où les gratte-ciels poussaient comme des champignons dans les années 1970. Elle se visite grâce à une sorte de sphère panoramique perchée à 350 mètres au-dessus du sol.

On la voit depuis la rive du Lac Ontario située aux Etats-Unis, à environ 50 km.

Malgré tout, Toronto reste en quelque sorte la sœur jumelle discrète de Chicago,

Allons donc tout au sud de la région des Grands Lacs pour retrouver cette jumelle moins discrète, sur les bords du Lac Michigan et de l'autre côté de la frontière.

Encore dans les Grands Lacs, déjà dans le Midwest, pas très loin du Mississippi, cette mégalopole de 10 millions d'âmes qu'est Chicago est surnommée " la ville venteuse " (windy city) : il est vrai que le Lac Michigan génère souvent du vent dans la ville.

Son importance d'aujourd'hui est le fruit du fulgurant essor industriel des années 1870 qui y a attiré des centaines de milliers d'Afro-Américains en quête d'un emploi après la Guerre Civile. Les conditions du prolétariat ont été identiques à celles que dénonçaient les progressistes du début du 20ème siècle en Europe, induisant une histoire sociale compliquée...sans compter que la Prohibition a favorisé une criminalité devenue proverbiale.

Mais tout ceci est loin, la ville (du moins son centre) présente aujourd'hui un visage moderne et optimiste. Elle se targue d'être la capitale mondiale de l'architecture et un important centre culturel, notamment grâce à son Art Institute célèbre dans le monde entier.

Quand on regarde bien ses immeubles des années 1930, la ressemblance est frappante avec le Bund de Shanghaï (Chine), dont les architectes occidentaux ont été très influencés par l'école de Chicago.

Elle a su attirer de nombreux touristes venus de partout admirer ses gratte-ciels, dominés par la WillisTower (anciennement Sears Tower), qui fut la plus haute tour du monde pendant 30 ans (12ème rang aujourd'hui).

Mais ça s'explique facilement : Chicago regorge de choses à voir.

Même si au premier abord, beaucoup n'y verront que du béton, du verre et des damiers, il faut s'imprégner de son atmosphère particulière en arpentant les plus centraux de ses très nombreux quartiers.

Le cœur de la ville s'appelle le Loop, entouré des eaux de la Chicago River et de celles du Lac Michigan. Son nom, qui signifie " boucle " en français, lui vient d'un ancien tramway qui en faisait le tour. Il a depuis été remplacé par l'actuel métro aérien, affectueusement surnommé le "El" pour "Elevated" (surélevé). Il faut savoir que ce métro brinquebalant, grinçant et quelque peu surréaliste au milieu des lignes élancées des buildings qui se dressent dans ce haut lieu des affaires qu'est le Loop est cher au cœur des habitants. Quand il a été envisagé de le démolir pour le remplacer par un métro normal donc souterrain, la levée de boucliers a été suffisante pour faire reculer les appétits des promoteurs immobiliers.

Motif : valeur historique et esthétique. Ben oui, quand on a 100 ans d'Histoire, le moindre vestige des débuts prend une valeur sentimentale ! Et puis ça tranche nettement avec la monotonie des immeubles !

Au sud du Loop se dresse désormais le Millenium Park.

Quittons la région des Grands Lacs pour rejoindre la vaste vallée du Mississippi.

Il s'agit d'un des plus grands fleuves du monde (6.800 km, à comparer avec les 1.000 km de la Loire, plus long fleuve français), qui a ceci de particulier que l'un de ses affluents (le Missouri) est plus long que lui (4.400 km à lui tout seul) !

Si bien que le bassin mississipien couvre un quart du territoire états-unien et il correspond à peu près à la Lousiane française que Napoléon vendit en 1803 en marge de négociations qui concernaient les Antilles... N'entrons pas dans les labyrinthes de l'Histoire et recentrons-nous sur le fleuve.

Cette artère naturelle entre les Lacs et le Golfe du Mexique, que certains natifs dénommaient "missi-ziibi", alias "grand fleuve", ne s'écoule pas vraiment tranquillement vers le Sud. Ses crues peuvent faire des ravages, du fait d'un débit élevé et irrégulier. C'est qu'il est alimenté par tellement d'affluents qui ont chacun leur vie...

Sans compter que lorsqu'on arrive dans le grand Sud, le climat se fait subtropical, avec des pluies capricieuses et parfois des cyclones.

Un tel mastodonte charrie des montagnes d'alluvions, sables, graviers, qui s'accumulent le long de son impressionnante embouchure en delta qui s'enfonce toujours plus loin dans la mer.

Le cœur du fleuve est aussi celui de la culture américaine : voleurs de chevaux, trafiquants d'esclaves, courses de bateaux à vapeur, plantations esclavagistes, belles demeures "à la française", le blues, la country, le jazz, le rock... ont profondément marqué les mentalités du pays tout entier et au-delà.

Quand on quitte Chicago pour rejoindre le Mississippi, on passe par Springfield, capitale de l'état d'Illinois (eh non, ce n'est une fois de plus pas la plus grande ville qui fait office de capitale...). Sans soute parce qu'Abraham Lincoln, prestigieux Président des Etats-Unis, y habita pendant un quart de siècle. Autre Président respecté, Ulysses Grant y démarra sa carrière militaire.

Puis on arrive à St Louis, cette fois-ci sur le fleuve.

C'est l'une des 3 "villes indépendantes" (non soumise à la juridiction d'un comté) du pays situées en dehors de l'état de Virginie (qui en regroupe l'essentiel, soit 39).

A la tête d'une agglomération de 3 millions d'habitants, St Louis fut fondée par des Français à l'endroit où le Missouri termine sa longue course dans le Mississippi, point stratégique pour y développer le commerce. Son passé de point d'entrée vers les sauvages contrées de l'Ouest lui ont valu le surnom de "Porte de l'Ouest".

Les Américains aiment le concret, alors ils ont donné corps à ce sobriquet en érigeant l'Arche de la Passerelle ("Gateway Arch"), immense arche en béton recouverte de métal surplombant la ville et le fleuve à près de 200 mètres de hauteur.

On peut y visiter l'intérieur et avoir une vue panoramique d'en haut : mine de rien, 4 millions de visiteurs y passent chaque année, faisant de ce monument l'une des attractions touristiques les plus visitées dans le monde (la Tour Eiffel en accueille 6 millions, pour comparer).

Fut un temps pas si lointain où St Louis était la 4ème ville des Etats-Unis. Elle y a même accueilli les Jeux Olympiques de 1904 et une Exposition Universelle la même année.

La ville et sa région connaissent un climat très continental, ouvert aux vents polaires l'hiver et tropicaux l'été, puisque les Rocheuses sont trop lointaines pour barrer la route à tout ça !

Elle reste une ville industrialisée, malgré un net déclin de ce type d'activité face au développement des services. Budweiser, par exemple, y fabrique ses bières connues dans le monde entier.

Longeons à présent le fleuve vers le Sud. On arrive assez vite à Memphis, le berceau du blues et du rock. Impossible de rater les effigies du King Elvis Presley, d'autant qu'on peut même y visiter Graceland, sa magnifique résidence qui sert aussi de cimetière familial. Pas difficile à trouver, c'est sur Elvis Presley Boulevard, Memphis, Tennessee, tout simplement.

Mais on y trouve surtout Beale Street, le cœur encore battant du blues. On passe de bar en bar, tous animés de concerts live tandis que la rue bruisse de groupes amateurs qui rivalisent de talent. Cette joyeuse cacophonie a démarré pendant la Guerre Civile (Sécession) dans les années 1860, lorsque des afro-américains venaient taper le bœuf en fin de journée. Petit à petit, on y a créé le Blues et c'est très officiellement que le Congrès américain a reconnu Beale Street comme étant le "berceau du Blues" en 1967.

Muddy Waters, Robert Johnson, BB. King et bien d'autres son nés à Memphis.

Martin Luther King Jr, défenseur des droits des Noirs, y est mort assassiné en 1968.

Memphis est une sorte de porte du Sud, car viennent ensuite les bayous, les fermes pauvres et les moustiques qui annoncent la Louisiane.

Mais n'allons pas si loin, ce serait un autre voyage.

Bifurquons vers l'est pour sillonner les grands espaces du nord de l'Etat du Mississippi et de l'Alabama. Là encore, l'Histoire a façonné profondément les paysages et les modes de vie.

Les petites villes modestes, désœuvrées, désuètes voire obsolètes se succèdent au milieu des champs de soja, sorgho, cacahuètes ou maïs. L'ancien "Etat du coton" en cultive encore, mais a diversifié sa production depuis.

La tradition pèse à l'évidence. A titre d'illustration, la Constitution de l'Etat de l'Alabama est l'une des plus complexes et des plus longues au monde, fruit d'une histoire compliquée, où la ségrégation a tardé à s'effacer.

On est bien loin de l'agitation et de la modernité des mégalopoles des Grands Lacs !

Un petit détour par la "Russell cave" montre que la Préhistoire n'a pas épargné l'Amérique. Oui car on a un peu de mal à s'imaginer que le Nouveau Monde ait pu être habité par l'homme préhistorique.

Et pourtant, cette entrée de grotte perdue dans le fin fond du Dixieland comporte des traces d'occupation humaine remontant à environ 10.000 ans. On pense même qu'il s'agirait des premiers hommes venus jusque dans ces contrées.

Repassons dans le Tennessee et faisons une courte halte dans la petite ville de Lynchburg. Ce nom ne vous dira sans doute rien, mais si on vous dit "Jack Daniels", ça change tout !

C'est en effet dans ce bled paumé qu'on confectionne "chaque jour du mieux qu'on peut" comme le martèle la devise interne, le breuvage devenu célèbre dans le monde entier. Ce qui n'empêche pas la ville d'être dans un "dry county", un comté où la vente d'alcool est prohibée ! Voilà de quoi encourager l'exportation...

Nous terminons ce périple par le temple de la country music, qui est accessoirement la capitale du Tennessee, j'ai nommé Nashville.

Place stratégique pour les Sudistes pendant la Guerre civile (Sécession), elle est devenue aujourd'hui un centre de l'industrie musicale : maisons de production, stations de radio, musée de la country (Country music hall of fame) et son célèbre "Grand Ole Opry" diffusé tous les samedis soir à la radio depuis 1925 en sont les preuves incontestables.

Beaucoup de célébrités sont passées par les studios de Nashville (Johnny Cash, Bob Dylan, mais aussi Elvis Presley, toujours et encore lui...) qui continuent aujourd'hui de produire des jeunes talents (Taylor Swift, par exemple).

Le film "Blues Brothers" vous plongera dans une épopée comique et musicale au Coeur de l'Amérique. Il a été tourné en 1979 dans la région de Chicago et balaie un large éventail de monuments du rythm and blues, de la soul et du blues (Ray Charles, Aretha Franklin, James Brown, Cab Calloway).

En savoir plus :

Histoire de l'Amérique française (Gilles Havard et Cécile Vidal ; Champs histoire) ;

Histoire générale du Canada (Craig Brown ; Boreal Compact) ;

The Blues Brothers, music from the soundtrack (Atlantic recording corporation) ;

Chicago from the air then and now (Thomas J. O'Gorman ; Thunderbay Press) ;

Une histoire populaire des Etats-Unis (Howard Zinn ; Agone mémoires sociales) ;

Histoire des Etats-Unis contemporains (Pierre Mélandri ; André Versaille Editeur) ;

Site de Russell Cave (Alabama)  http://www.nps.gov/ruca/index.htm

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Le Nord Argentin

Et pourquoi s'intéresser seulement au Nord Argentin et pas au reste du pays ?

Avant tout parce que nos voyages virtuels sont le reflet de voyages réels, que vous pourriez faire vous-même ou que vous envisagez de faire bientôt ou un jour qui sait ?

En deux ou trois semaines sur place, durée fréquente d'un voyage touristique, vous n'aurez pas le temps d'en faire plus.

Bien sûr, vous pouvez prendre 10 fois des vols intérieurs pour visiter des points sur tout le territoire. Vous aurez alors un aperçu de confettis du pays, qui n'auront pas de cohérence ni de continuité entre eux. C'est possible techniquement, mais ce n'est pas notre philosophie.

Nous voulons vous faire prendre conscience de la réalité physique des grands espaces, quitte à limiter le périmètre de votre découverte.

Sans compter que la palette climatique de l'Argentine, qui va du tropical au glacial en passant par le montagnard, garantit du mauvais temps sur au moins une partie du territoire à tout instant. Ainsi, une météo agréable dans le nord implique le plus souvent des conditions hivernales dans le sud.

Lorsque le sud jouit de conditions plus clémentes, c'est la saison des pluies, orages, voire tempêtes dans le nord. Le climat montagnard, quant à lui, réserve ses surprises toute l'année, mais les conditions sont à coup sûr rudes en hiver à haute altitude...

Bref, pour visiter un si vaste territoire, il faut tenir compte des saisons et donc aller là où la météo le permet.

C'est donc à la fois pour tenir compte de l'étendue du pays et de ses conditions climatiques que nous avons restreint cette découverte au Nord Argentin, avec quelques échappées au Paraguay et au Brésil voisins, car vous le savez, nous faisons fi des frontières administratives.

Examinons maintenant de plus près ce fameux Nord dont il est question.

D'abord, il faut constater que c'est un Nord...très au sud !

L'Argentine est en effet entièrement sous l'équateur et même sous le 22ème parallèle sud.

Notre Nord Argentin forme une sorte de triangle entre la capitale - Buenos Aires -, les chutes d'Iguaçu aux confins du Brésil et du Paraguay et les Andes, aux confins du Chili et de la Bolivie.

Et au milieu s'étendent les interminables prairies plus ou moins sauvages du Chaco et des Pampas, irriguées par le colossal fleuve Parana,

Ce vaste espace, grand comme à peu près le Québec ou 3 fois la France, est très inéquitablement peuplé.

La population se concentre sur l'axe Buenos Aires – Rosario – Cordoba (environ 18 millions d'habitants, soit près de la moitié de tous les Argentins), puis laisse la place à d'immenses plaines parsemées de-ci, de-là, de troupeaux de bovins qui paissent tranquillement.

Il faut aller jusqu'au pied des Andes pour retrouver quelques villes - dont les plus importantes sont San Miguel de Tucuman (800.000 habitants) et Salta (500.000) – ou bien sur le Parana (Santa Fe, 600.000 habitants et Posadas, 400.000 habitants).

Vous l'aurez compris, cette partie du monde est globalement un semi-désert, une fois qu'on quitte la conurbation de la capitale.

Intéressons-nous à la capitale, Buenos Aires

Rassemblant aujourd'hui une quinzaine de millions d'habitants, la ville est de création récente, puisqu'elle fut fondée en 1580, après une première tentative en 1536.

Son essor est encore plus récent, puisqu'elle ne comptait que 1,5 millions d'âmes il y a seulement un siècle.

La Grande Guerre a suscité l'arrivée massive d'immigrés européens, qui s'est poursuivie ensuite jusque dans les années 1950. C'est à cette époque que le tango a connu un succès si fulgurant qu'il est devenu un des emblèmes de Buenos Aires.

Depuis, la banlieue n'a cessé de s'agrandir à mesure que les campagnes poussent des chercheurs d'emploi vers la ville.

Comme le paysage est plat et pas particulièrement aride, l'espace occupé par l'agglomération de Buenos Aires est devenu tentaculaire. Un survol de nuit rend bien compte de l'immensité de cette grande capitale du monde qu'est aujourd'hui cette ville restée pendant plusieurs siècles le parent pauvre des ports hispano-américains.

En effet, Lima a longtemps centralisé le commerce d'Amérique du Sud avec l'Espagne, marginalisant le débouché sur l'Atlantique. Il faut dire que la faible profondeur de son port sur le Rio de la Plata, handicapant l'accostage des gros navires, n'a pas aidé...

Aujourd'hui, il en va tout autrement, puisque Buenos Aires est devenue la puissante capitale fédérale du pays. Un peu trop puissante, d'ailleurs, au goût des provinces qui veillent scrupuleusement à leur pouvoir local.

Cet antagonisme entre centre fédéral et provinces fédérées n'est pas spécifique à l'Argentine, loin s'en faut ! Mais il est bien présent dans les esprits quelque peu chauvins des Latins d'Amérique...

De surcroît, force est de constater une différence frappante entre les paysages typiquement sud-américains des provinces et l'allure très européenne de la capitale.

Parisienne à certains endroits, milanaise en d'autres, madrilène un peu partout, Buenos Aires est littéralement une ville européenne montée de toute pièce sur le sol d'Amérique australe. Comme un décor de théâtre, à l'image de son Teatro Colon.

Pourtant, quand on sillonne les rues et avenues des différents quartiers du centre, la ville dégage une personnalité bien à elle, avec ses restaurants de grillades, ses insignes nationales un peu partout et ses avenues dont la largeur est digne d'une grande ville américaine. Bars à tango par-ci, café du 19ème sièce par là, stade de foot à la démesure de la religion que voue le peuple à ce sport et puis toutes ces vieilles bagnoles françaises et italiennes rescapées des années 1970 qui se mêlent impunément à la circulation...

L'esprit latin s'exprime aussi par les campements précaires sur certaines places pour protester contre certains débordements du pouvoir, passés et récents.

Les difficultés économiques sont palpables : beaucoup de gens vivent dans la rue, nombreux sont ceux qui font des petits boulots, affluences permanentes dans les banques, change illégal de monnaies étrangères, etc. Sans compter une impressionnante inflation, rendant inaccessible au plus grand nombre toujours plus de biens et services.

La Casa Rosada, siège de la présidence de la République et du gouvernement fédéral, est en permanence protégée par l'Armée, qui peut à tout moment boucler le quartier. C'est que l'histoire récente est plutôt mouvementée : dictatures militaires, coups d’État, rébellions populaires émaillent les 50 dernières années. En 2001, le Président a même dû s'enfuir de la Casa Rosada en hélicoptère !

La situation s'est un peu pacifiée depuis, mais de récents scandales ont ravivé la tension entre le peuple et le pouvoir, démontrant la précarité de l'équilibre du pays.

Devant cette "maison rose", dont la couleur provient d'un mélange de chaux et de sang de bœuf, s'étend la Plaza de Mayo (Place de Mai), cœur de la ville.

En son centre se dresse la Pyramide de Mai, colonne blanche commémorant le 25 mai 1810, jour où l'Argentine entra en guerre pour son Indépendance, qu'elle obtint en 1816.

Non loin se trouve le Cabildo, ancien siège du pouvoir colonial, théâtre de la révolution de 1810, tandis que la Catedral metropolitana occupe un angle de la place.

Elle abrite le mausolée de José de San Martín, héros de l'indépendance du pays, mais aussi du Pérou et du Chili. Le Libertador aujourd'hui vénéré n'est pourant pas mort en Argentine, ni même en Amérique du Sud, mais à...Boulogne-sur-Mer, en France !

Il se trouve que les luttes intestines qui ont sévi entre ceux qu'il venait de libérer du joug colonial le fatiguaient à un point tel qu'il préféra s'exiler en Europe et y finir sa vie. Il fallut 30 ans pour que l'Argentine parvienne à rapatrier ses cendres et les déposer dans le mausolée construit à cet effet dans la Catedral. Celui-ci est depuis gardé par des grenadiers de l'armée argentine, qui se relèvent même pendant les messes.

La Place de Mai, centre ultime de la capitale et de la nation, surplombe les rives du Rio de la Plata, qui ont été depuis peu réhabilitées en un quartier neuf baptisé "Puerto Madero".

Les anciens docks abandonnés ont laissé la place à des buildings de standing, des restaurants, bars et boîtes branchés, le tout agrémenté du "Pont de la Femme", en forme de harpe, qui ressemble très fortement au Pont Samuel Beckett de Dublin, en Irlande.

De plus, une réserve écologique a été aménagée le long du fleuve.

Justement, évoquons maintenant ce fameux Rio de la Plata, alias "fleuve de l'argent".

En réalité, ce n'est pas un fleuve, mais un estuaire, l'un des plus grands au monde. Large de 50 km, il couvre plus de 200 km avant de se jeter dans l'océan.

Il commence au point de jonction des fleuves Parana et Uruguay, qui l'alimentent en eau mais aussi en alluvions lui donnant cette nette coloration terreuse.

Il sert de frontière avec l'Uruguay, dont la capitale Montevideo est l'autre grande riveraine.

Pourquoi a-t-on baptisé ce fleuve du nom du précieux métal ? Plusieurs légendes existent: les premiers Européens auraient répandu la rumeur que les autochtones offraient des objets en argent en cadeau de bienvenue ; plus vraisemblable : les Espagnols envisageaient d'acheminer le minerai du Pérou via ce fleuve vers l'Espagne...

Avant d'être l'Argentine, le pays était celui du Rio de la Plata.

Revenons à Buenos Aires.

La ville s'est développée à partir du port et de ce qui est devenu la Place de Mai. Signe de sa récente et spectaculaire expansion, le plan n'est pas compliqué, puisqu'il est en damier à quelques exceptions près.

La plus notable de ces exceptions se situe dans le "Vieux Buenos Aires", dans le prolongement sud de la Place de Mai. Les quartiers de San Telmo et de La Boca ont été les premiers à être colonisés par les Européens. Lorsque les nouveaux riches ont préféré loger plus au nord, ces lieux sont restés l'apanage des moins riches, puis des immigrants de fraîche date. Depuis fort longtemps, les Italiens et leurs descendants forment l'essentiel de la population de ces quartiers populaires. A tel point qu'une éphémère république génoise fut proclamée pendant une rébellion en 1882.

Le damier de la ville moderne s'articule autour de quelques axes majeurs et au premier chef l'Avenida 9 de Julio (avenue du 9 Juillet), immense artère qui traverse le centre ville dans le sens nord-sud. C'est tout bonnement la plus large avenue du monde : 140 mètres de largeur !

C'est aussi le centre névralgique de la mégapole : théâtres, cabarets, grands magasins...l'animation y est permanente, notamment la nuit autour de l'Obelisco, qui domine l'artère dont les lumières publicitaires alentour rappellent un peu le Times Square de New York.

Cet imposant monument de 68 mètres de haut fut érigé pour le 400ème anniversaire de la ville. Comme toujours, l'icône incontestée qu'elle est devenue suscita de vives polémiques à ses débuts.

Un peu plus loin sur l'avenue pavane le Teatro Colon, qui abrite l'opéra depuis 1908. Prestigieux dès son inauguration, il a accueilli et continue d'accueillir les grands noms de l'opéra international.

Autre axe important : l'Avenida Corrientes, qui coupe celle du 9 juillet au niveau de l'Obelisco. Cette rue "qui ne dort jamais" est l'âme de la ville : restaurants, théâtres, salles de jeu, cabarets, bars à tango s'égrennent jusqu'aux alentours du port.

Cette avenue croise également la principale rue piétonne du centre, la Calle Florida. C'est l'épicentre commercial de Buenos Aires, avec notamment ses Galerias Pacifico, magasins de luxe dont les Porteños (ainsi dénomme-t-on les habitants de Buenos Aires) sont très fiers.

Pour la petite histoire, ce n'est pas par hasard que la Calle Florida est devenue l'artère commerçante : à ses débuts, elle reliait les nouveaux quartiers riches au centre délaissé pour cause d'insalubrité. Tout naturellement, les commerces se sont installés sur cette voie de communication privilégiée.

Autre rue importante, qui coupe la Calle Florida : la Calle Lavalle, également commerçante et animée.

Enfin, l'Avenida de Mayo fait la jonction entre le pouvoir exécutif national (Place de Mai) et le pouvoir législatif, qui s'exerce dans le Congreso de la Nacion Argentina (Congrès de la nation argentine). De plus, elle se pare de nombreux édifices historiques, comme le Café Tortoni, rendez-vous des intellectuels et artistes comme le fut St Germain-des-Prés à Paris ou encore le Palacio Barolo, qui fut le plus haut immeuble d'Amérique du Sud.

Elle se termine sur la Place du Congrès, sur laquelle se dresse le Palais du même nom, reconnaissable à son dôme assez impressionnant.

Bien d'autres quartiers s'ajoutent à ceux du centre et il serait fastidieux d'en faire la liste, mais certains méritent une attention particulière.

En effet, le quartier de Recoleta, au nord du centre, comporte un cimetière pas comme les autres, puisqu'on peut y visiter la tombe d'Eva Peron, alias Evita, véritable héroïne nationale adulée pour ses actions en faveur des droits des femmes et des démunis dans les années 1940. Madonna l'a incarnée dans le film "Evita".

En guise de reconnaissance, il est d'usage de faire un petit pèlerinage devant sa tombe. Les touristes du monde entier sacrifient également à cette coutume quand ils passent dans la capitale.

Un peu plus loin, citons le quartier de Palermo, aux résidences chics bordées par de magnifiques parcs où l'on trouve même un beau jardin japonais.

Terminons par le Retiro, qui fut à l'origine du peuplement vers le nord depuis le centre. En son milieu trône la Tour Monumentale, qui s'appelait Tour des Anglais jusqu'à ce que l'Argentine perde la guerre des Malouines en 1982 contre le Royaume-Uni. N'ayant toujours pas admis cette défaite, le pays continue de revendiquer le contrôle de l'archipel.

Il est temps de quitter la ville pour explorer les grands espaces

Quand on quitte Buenos Aires en allant vers le nord, on arrive dans une région surnommée "Mésopotamie". Non pas parce qu'on y aurait découvert d'anciennes civilisations, mais tout simplement parce qu'elle est au milieu de deux fleuves, sens littéral du mot "Mésopotamie" d'origine grecque.

Les deux fleuves dont il est question sont ceux qui débouchent dans le Rio de la Plata évoqué plus haut : le Parana et l'Uruguay.

Cette région est plutôt humide et verdoyante. Elle est exploitée pour l'agriculture, l'élevage et la sylviculture. Les quelques petites villes éparses qu'on y trouve ont le plus souvent été fondées par des groupes européens arrivés aux XIX ème et XX ème siècles.

Cette région monotone se pare progressivement de teintes ocre à mesure que l'on remonte vers la région de Posadas.

Cette ville d'importance moyenne est devenue le centre administratif et commercial du Nord-Est argentin. Bâtie sur le fleuve Parana, à la frontière du Paraguay, elle est entourée de paysages de savane verdoyante en raison de la présence abondante d'eau car le Parana forme une véritable petite mer intérieure dans les alentours. Il est d'ailleurs fréquent de croiser des pêcheurs et des bateaux tractés par de gros 4x4.

Posadas est une ville dynamique, attirant des travailleurs de toute l'Amérique du Sud.

Le voisin paraguayen, quant à lui, est joignable par un pont moderne, mais il faut patienter pour procéder aux formalités d'entrée sur le territoire dans un sens, comme dans l'autre.

La particularité de la région de Posadas est qu'elle fut une terre d'implantation de missions jésuites qui ont fortement impacté l'histoire locale.

Aujourd'hui en ruines, ces missions avaient un rôle d'évangélisation des Indiens, mais aussi d'éducation. Jouissant d'une liberté inédite dans l'Empire espagnol, elles ont prospéré au point de susciter des jalousies qui leur ont valu de s'exiler plusieurs fois et, pour finir, d'être dissoutes.

Il reste donc les ruines, tant du côté argentin que paraguayen, mais on en trouve aussi au Brésil et en Uruguay. Certaines sont classées au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis une vingtaine d'années.

Autre particularité, Posadas est sur la route des célèbres chutes d'Iguaçu.

Un monument naturel : les chutes d'Iguaçu.

Quand on visite les chutes d'Iguazu, on ne peut qu'être émerveillé par les talents d'artiste de Dame Nature.

Avec ses 275 cascades qui serpentent sur 3 kilomètres dans un décor tropical, le site coupe le souffle par sa majesté. Et encore, une partie a été noyée suite à la construction d'un barrage...

La magie des lieux font oublier les foules de visiteurs qui se bousculent pour prendre un cliché par-ci, un autre par là.

C'est aussi une zone frontière entre l'Argentine et le Brésil. Du coup, chaque pays a créé son parc national d'Iguazu, attirant des millions de touristes du monde entier.

Les quelques villes des alentours ont naturellement grandi en conséquence. C'est notamment le cas de Foz Do Iguaçu, qui a poussé comme un champignon dans la jungle ! Des travailleurs immigrés sont arrivés en masse et c'est dans cette ville que se trouve la plus grande mosquée du monde en pays non musulman.

Le Paraguay, également frontalier de Foz do Iguaçu, attire à Ciudad del Este des masses de clients (surtout Brésiliens) venus profiter des bas prix de cette zone franche. Fondée en 1957, c'est aujourd'hui carrément la 2ème ville du Paraguay, avec cependant une économie parallèle voire criminelle significativement présente.

Quittons les rives du Parana pour rejoindre les Andes.

Il faut alors traverser le Chaco.

Avec l'Amazonie, c'est l'autre cœur de l'Amérique du Sud. Le Gran Chaco, partagé entre 4 pays, s'étend entre les Andes, l'Amazonie et la Pampa argentine, dont il se distingue par la présence plus marquée d'arbres. Placé sous le tropique du Capricorne, il consiste en une sorte de savane herbeuse plantée de larges forêts artificielles destinées à la coupe de bois.

Pour la petite histoire, une guerre particulièrement sanglante fit rage dans les années 1930 pour le contrôle du Chaco, relativement riche en pétrole. Elle fut parodiée en guerre du Gran "Chapo" par Hergé dans l'Oreille cassée.

Traverser le Chaco en voiture est un expérience...plutôt ennuyeuse ! Au programme : platitude du relief, paysages monotones et longues routes rectilignes. Autant dire qu'on est content d'apercevoir enfin les premiers contreforts des Andes...

On a tendance à oublier qu'une partie importante de la longue Cordillère des Andes passe par l'Argentine. On a plutôt en tête le Pérou ou la Bolivie, à la rigueur le Chili. Et pourtant, l'Argentine est bel et bien un pays andin, avec des Indiens, des cactus, des lamas et des sommets qui dépassent les 6.000 mètres d'altitude.

Plusieurs villes importantes ont été fondées sur le piémont oriental du massif, dont Salta, étape stratégique entre Lima et la côte atlantique. Aujourd'hui encore, c'est une zone d'échanges avec le Chili et la Bolivie.

Salta, tout comme sa voisine San Miguel de Tucuman, est au centre d'une puissante région agricole qui exporte maïs, tabac, sucre et céréales aussi bien vers l'Europe via Buenos Aires que vers l'Amérique du Nord via la côte chilienne.

Forte de plus d'un demi-million d'habitants, Salta est également un centre universitaire, religieux et touristique car elle possède de nombreux édifices datant de la période coloniale.

Et surtout, elle est à proximité de magnifiques vallées andines, dont notamment la Quebrada de Humahuaca, carrément classée au Patrimoine mondial de l'UNESCO.

La Quebrada est une sorte de canyon très étendu, dont l'altitude croît à mesure que l'on se dirige vers la Bolivie. Très accidenté, le paysage se caractérise par la beauté multicolore des montagnes : ocre, rouge, vert, gris bleuté, blanc, sable se mélangent pour former un camaïeu naturel ponctué de gigantesques cactus.

Les nuages ne parviennent que rarement à franchir une certaine altitude, si bien que les paysages sont arides et la luminosité forte.

En allant vers le Chili, une fois franchi un col perché à 4170 m, on traverse une grande saline. Le paysage y est spectaculaire, le blanc intense du sel faisant écho au bleu profond du ciel, avec entre les deux une frise de montagnes multicolores, ponctuées de pics enneigés qui dépassent allègrement les 5.000 m d'altitude. Et avec un peu de chance, on y rencontre des troupeaux de timides guanacos sauvages. Ce sont de petits lamas non domestiqués dont 99 % de la population a été exterminée pour sa fourrure de qualité. C'est aujourd'hui une espèce protégée.

Faisons demi-tour et longeons à présent les Andes vers le sud, après Salta.

On arrive alors dans la magnifique Quebrada de la Conchas, dont les montagnes offrent un hallucinant spectacle transformiste : gorge du diable, amphithéâtre, grenouille, obélisque se succèdent parmi des brownies géants ou des cookies sucrés. Par endroits, c'est la Cappadoce, ailleurs c'est l'Utah...

Et le spectacle se termine en douceur par les vignobles de Cafayate.

S'il n'y avait pas les cactus au milieu des vignes et les Andes en toile de fond, on jurerait qu'on est dans le midi de la France. Platanes, maisons basses, vignes à perte de vue sous un lumineux soleil, voilà Cafayate.

La visite de chais et la dégustation de vins des hautes terres (cultivés à 1.700 m d'altitude) est incontournable.

Il reste à présent à redescendre vers Cordoba.

La longue descente passe par un point de vue splendide, "El Infernillo" (le petit Enfer), qui se situe à un endroit où les nuages n'osent plus affronter l'altitude. Du coup, on les surplombe tout en restant au soleil.

Mais il faut continuer à descendre et donc pénétrer dans le coton des nuages, pour arriver bientôt dans des zones nettement plus humides et donc très, très verdoyantes. A mesure qu'on descend, la végétation passe de l'herbe rase à la jungle touffue baignée de brouillard tiède.

Et puis on finit par retrouver la plaine, couverte de canne à sucre.

La route vers Cordoba devient alors longue et monotone, typique de la Pampa. On traverse à nouveau une grande saline, mais nettement moins spectaculaire que dans les Andes.

Les champs de maïs annoncent les environs de la grande ville universitaire de Cordoba.

C'est la deuxième ville du pays, non loin de Rosario si on se base sur la population.

Mais c'est sans doute la première au plan culturel et intellectuel. Ici se trouve la première université fondée en Argentine (1613), par les Jésuites. Le quartier jésuite (Manzana jesuistica) a d'ailleurs été classé au Patrimoine mondial de l'UNESCO.

Depuis 4 siècles, la ville a conservé sa réputation de centre intellectuel international et aujourd'hui, plus d'un habitant sur 10 est un étudiant !

Si son architecture ne se distingue pas particulièrement des autres villes argentines (place San Martin avec statue équestre du héros, magnifique cathédrale et imposant cabildo), la ville dégage une vitalité inhabituelle. La présence massive d'étudiants de tous horizons y contribue à l'évidence. L'esprit contestataire est vivace, comme en témoigne l'affichage de photos de disparus pendant les sombres années de dictature dans une rue qui longe la cathédrale. Juste à côté, des joueurs d'échecs s'affrontent sur une place, tandis que les librairies environnantes bruissent comme des ruches. Non loin se dresse l'austère façade de l'Eglise de la compagnie de Jésus, puis les bâtiments de la prestigieuse université, parés de voûtes et sols en damier.

Bars et restaurants colorés sont joyeusement animés en fin de journée, le long des boulevards dignes de la capitale, sa rivale favorite.

C'est dans la région de Cordoba qu'a grandi un certain Ernesto Guevara, plus connu sous le sobriquet de "Che" Guevara.

Pour aller plus loin :

Odina Sturzenegger-Benoist, L'Argentine, Paris, Éd. Karthala, 2006.

Néstor Ponce, Argentine : crise et utopies, Paris, Éd. du Temps, 2001.

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La Turquie de l'Ouest

La Turquie est un pays bien mystérieux pour les Occidentaux, mais aussi pour bon nombre d'Orientaux...

État laïc prônant un Islam modéré, majoritairement musulman mais pas Arabe, tourné vers l'Europe et en même temps acteur de la marche du Proche-Orient, riche d'une histoire fondamentalement grecque mais au style de vie très oriental, pays en développement déjà relativement développé, voilà de quoi en dérouter plus d'un. Et c'est sans évoquer le contraste ville – campagne (bien plus fort qu'en Europe de l'Ouest) et les différences Est-Ouest très marquées.

Pour simplifier, nous nous intéresserons à la moitié Ouest du pays, sans doute la plus accessible aux Occidentaux. Cette moitié pourrait être un pays différent de l'autre moitié, tant les contrastes sont saisissants. Schématiquement, l'Est turc est un morceau du Moyen-Orient en prise directe avec l'Iran, l'Irak et la Syrie, tandis que l'Ouest turc est un prolongement de l'Europe du Sud.

Cette partie Ouest est également celle qui donne sur 3 mers : mer Noire au nord, mer Méditerranée au sud et mer Égée à l'ouest.

Une 4ème mer existe entre la mer Noire et la mer Égée : la mer de Marmara, de taille trop modeste pour la comparer aux 3 autres. Cette petite mer ressemble davantage à un grand canal accessible par 2 détroits : Dardanelles côté mer Égée et Bosphore côté mer Noire. Ce canal est d'ailleurs un des endroits du globe les plus fréquentés par le trafic maritime international notamment en raison du transport de pétrole provenant de la mer Noire. Il est fréquent que d'énormes tankers fassent la queue en attendant de pouvoir passer le détroit du Bosphore.

Ce triple débouché maritime confère indéniablement à la Turquie une importance stratégique de premier plan, ce qui n'a pas échappé à nombre d'envahisseurs avérés ou potentiels à travers le temps. Les Perses, les Macédoniens, les Romains, les Grecs, les Ottomans se sont rendus maîtres de ce trésor géopolitique. Plus récemment, les Anglais et les Russes ont lorgné (et lorgnent peut-être encore) sur cette région décidément très convoitée.

Sur le terrain, que voit-on ?

A y regarder de plus près, la région se compose essentiellement du Plateau Anatolien, encadré par la chaîne Pontique côté mer Noire et par le Taurus côté Méditerranée.

Elle est située sur une faille tectonique active, induisant un fort risque sismique.

Cette faille passe près de la plus importante ville du pays : Istanbul.

Bien qu'elle ne soit plus la capitale depuis 1923, Istanbul est la plus grande ville du pays (14 millions d'habitants). Située principalement sur la partie européenne du territoire turc, elle est l'héritière d'un très riche passé, puisqu'elle est la descendante de Constantinople, ancienne capitale de l'Empire romain, elle-même descendante de la prestigieuse cité grecque de Byzance. Malgré les outrages du temps et les nombreux séismes qui secouent la région, la ville regorge de traces inestimables et impressionnantes de sa longue vie antérieure : à commencer par Sainte Sophie, temple de la Sagesse élevé par la volonté de l'empereur romain Constantin pour marquer sa conversion au christianisme. Incendié, reconstruit, rasé par des émeutes, le saint édifice fut repris par l'empereur romain Justinien pour dépasser en faste et en dimension ce qui s'était fait jusqu'alors. Il fallut le consolider après un tremblement de terre qui en fissura la coupole. Elle devint par la suite le centre de la chrétienté d'Orient, qui ne tarda pas à se séparer de l'église d'Occident sur des questions théologiques. Bien plus tard, lorsque les Ottomans parvinrent à conquérir cette capitale d'empire qui avait su résister plus de 1.000 ans à l'envahisseur, ils transformèrent Sainte-Sophie en mosquée. La Première Guerre mondiale faillit emporter ce haut lieu spirituel, qu'il était question de dynamiter. Mais Mustapha Kemal, alias Atatürk, père de la Turquie moderne, préféra la transformer en musée et la restaurer. Et il fit bien ! Car l'édifice accueille chaque année des millions de visiteurs, ce qui n'est pas négligeable pour le rayonnement culturel de la ville, ni pour ses finances...

Tout près de là se situe le Palais de Topkapi (qu'il faut prononcer "Topkapeu"). Ce n'est pas n'importe quel palais : il est situé à l'endroit où les Grecs anciens avaient construit l'acropole de Byzance, surplombant le Bosphore et la Corne d'Or.

 

C'est quoi la Corne d'Or ?

N'allez pas imaginer une gigantesque statue en or représentant une corne d'abondance perchée sur une colline d'en face et qui aurait rayonné dans tout le monde antique...C'est simplement le nom d'un petit estuaire qui forme un port naturel avant de se jeter dans le Bosphore. La ville s'est développée de part et d'autre de cette corne, avant de se prolonger vers l'Asie. De nos jours, ce bras d'eau forme l'artère principale de la partie européenne d'Istanbul. On peut y faire de très agréables croisières panoramiques pour bien prendre la mesure de la ville. Des ponts permettent de le franchir, dont le plus connu est celui de Galata, qui mène au quartier du même nom.

Mais revenons au Palais de Topkapi.

Celui-ci fut récupéré par les conquérants Ottomans pour en faire le palais du Sultan. Récupéré car il existait déjà un palais avant leur arrivée : celui des empereurs romains, que ces derniers avaient abandonné depuis plusieurs siècles. Il n'empêche que si on remonte le temps, ce Grand Palais était le siège du pouvoir impérial romain, avec toute la démesure que cela impliquait. Outre sa taille extravagante, il était jouxté par un Hippodrome monumental sur lequel se déroulaient les Jeux dont était friand le peuple romain et en particulier des courses de char. Regardez le film Ben Hur pour vous replonger dans l'ambiance ! On peut encore aujourd'hui admirer une partie de cet hippodrome, transformé en place dominée par des obélisque et les restes d'une colonne en bronze célébrissime (la Colonne Serpentine).

Mais ce n'est pas tout : une immense citerne souterraine fut ajoutée par Justinien, visible aujourd'hui sous l'appellation de "Basilique citerne".

Les Ottomans ont eu d'immenses travaux à réaliser pour relever des décombres les ruines qu'ils ont trouvées et en faire progressivement le palais agréable qu'est devenu Topkapi. Toutefois, les sultans préfèrent peu à peu des résidences moins somptueuses le long du Bosphore. Le palais visible de nos jours est un musée depuis 1921.

Les Ottomans ont également érigé face à l'Hippodrome la magnifique Mosquée Bleue suite à leur échec dans une guerre en 1606.

La liste des lieux chargés d'histoire serait trop longue, mais si vous avez la chance de vous y rendre, ne manquez pas de déambuler dans les artères biscornues du Bazar égyptien ou du Grand Bazar, de passer devant la Colonne de Constantin, érigée en 328 à la demande du fondateur de la ville sur ce qui était alors le forum, et surtout les Remparts de la ville.

Ce ne sont pas des remparts comme les autres : ils ont résisté à toutes sortes d'envahisseurs venus tenter de faire vaciller cet empire romain qui ne voulait décidément pas s'éteindre comme l'avait fait sa partie occidentale en 476...

Il aura fallu attendre presque 1.000 ans de plus (1453) pour que les Ottomans, armés de lourds canons d'invention récente, parviennent à venir à bout de cet empire qui s'était réduit à sa seule capitale et qui ne tenait que par la force de ses murs.

Longer ces épaisses murailles, plutôt bien conservées, est une expérience émouvante quand on songe qu'on se promène tranquillement le long de ce qui fut l'endroit le plus solide d'un empire plus que millénaire ayant dominé le monde connu. Mais cette émotion s'évapore vite à cause de l'incessant et bruyant trafic routier qui l'entoure sans même lui prêter attention !

L'Istanbul actuelle est devenue une mégalopole dynamique, qui s'étend toujours plus sur la rive asiatique du Bosphore. Si son cœur historique bat sur la rive européenne, le véritable centre nerveux de l'agglomération se situe sur les eaux du Bosphore lui-même : les navettes maritimes incessantes transportent chaque jour plus d'un million de travailleurs d'une rive à l'autre, sans compter les innombrables promeneurs et touristes.

Sous l'effet d'une économie ouverte et dynamique, les périphéries de l'agglomération voient pousser des immeubles futuristes dignes des CBD (central business districts) des grandes villes américaines.

Les réseaux routiers, ferroviaires, numériques, aériens... se déploient à due concurrence, transformant à vue d'oeil cette ville fascinante devenue l'une des plus grandes au monde.

Franchissons le Bosphore pour explorer l'Anatolie

Ici commence l'Asie...

Globalement, la péninsule anatolienne est un plateau. On pourrait s'attendre à des paysages relativement plats une fois qu'on a grimpé jusqu'au plateau. Mais ce n'est pas si simple : les contreforts de ce plateau, qui est effectivement plat quand on est au milieu (Konya et ses lacs), sont très découpés, en particulier près des côtes égéennes. Dans cette partie, on a du mal à percevoir le plateau, puisque ça monte et ça redescend sans arrêt. C'est là qu'on trouve une multiplicité de sites grecs et romains, témoins de ce qui fut la Grèce d'Asie. De nombreux personnages célèbres en sont issus : Thalès, Crésus, Homère...

En particulier, le site d'Ephèse donne un bon aperçu de ce que pouvait être une ville gréco-romaine d'Asie, tout près du temple d'Artémis (une des 7 Merveilles du monde antique, dont il ne reste plus qu'une colonne sur laquelle une cigogne a fait son nid !). Cette ancienne cité porte par ailleurs une haute charge symbolique chez les chrétiens, puisque Marie y avait sa maison (du moins le croit-on avec la bénédiction du St-Siège).

Si on se projette plus à l'est, le plateau prend la forme de massifs de petite taille, assez secs, vaste camaïeu ocre et blanc qui pourrait par endroit faire penser à des paysages de l'ouest américain : la Cappadoce. Cheminées de fées par ici, canyons, mesas, pitons par là, cônes aux allures sucrées plus loin, le tout parsemé de vignes sauvages et d'habitations troglodytiques... On se croirait sur une lointaine planète récemment colonisée par l'Homme venu de très loin !

C'est dans ces terres peu hospitalières que sont venus se nicher ceux qui cherchaient refuge contre l'oppresseur. Ce fut le cas des adorateurs d'images sacrées fuyant les iconoclastes byzantins. D'où la présence marquée d'églises rupestres ornées de magnifiques peintures représentant le Christ et de multiples décorations.

Mais il n'y a vraiment pas besoin de ces points d'attraction pour venir en Cappadoce : la nature y a été fort inspirée pour sculpter d'impressionnants paysages d'une beauté à couper le souffle. Dommage que des centaines de montgolfières viennent polluer la vue les matins de la saison touristique...

En allant vers la côte méditerranéenne, on doit franchir les Monts Taurus. Ce n'est pas l'Himalaya, mais les sommets frisent tout de même les 3.800 m en altitude. Lorsque l'on y passe, les routes sont sinueuses et la descente vers la côte paraît bien longue, malgré des chaussées en bon état. A mesure que l'on descend à travers massifs et forêts, l'air se charge en humidité et en chaleur (du moins l'été), jusqu'à devenir poisseuse une fois sur le littoral.

Cette chaîne se prolonge dans l'Est turc et c'est même là que naît le fleuve Tigre, qui forme avec l'Euphrate la Mésopotamie au niveau de l'Irak actuel.

N'allez pas croire que la côte est bordée de longues plages au sable fin ! Le Taurus finit sa course dans la mer, donnant du relief à toute la côte, ne lui laissant que l’aumône de plages de galets par-ci, par-là. Certaines stations balnéaires mieux dotées par la nature attirent cependant des touristes habitués, comme Fethiye ou Ölüdeniz.

Antalya, capitale de la Riviera turque, attire des millions de baigneurs en été grâce à son eau à 28°C et son ensoleillement (quasi) garanti. Pourtant, les plages sont couvertes de galets et les vagues rendent la baignade un peu mouvementée...

Mais c'est aussi un haut lieu d'histoire gréco-romaine (Aspendos, Pergé, Xanthos, Termessos...) et même préhistorique, puisque des grottes autrefois habitées y sont ouvertes aux visiteurs dans les environs.

Remontons à présent vers le Nord, vers la mer Noire.

Et d'où cette mer pas plus noire qu'une autre tire-t-elle son nom ? Parmi les hypothèses avancées, la plus plausible est que les Turcs donnaient au Moyen âge des couleurs aux points cardinaux : noir pour nord, blanc pour sud, rouge pour ouest et jaune pour est.

C'est pour cette raison qu'ils auraient nommé "noire" cette mer qui, pour eux est "du nord". D'ailleurs, en turc, la mer méditerranée s'appelle mer "blanche" pour "du sud".

Ce mystère étant désormais éclairci au plus grand soulagement de notre conscience torturée par la curiosité, nous pouvons tranquillement admettre que la mer Noire est...bleue et qu'il n'y a là aucune contradiction. Point à la ligne, sujet suivant !

Ce qui est intéressant, c'est que là encore, la côte est escarpée, laissant quelques bancs de sable (jaune) par endroits. La mince bande côtière jouit d'un climat atypique par rapport au reste de la Turquie : tempéré humide. Les averses sont assez fréquentes, les températures douces même en été. Il faut également ajouter que la mer Noire est capricieuse et orageuse.

Du coup, le versant du Pontique côté mer est bien vert, couvert d'essences que l'on rencontrer aussi de l'autre côté de cette mer Noire, c'est à dire en Europe de l'Est.

L'autre versant communique avec le plateau anatolien et connaît un climat méditerranéen. Autant dire que la transition climatique est assez rude quand on passe de la côte à Safranbolu.

Rappelons que cette chaîne est parcourue par une faille sismique susceptible de modifier le paysage à tout instant...

Au fait, le terme de Pontique fait référence au Pont Euxin, nom donné à la mer Noire pendant mille ans par le monde gréco-romain.

Safranbolu, qui remonterait au temps des Hittites (voir Ankara), est une étape incontournable pour les vacanciers turcs se rendant sur les plages du nord. Passons sur sa longue et prestigieuse histoire, retenons simplement qu'elle fut et est toujours le principal lieu de production de safran turc, comme son nom le suggère à bon escient. Et puis son caravansérail, son marché et ses maisons traditionnelles vous plongent au pays des Mille et Une nuits.

Terminons ce tour d'horizon par la capitale du pays : Ankara.

La ville de 5 millions d'habitants d'aujourd'hui n'a plus rien à voir avec le village qu'elle était au début du siècle dernier, avant que le Père de la nation (Mustapha Kemal "Atatürk") ne décide d'en faire la capitale de la Turquie moderne.

Et son choix s'est avéré particulièrement judicieux, quand on voit le résultat. Rien d'étonnant à ce que cet homme soit vénéré au point d'avoir son mausolée (impressionnant) surplombant les vastes banlieues zébrées d'axes routiers.

Mais il ne faudrait pas se méprendre pour autant : Ankara n'est pas une ville champignon qui serait partie de rien comme Las Vegas, par exemple. Au contraire, il existait déjà là une cité du nom d'Akuva au temps des Hittites, au 2ème millénaire avant notre aire. Cette brillante civilisation fut à l'origine de puissants royaumes qui rivalisèrent avec l'Egypte notamment. Une partie du Musée des civilisations anatoliennes de la ville leur est consacrée.

Après eux, les Phrygiens, les Perses, les Grecs (Alexandre le Grand) et même des Gaulois (les Galates venus du Massif Central vers 280 avant JC) ont dominé " Angora ". Les Romains l'intègrent à leur empire et y prospèrent jusqu'à ce que les Sassanides venus d'Iran, puis les Arabes ne prennent leur relais. Au Moyen âge, Byzantins, Croisés et Turcs se la disputent. Les Ottomans emportent la partie en 1414. Atatürk, vainqueur des troubles des années 1920, décide de transférer la capitale dans cette petite ville en 1923 pour des raisons stratégiques (plus central) et politiques (couper les ponts avec l'histoire des empires et des sultans).

Il reste de cette longue histoire une citadelle et des vestiges romains importants. Pour le reste, la capitale est devenue un centre universitaire, administratif, politique, médiatique...mais également le centre d'une région qui reste encore fortement agricole et peu industrielle. Son poids économique est donc restreint, Istanbul continuant d'être le pôle économique du pays.

Au final, un voyage en Turquie est non seulement un voyage dans une partie charnière du monde entre Europe et Asie, mais aussi un voyage dans les profondeurs du temps depuis les lointaines civilisations hittites jusqu'à l'actuelle modernité d'une démocratie laïque qui cherche un équilibre.

 

Pour approfondir

Visite virtuelle en 3D de Ste Sophie 

http://www.axel-photo-art.com/panoramiques/musee-sainte-sophie/musee-sainte-sophie.html

http://www.3dmekanlar.com/tr/ayasofya.html

"Histoire de Byzance", John Julius Norwich, collection tempus n°14, éditions Perrin

 

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L'Indonésie centrale

Ce que nous appelons "Indonésie" dans le langage courant est une contrée lointaine de l'Europe située dans la partie insulaire du Sud-Est Asiatique. Pour s'y rendre depuis Paris, il faut compter une quinzaine d'heures d'avion pour couvrir les quelque 13.000 kilomètres de trajet.

C'est que nous sommes alors à l'autre bout du monde, si tant est que notre boule bleue ait des bouts...

Le Sud-Est Asiatique, comme son nom l'indique, est l'extrémité du continent asiatique qui se prolonge par une myriade d'îles de tailles très diverses, dont les plus orientales sont déjà en Océanie. Ainsi, la Papouasie, dont une partie appartient à l'Indonésie, se trouve clairement en Océanie. D'ailleurs, la frontière entre les deux continents est sujette à interprétation, certains se basant sur les limites administratives que sont les frontières, d'autres se basant sur la géographie et l'ethnographie, ce qui ne donne pas le même tracé...

Laissons ici ces considérations de limites imaginaires et intéressons-nous aux îles du Sud-Est Asiatique avant de zoomer sur l'Indonésie.

Les îles du Sud-Est Asiatique prolongent la péninsule malaise.

L’une des toutes premières est Singapour.

Eh oui, c’est une île. Plus précisément des îles (il y en a 64 dont certaines artificielles...), qui ne parviennent pourtant pas à totaliser 700 km² (la taille du Territoire de Belfort en France) pour une population supérieure à 5 millions d’habitants ! 

Pas étonnant qu’on trouve ici la 2ème plus forte densité de population au monde...juste derrière Monaco.

La cité-Etat s’est hissée au rang des Dragons d’Asie dans les années 1980 et jouit aujourd’hui d’une économie moderne et prospère. Et dire que tout cela a commencé par un comptoir de commerce établi en 1819 par le Britannique Thomas S. Raffles ! Impossible d’éviter son nom quand on se promène dans les rues du centre-ville. Cette réussite a ses revers : il existe des lois sur le comportement social (on ne badine pas avec la sécurité ni la propreté) et le taux de fécondité est le plus bas du monde.

Toute l’Asie est représentée à Singapour, fruit de son histoire au carrefour des routes martimes. La diversité s’est encore accrue récemment avec l’arrivée d’immigrés du monde entier pour compenser l’insuffisance des naissances. On fait ainsi le tour du monde sans trop de déplacements : temple abritant la relique de la Dent de Bouddha, temple hindouïste un peu plus bas, mosquée dans Little India, etc.

Et puis on peut faire du shopping dans ses innombrables galeries modernes dont rafolent les résidents et les nombreux touristes venus de partout. La ville conserve aujourd’hui son rôle de plaque tournante du trafic international et est idéalement située pour les transferts entre l’Europe, l’Asie et l’Australie.

Petit détail : Singapour est dans l’hémisphère Nord...à 1° au-dessus de l’équateur. Sans surprise, le climat y est équatorial : chaud et humide toute l’année avec de fréquents orages.

En un saut de puce, on arrive en Indonésie.

Quelques détails qui expliquent pas mal de choses :

  • L’Indonésie est située sur ce qu’on appelle la Ceinture de feu du Pacifique.

Cette ceinture est le point de rencontre entre la plaque terrestre du Pacifique et les plaques voisines. Leurs frictions entraînent des tremblements de terre, des tsunami et des éruptions volcaniques.

A la croisée des plaques Pacifique, Eurasienne et Australienne, l’Indonésie est donc un pays très volcanique, sujet à de fréquents tremblements de terre. Certaines catastrophes sont restées dans l’Histoire, telle l’explosion du Krakatoa en 1883, qui fit 36.000 victimes ou le tsunami de 2004, qui en fit 170.000.

Toutefois, une retombée positive des 150 volcans en activité à travers le pays : ils fertilisent la terre par leurs cendres.

  • A cheval sur l’équateur, le pays connaît 2 types de climats :

L’un est chaud et humide toute l’année, c’est le climat équatorial. L’autre est chaud et humide avec une saison sèche et une saison humide, c’est le climat tropical.

Bien entendu, la température baisse lorsque l’on monte en altitude dans les nombreux massifs volcaniques. Ces conditions permettent d'en demander beaucoup à la terre, qui donne en abondance riz, bananes, mangues, tabac, café, clous de girofle, vanille, cocos, canne à sucre, patate douce, ananas, etc. etc. etc.

A noter que l’essentiel de l’archipel est dans l’hémisphère Sud.

De par son étendue et son climat, l’Indonésie possède un monde animal et végétal très riche et très spécifique. Ainsi, plus du tiers des espèces mammifères qui y vivent ne se trouvent nulle part ailleurs. C’est le cas de l’Orang Outang de Sumatra, par exemple.

Malheureusement, cette riche biodiversité est de plus en plus menacée par l’activité humaine : déforestation, industrialisation, pollution...Java, par exemple, est devenue une immense rizière...après avoir longtemps été une luxuriante forêt tropicale...

  • A elle toute seule, l’Indonésie est un monde.

Un monde constitué de 13.000 îles, dont moins de la moitié est habitée par l’Homme.

Un monde qui s’étire sur 5.000 km d’ouest en est, soit l’équivalent de la distance entre l’Europe et la Canada (!).

Un monde qui se répartit sur les deux hémisphères et où l’on parle 1.300 langues locales différentes et rassemblant des ethnies asiatiques, papoues et australasiennes, en majorité musulmanes, mais aussi hindouïstes, protestantes, catholiques, etc.

Un monde de 240 millions d’habitants formant l’une des plus grandes démocraties sur notre planète, même si la corruption reste très présente.

Parmi ses milliers d’îles, 4 ont la taille de pays européens :

- Sumatra (grande comme l’Espagne, 50 millions d’habitants)

- Kalimantan (grande comme la France, 15 millions d’habitants)

- Java (grande comme l’Angleterre, 137 millions d’habitants, île la plus densément peuplée au monde)

- Papouasie (moitié de la Nouvelle-guinée, grande comme la Suède, 3 millions d’habitants)

Au centre se trouvent les Célèbes et les Moluques, de taille plus moyenne et un chapelet d’îles de petite taille mais très peuplées.

Intéressons-nous maintenant aux îles centrales.

Nous changeons complètement d’échelle car ces îles ont la taille de départements français ou de petites régions.

Tout proche de Java, nous trouvons la célèbre Bali : 4 millions d’habitants sur un territoire de 100 km de long et 50 km de large.

Juste à côté s’étend Lombok, 3 millions d’habitants sur un territoire comparable.

Puis Sumbawa, Sumba et Florès (plus grandes et moins peuplées)

Et enfin le Timor, dont la moitié Est est un pays indépendant depuis 2002, le Timor Oriental. Des tensions persistent entre lui et l’Indonésie, qui l’avait envahi en 1976 et fait beaucoup de morts.

Impossible de décoder le monde indonésien sans quelques rudiments sur les religions qui s’y pratiquent.

L’Inde a considérablement influé sur la culture indonésienne.

Mais cette influence de l’Inde n’a pas été une simple transposition de l’architecture, mais une source d’inspiration, un peu comme les Grecs anciens ont influencé l’Europe. Les monuments hindouistes et bouddhistes indonésiens sont donc reconnaissables et très différents de ceux de l’Inde.

En témoigne Borobudur, magnifique site dédié à Bouddha, inscrit au patrimoine mondial de l’humanité. Toutefois, le bouddhisme a presque totalement disparu du pays.

A proximité, on a érigé le complexe hindouïste de Prambanan, qui rassemble 240 temples dédiés à Shiva. Il est également inscrit au patrimoine mondial de l’humanité.

Il semble que les royaumes bouddhistes et hindouïstes de Java aient cohabité pacifiquement, malgré une rivalité pour contrôler l’île.

Ils développent une agriculture puissante et Java devient peu à peu le centre de pouvoir de tout l’archipel jusqu’à la fin du XIVème siècle.

Les échanges commerciaux avec le Moyen-Orient et l’Inde aboutissent à une présence croissante de musulmans à Sumatra et en péninsule Malaise. Les seigneurs des Cités-Etats tirent avantage à se convertir à l’islam pour agrandir leur réseau et donc leur richesse. C’est à cette période (XIIIème siècle) que commence l’islamisation de l’Indonésie, devenue aujourd’hui le pays rassemblant le plus de musulmans au monde.

Cette diffusion de l’islam vers les îles intérieures s’est faite par l’intensification du commerce dans l’archipel. Pour être un bon commerçant, il fallait être musulman ! En particulier, le souverain de Malacca (plus puissant port de commerce dans tout le Sud-Est asiatique à cette époque), se convertit à l’Islam en 1436. Mais elle s’est faite aussi par des conquêtes militaires. A la fin du XV ème siècle, par exemple, un Chinois musulman fonde la cité de Démak à Java, qui sera le point de départ de la conquête des royaumes javanais par les musulmans.

Toutefois, il a fallu attendre le début du XX ème siècle pour qu’une majorité des Indonésiens se reconnaissent comme fidèles au prophète Mahomet. Aujourd’hui, 88% des Indonésiens sont musulmans.

Bali fait exception, car elle est restée très majoritairement hindouïste. Il semble qu’elle ait accueilli ceux qui ne voulaient pas se convertir à l’Islam.

En savoir plus :

"Indonésie" de Solenn Honorine, La Découverte ; "L'antropologie n'est pas un sport dangereux" de Nigel Barley, Payot collection Voyageurs ; "Indonésie, la démocratie invisible" de Romain Bertrand, Karthala ; "Bali, interprétation d'une culture" de Clifford Geertz, Gallimard.

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L'Est américain

Si l’Ouest américain est une terre de mythes, l’Est, quant à lui, est une terre d’Histoire.

Bien que Christophe Colomb, considéré (à tort) comme le découvreur de l’Amérique n’y ait jamais mis les pieds, c’est pourtant la côte atlantique de l’Amérique du Nord en particulier qui fut le berceau de l’histoire américaine.

Du moins la partie connue de cette histoire, car ceux que nous appelons les Natifs (ou, pire, "Indiens") étaient là bien avant que les Européens ne viennent faire leurs ravages, mais ils ont laissé peu de traces permettant de faire commencer l’histoire américaine à son véritable commencement.

L’histoire n’est pas l’objet de cet Atlas, mais cette vaste région côtière est indéchiffrable sans quelques repères dans le temps :

  • avant l’arrivée des Européens, de très nombreux et très divers peuples natifs vivaient de manière rustique mais en adaptation avec leur environnement. Depuis les nomades des steppes glacées jusqu’aux villes parsemées de "mounds" dans les plaines et jusqu’aux peuples sous influence des brillantes civilisations d’Amérique centrale, la palette est trop large pour esquisser des généralités. D’autant que les régions côtières se démarquaient des terres par leur climat et donc leur végétation, leur faune et au final les peuples qui y vivaient.
  • Tout ce petit monde vivait sa vie avec son lot de guerres, de catastrophes naturelles, de famines et d’événements heureux, lorsque quelques pêcheurs à la peau blanche sont venus faire leur affaire au large des côtes canadiennes, puis installer des sécheries de poisson et pour finir des ateliers de commerce qu’ils pratiquaient avec les autochtones de manière saisonnière. Nous étions alors près de 5 siècles avant qu’un Génois à la recherche d’une route des Indes et au lucratif commerce d’épices ne confonde les Bahamas et les Antilles avec sa destination effective. A son retour en Espagne, il clame qu’il a trouvé un paradis terrestre regorgeant d’or, sans doute pour compenser son échec à revenir chargé d’épices.
  • C’est la première grande ruée : les Espagnols mettent littéralement à sac et colonisent ce que nous appelons encore de nos jours l’Amérique Latine, du Mexique à la Terre de Feu.
  • Nous voilà loin de l’Est de l’Amérique du Nord…pas tant que ça car les Français et les Anglais entendent eux aussi prendre part à cette course qui promet d’infinis bénéfices. Ainsi, la France mandate en 1534 un malouin du nom de Jacques Cartier pour explorer le nord des côtes atlantiques américaines, délaissées par les Espagnols. Son objectif : prendre possession au nom du roi de France de terres permettant de contrôler le passage vers les Indes et la Chine par le nord.
  • Or, les premières tentatives d’installation en pays Iroquois se soldent par un échec et le passage par le nord vers l’Asie reste introuvable. Il fallut attendre 1608 pour que la France s’engage à Québec dans le processus de colonisation des territoires explorés par Cartier 60 ans avant, pour concurrencer les Anglais, qui venaient de fonder une colonie du nom de Virginie un an plus tôt.
  • Plus au Sud, les Espagnols faisaient déjà vivre une colonie jésuite à Saint-Augustine (Floride) depuis 1565.
  • Les Français ont largement exploré le continent Nord-américain, si l’on excepte le Sud-Ouest, exploré par les Espagnols à la recherche de l’Eldorado. C’est à la demande de François 1er que fut explorée la région de New York, exploitée dans un premier temps par les Hollandais, qui y fondèrent leur Nouvelle-Amsterdam. Pour se protéger des Anglais, ils bâtissent un mur, dont la mémoire se perpétue dans la Rue du Mur (Wall Street), qui s’étend de nos jours à son emplacement. Trappeurs, chasseurs, vendeurs de bibelots, les Français ont entretenu d’étroites relations avec les Natifs, à tel point que le métissage a été très fréquent et que nombre de tribus et nations considéraient au 18ème siècle le roi de France comme leur Grand père ! Outre les immenses terres canadiennes, les Français ont aussi exploré et pris possession du bassin du Mississippi jusqu’au Golfe du Mexique, colonie qu’ils ont baptisé Louisiane en l’honneur de leur roi.
  • De leur côté, les Anglais ont pratiqué la colonisation intensive : l’idée était de peupler par un maximum de colons de faibles étendues afin de leur donner de la puissance militaire, puis commerciale. Cette entreprise n’a pas été sans difficulté car il a fallu venir à bout d’Indiens hostiles, du manque de vivres provenant de la métropole, d’une nature sauvage, de l’absence d’infrastructures qu’il a fallu monter soi-même de toute pièce…Il fallait y croire, au rêve américain ! Mais ça a fini par prendre forme, à tel point que le nombre de colonies est progressivement passé à 13.
  • Bien entendu, les guerres incessantes que se livraient Français, Anglais, Espagnols et Hollandais ont eu des répercussions importantes sur la vie des habitants des colonies d’Amérique du Nord : guerres locales associant les Natifs, déportations (à l’exemple de celle des Acadiens en 1755, surnommée "le Grand Dérangement"), cessions territoriales, etc. La Floride n’a pas échappé à ces turbulences, puisque l’Espagne a dû la céder pendant 20 ans aux Anglais, avant de la récupérer et de la perdre à nouveau au profit de la jeune république américaine.
  • Oui, car à force de se voir ponctionner d’impôts et brider dans leur liberté commerciale par la mère patrie, les 13 colonies anglaises ont fini par entrer en guerre pour leur indépendance. Il a fallu 7 ans d’une guerre sans merci et l’aide des Français (commandés par un certain Lafayette) pour l’obtenir et fonder une nouvelle république dont la Constitution est toujours en vigueur.
  • C’est un épisode très important pour les Américains des Etats-Unis. Leur mémoire collective a fait de l’Est américain le haut lieu de leur combat historique pour la Liberté. Philadelphie, en particulier, a une place particulière dans le cœur des Américains : véritable creuset de l’esprit des Lumières, c’est là qu’a été signée la Déclaration d’Indépendance en 1776, dans l’Independance Hall…
  • Et puis comment ne pas citer LA ville dans l’esprit des américains : New York ! Ce n’est pas une ville, mais celle qui domine toutes les autres et de loin. Chicago et Los Angeles sont vastes et peuplées, mais n’ont pas l’âme de la Grosse Pomme, qui fut la première grande ville industrielle du continent et qui comprit que l’économie esclavagiste du Sud était vouée à l’échec. Pour autant, ce n’est pas la capitale du pays, car il fallait une capitale rassembleuse, notamment après la guerre de Sécession. Ce fut Washington, créée de toute pièce par la Constitution en 1787, sur les rives du Potomac.
  • Les villes du Sud ont une histoire différente. Atlanta est une création du chemin de fer, devenue un centre industriel important et un haut lieu du mouvement pour les droits des Noirs, dont Martin Luther King Jr, qui en était originaire, reste l’une des plus grandes figures. Miami, quant à elle, est restée une petite ville hispanisée troublée par les guerres séminoles jusqu’à ce qu’une femme riche du nom de Tuttle (considérée comme la mère de Miami), originaire des Grands Lacs achète des terrains et décide de les développer en y faisant venir le train en 1896 (la Flagler railroad). Un siècle plus tard, on peut dire qu’elle a réussi son coup ! Miami n’est pas à proprement parler une ville, mais le cœur d’une immense région urbaine qui court indéfiniment vers le Nord, jusqu’en Géorgie !

Ces quelques éléments ne peuvent prétendre résumer l’histoire riche et complexe de l’Est américain, mais donnent quelques lumières indispensables pour ne pas passer à côté de la visite de cette région du monde.

Nous avons donc maintenant le minimum vital pour nous lancer à l’assaut de sa géographie :

Comme toujours, vous trouverez matière à débat sur les contours de ce qu’il est convenu d’appeler "Est américain". Nous avons fait le choix de ne pas tenir compte des frontières et d’avoir une vision grand angle : pour nous, l’Est américain s’étend du St Laurent (Québec) aux Keys (Floride). Il comporte d’importants espaces urbanisés, puisqu’on ne sort pas de la ville entre Boston et Washington, ni le long de la côte floridienne! Québec fait figure de petite ville provinciale à côté…

Une idée des distances, pour commencer :

Québec – Boston : 650 km

Boston – New York : 350 km

New York – Philadelphie : 150 km

Philadelphie – Washington : 200 km

Washington – Atlanta : 1000 km

Atlanta – Savannah : 400 km

Savannah – Miami : 800 km

Miami – Key West : 250 km

Total : 3.800 km

Commençons par le Québec :

En soi, le territoire dénommé "Québec" est immense, puisqu’il est trois fois grand comme la France (soit 1,6 millions de km²).

Mais ses 9 petits millions d’habitants se concentrent dans la vallée du fleuve St Laurent, pour l’essentiel à Montréal et à Québec, cette dernière étant nettement plus petite que la première.

Le St Laurent relie l’Atlantique aux Grands Lacs et c’est naturellement la colonne vertébrale des communications du pays depuis longtemps. C’est en effet par cette voie qu’est arrivé Jacques Cartier. Québec est au fond du très large estuaire du fleuve, qui constitue une sorte de prolongement maritime jusqu’au cœur des terres. Québec est donc un point de rencontre naturel entre l’Atlantique et le cœur de l’Amérique du Nord. C’est plus qu’un port, c’est une porte. D’ailleurs, on a la sensation d’être sur la mer, alors qu’elle est à plusieurs centaines de kilomètres.

Lorsque l’on longe le St Laurent vers le nord, on voit l’autre rive s’éloigner très, très progressivement, jusqu’à devenir à peine visible, avant de disparaître. Les effets des marées se font sentir, tandis que l’air est légèrement salin.

Mais dès qu’on s’enfonce dans les terres, le continent reprend immédiatement ses droits : forêts interminables, constellation de lacs d’eau douce, faune abondante, routes et pistes infinies… Parmi les lacs bien connus des Québécois, il en est un qui rime avec vacances, famille, tartes aux bleuets, randonnées, bref…plaisir : c’est celui du Saguenay et surtout son fjord, qui le relie au St Laurent. Un endroit magique où viennent se reproduire bélugas et autres baleines, que l’on peu apercevoir en été.

Franchissons d’un saut de puce la frontière :

Nous voici de l’autre côté des Grands lacs et de la modeste chaîne des Appalaches.

Commençons par Boston, dans le Massachusetts. Grande ville, petit Etat, ancienne colonie très stricte sur les principes religieux (on la surnomme " Puritan City " non par hasard). Ici, ce ne sont pas tout à fait les Etats-Unis, mais plutôt la Nouvelle Angleterre. On est resté un peu européen, avec une Histoire, des principes, un goût pour la culture et un accent plus british.

Il n’y a qu’à sillonner les rues de Beacon Hill pour comprendre : briques, pubs, maisons cossues…sans oublier le climat océanique qui rappelle celui des Îles britanniques. On est d’ailleurs très branché mer, au plan économique et au plan des loisirs. Mais il ne faudrait pas se méprendre, cela reste l’Amérique et sa capacité à reconfigurer complètement une ville, fut-elle grande ( 5 millions d’habitants dans l’aire urbaine) et relativement ancienne. Boston d’aujourd’hui n’a plus grand chose à voir avec celui des années 1950 – 1970 et heureusement !

Elle tient sa renommée de ville culturelle de son important centre universitaire (Harvard et MIT, rien que ça !), mais aussi de ses musées (dont celui des Beaux Arts) et ses festivals.

Elle est le début d’une mégapole que certains surnomment " BosWash " pour " Boston – Washington ", soit 700 km de ville ininterrompue (plus de 50 millions d’habitants). Et il est vrai qu’un voyage en train entre ces deux villes offre le spectacle d’une traversée sans fin de banlieues résidentielles, industrielles, commerciales, et ainsi de suite. On a la sensation d’être dans un train de banlieue tout confort, mais d’une banlieue qui ne finirait jamais…

C’est donc sans s’en rendre compte qu’on arrive au cœur de la géant Pomme, l’incomparable New York ! 22 millions d’habitants à elle seule. C’est énorme, mais de nos jours ça n’impressionne plus tellement car nombre de villes asiatiques sont plus peuplées (songez à Tokyo et ses 35 millions d’âmes…). Mais la magie est intacte ! New York reste ce melting pot du monde entier, qui parle des centaines de langues et vit au rythme de toutes les habitudes de notre planète. Tout paraît plus petit, plus terne que New York. Du moins si on réduit la ville à Manhattan… car cette île concentre les gratte-ciels, l’agitation, les sirènes, et l’animation qui trouve sa scène à Time Square. Ici se croise le monde…dans un concert de klaxons et de lumières publicitaires. On se sent minuscule dans cette fourmilière, alors il faut prendre de la hauteur et monter au dernier étage du Rockefeller Center (le Top of the Rock) pour surplomber cette forêt de buildings et fuir le bruit assourdissant d’en bas. Le carré de vert de Central Park fait presque figure d’intrus dans cette débauche de verre, de métal et de béton ! Au loin, on aperçoit derrière la nouvelle tour du One World Trade Center (qui a remplacé les tours jumelles détruites dans les attentats du 11-Septembre 2001), la figure familière de la Statut de la Liberté. Pour la voir de plus près, le mieux est sans doute de longer Broadway, qui traverse tous les quartiers historiques jusqu’à Battery Park : Wall Street, Little Italy, Chinatown, etc.

Tant de choses sont à faire et à voir à New York. En tous cas, il serait impardonnable de manquer le Metropolitan Museum, qui mérite amplement sa renommée mondiale ne serait-ce que par ses reconstitutions de salons européens et ses tableaux impressionnistes.

Il est temps de gagner le sanctuaire de l’âme américaine : Philadelphie. D’emblée, on sent le poids de l’histoire, qui marque l’architecte du vieux centre, près de la rivière Delaware. Et pour cause, c’est dans les murs de l’Independance Hall qu’a été signée la Déclaration d’indépendance, considéré par les Américains comme l’acte fondateur de leur pays. Ils vont jusqu’à vénérer la cloche fendue qui pendait jadis au clocher du Hall : la Liberty Bell !

Mais Philadelphie dispose aussi d’un autre centre ville, moderne cette fois-ci. Il est surplombé par une statue de William Penn, fondateur de la colonie de Pennsylvanie, devenue l’Etat du même nom. Perchée au sommet de l’hôtel de ville, elle rappelle que l’Histoire est omniprésente à Philadelphie. C’est tellement vrai qu’on est allé jusqu’à installer une statue de Sylvester Stallone dans son rôle du boxeur Rocky au pied des marches sur lesquelles il s’entraînait dans le film du même nom ! Du coup, ces marches ont acquis leur propre célébrité et nombreux sont les visiteurs qui les grimpent " à la Rocky " pour le fun !

Descendons un peu plus vers le Sud :

La ville continue toujours : Wilmington, puis Baltimore, qui annonce déjà l’aire urbaine de la capitale fédérale. Arrêtons-nous quelques instants sur cette ville de Baltimore. Mine de rien, c’est l’un des ports les plus importants de toute la côte, qui compte près de 3 millions d’habitants, dont une partie non négligeable vit dans la pauvreté. Nous sommes au cœur des anciennes colonies anglaises (Maryland, Delaware, Virginie), au milieu de nombreuses embouchures maritimes qui se jettent dans la vaste baie de Chesapeake, plus grand estuaire des Etats-Unis.

Entre autres fleuves, le Potomac se termine dans cette baie.

Et sur le Potomac a été bâtie la capitale fédérale des Etats-Unis (celle qui surpasse en pouvoir chacune des capitales des 50 Etats) : Washington DC.

Pourquoi lui colle-t-on systématiquement ces deux lettres "DC" ?

En fait, DC signifie "district of Columbia", territoire de la ville, qui n’est pas un Etat et ne dispose donc pas de tous les attributs que la constitution prévoit pour les Etats membres de la fédération.

Pour la petite histoire, aux Etats-Unis, pays où l’on apprécie particulièrement les acronymes, on appelle la ville tout simplement "DC" (prononcé "dici"). Ce n’est pas que pour faire joli, ni plus court, mais surtout pour éviter la confusion avec l’Etat de Washington (que l’on nomme volontiers par son nom, pour le coup), qui se trouve à 4.000 km sur la côte Pacifique. Si vous dites que vous avez visité Washington à un Américain, il pensera que vous êtes allé sur la côte pacifique. Alors pour vous faire comprendre, dites-lui que vous avez visité "dici" et il n’y aura plus aucune ambiguïté !

Oubliez New York et même les villes américaines standard : ici, pas de buildings, mais une infinité de maisons basses et d’espaces verts. La ville est très vaste, sur un terrain plat jouissant d’un climat subtropical dès le printemps, qui n’oublie pas son fort accent continental sitôt l’automne revenu. Etés très chauds, hivers glaciaux, toute la rudesse de cette côte orientale s’exprime à Washington. Pardon, à " dici " !

La puissance de la première économie planétaire et du gendarme du monde s’exprime dans l’urbanisme de la ville : son centre est un immense " Mall " qui s’étend du Mémorial dédié à Lincoln, près du Potomac jusqu’au Capitole abritant le Congrès américain.

Environ 2 miles (plus de 3 kilomètres) séparent ces deux extrémités, dont le centre est dominé par le "Washington Monument", obélisque haute de 169 mètres. Lui faisant face, en retrait du Mall, se dresse la Maison Blanche, qu’il est inutile de présenter. Celle-ci est entourée de nombreux bâtiments administratifs fédéraux, notamment des "departements", alias ministères. Mais pas seulement, car la Smithsonian Institution est également très présente dans les parages, notamment sur le Mall. Ce n’est pas n’importe quelle institution de recherche scientifique, car sa création remonte à 1846, alors que la conquête de l’Ouest était à peine commencée! Elle regroupe 19 musées (la plupart gratuits) sur les thèmes les plus variés, dont notamment l’histoire américaine.

En franchissant le Potomac par le pont qui conduit au fameux cimetière national d’Arlington (où est enterré John Kennedy et sa famille) et au non moins fameux Pentagone (siège de la Défense américaine), vous pénétrez directement dans ce qui fut la première colonie anglaise en Amérique : la Virginie. En même temps, vous quittez le "Nord" pour entrer dans le "Sud", qui se sont affrontés pendant la guerre de Sécession.

Le Sud est un autre versant des Etats-Unis, surnommé "Dixieland" ou "Deep South". Il s’étend jusqu’en Floride et au Mississippi. C’est dans ces contrées qu’ont longtemps prospéré les plantations de tabac, coton, indigo et bien d’autres cultures, basées sur l’esclavage. Mais pour autant, n’allez pas imaginer que l’esclavage était circonscrit au Sud… Il y en a eu jusqu’au Canada, dans tout l’arc antillais et en Amérique du Sud.

Le Sud a la particularité d’en avoir fait la clé de voûte de son système économique sur de très grands domaines jusqu’à la fin du XIXème siècle. Les inégalités sociales que l’on constate aujourd’hui prolongent dans une large mesure les inégalités raciales qui ont perduré bien après l’abolition de l’esclavage, puisque c’est le Président Kennedy qui a mis fin officiellement à la ségrégation. Même si les mentalités ont beaucoup évolué depuis (et évoluent encore), il reste beaucoup à faire pour atteindre une plus grande équité sociale, tout comme dans de nombreux pays développés en Europe ou ailleurs.

Mais laissons là à nouveau l’Histoire, décidément bien difficile à séparer du paysage.

Franchissons la Virginie et les 2 Caroline (Nord et Sud) pour rejoindre la Georgie :

Capitale : Atlanta. Avec son climat subtropical humide, la ville jouit de conditions relativement agréables et c’est sans doute ce qui a contribué à son rapide développement ces quinze dernières années. La ville est fière d’être le berceau du Coca-Cola et d’avoir accueilli les Jeux Olympiques, en 1996. Mais elle tire sa plus grande fierté d’avoir vu grandir une famille de pasteurs dont l’un des fils, Martin Luther King Junior, est passé à la postérité dans son combat pour l’égalité des droits des Noirs, qui lui coûta la vie. Les 5 millions d’habitants de cette métropole en font l’une des plus grandes du pays, dont la stature internationale est devenue incontestable. Savez-vous qu’elle est jumelée avec Toulouse, Bruxelles et Montreux ?

Eloignons-nous des Appalaches et franchissons les petites centaines de kilomètres qui nous séparent du littoral géorgien. On arrive alors dans la belle ville de Savannah, restée très traditionnelle avec ses demeures datant de la Guerre de Sécession et ses vieux arbres aux mousses pendantes. Elle a l’âme du Sud profond, sans toutefois pouvoir rivaliser avec La Nouvelle-Orléans, beaucoup plus débridée.

Poursuivons vers le Sud, le long de la côte floridienne : 

La côte se fait marécageuse, boueuse, zébrée de centaines de rivières qui serpentent nonchalamment vers l’océan. De vastes espaces semi-inondés sont protégés dans des réserves.

La Floride a toujours été et reste à part, différente, presque incongrue.

Ses paysages sont uniques aux Etats-Unis : c’est une vaste bande de terre plate recouverte de forêt et bordée par une côte aux eaux cristallines (si l’on excepte la région de Jacksonville – St Augustine). Justement, c’est à St Augustine qu’a été fondée la première ville (européenne) d’Amérique, en 1565. Aujourd’hui, elle entretient jalousement son patrimoine et conserve des allures de villes californiennes traditionnelles, un peu comme Old Los Angeles.

Place forte espagnole, puis anglaise, puis américaine, la ville est longtemps restée isolée au milieu du quasi-désert vert floridien…jusqu’à la frénésie immobilière qui a sévi depuis l’arrivée du chemin de fer en 1896.

Tout s’est rapidement enchaîné, surtout lorsque la récente ville de Miami décide dans les années 1920 d’autoriser les jeux d’argent et de ne pas appliquer la Prohibition ! L’arrivée massive de Cubains à l’arrivée au pouvoir de Fidel Castro en 1959 a fait le reste.

Aujourd’hui, Miami est devenue une conurbation tentaculaire qui a colonisé quasiment toute la côte atlantique, ponctuée de nombreuses banlieues riches, en particulier Palm Beach, qui aligne de somptueuses villas sur des miles et des miles. S’il est une ville atypique aux Etats-Unis, c’est bien Miami : en dépit de l’embargo qui n’est toujours pas levé, vous pourrez facilement vous procurer des cigares cubains du côte de Little Havana ! Allez du côte de Little Haïti pour un petit bain aux Antilles francophone… Et puis il n’y a pas de centre-ville, mais plusieurs centres : South Beach et son quartier Art Deco en est un, tout autant que Downtown. Sans compter les centres périphériques du type Sunny Iles Beach et ses hôtels de luxe ou Fort Lauderdale à une heure d’autoroute à 16 voies.

La Floride a acquis sa vocation de terre de loisirs depuis que les stars du cinéma des années 1910 venaient s’y reposer et encanailler. Ce n’est pas un hasard si le complexe de Disneyworld est venu s’y installer, rejoint par d’autres parcs à thèmes.

Pour d’autres, Floride rime avec bout du monde, à l’extrémité des Keys, face à Cuba. Ce petit archipel prolonge la Floride continentale dans le Golfe du Mexique et se tient à juste distance du continent, de Cuba et des Bahamas. Pour y aller, rien de plus simple, il suffit de suivre l’Overseas Highway, autoroute qui passe par-dessus l’océan ! Vous goûterez alors au sentiment d’être retiré du monde, sur une parcelle d’Amérique au milieu des eaux. Certains artistes y trouvent l’inspiration, à l’exemple de Hemingway, qui y écrivit l’essentiel de son œuvre.

 

Pour autant, la Floride sait garder son sérieux, quant il s’agit de préserver sa nature particulière dans les Everglades ou quand il s’agit de la conquête spatial au Kennedy Space Center de Cape Canaveral.

L’Est américain, fortement modelé par l’Histoire, offre donc le visage d’une terre de diversité tant culturelle que géographique. L’urbanisation extrême de BosWash contraste avec les terres agricoles du Sud resté plus traditionnel, si l’on excepte le développement spectaculaire de villes récentes comme Atlanta et surtout Miami.

Pour aller plus loin :

"Les Américains" Tomes 1 et 2, André KASPI chez Points Histoire

"Histoire des Etats-Unis contemporains", Pierre MELANDRI chez André Versailles Editeur

"Une histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours", Howard ZINN chez Agone Mémoiresociales

"Histoire de l'Amérique française", Gilles HAVARD et Cécile VIDAL chez Champs Histoire

"Les civilisations des Indiens d'Amérique du Nord" sous la direction de Christian F. FEEST, chez Könemann

Pour visiter New York en ligne : http://www.nycgo.com/

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L'Ouest américain

Comprendre le mileu naturel

Pourquoi s'embêter à comprendre le milieu naturel ?

Tout simplement parce qu'il est impossible de comprendre comment fonctionne une région du monde si on ne prend pas en compte les ressources et les contraintes que le milieu naturel impose à ses habitants humains, animaux et même végétaux.

Comment pourrait-on dissocier le mode de vie d'un peuple du milieu dans lequel il vit ?

Même si on a l'impression que les Américains parviennent à construire des buildings dans n'importe quel endroit du globe en faisant fi des conditions naturelles, l'Ouest américain ne fait pourtant pas exception. Il a ses forces et ses fragilités et ceux qui l'oublient sont parfois brusquement ramenés à la réalité.

De quoi parlons-nous lorsque nous disons "Ouest américain" ?

Ce n'est pas si évident, en fait.

Les géographes considèrent que toute la façade ouest du continent, de l'Alaska à la Patagonie, constitue l'Ouest américain. Logique...

Mais l'histoire retient des notions plus variées : l'Ouest commençait dès le Mississippi à une époque où les colons européens avaient surtout exploré la côte Est. Et il se terminait sur la côte pacifique, ce qui est assez vague (sans mauvais jeu de mot...). En fonction de l'origine des explorateurs et des territoires qu'ils entendaient récupérer, l'Ouest pouvait couvrir toute la côte nord-américaine sur le Pacifique, ou se réduire à celle qui avait été effectivement reconnue, donc beaucoup plus restreinte. Les Espagnols, premiers colons européens à s'y établir durablement, fixaient la limite de l'Ouest aux alentours de ce qui est aujourd'hui l'Orégon. Plus au nord, les Britanniques ont eu leur Ouest à eux, la Colombie Britannique, aujourd'hui au Canada. Quant aux peuples qui ont occupé les lieux bien avant les Européens, l'Ouest était l'endroit où le soleil se couche...

Aujourd'hui, l'administration des Etats-Unis a délimité ce qu'il convient d'appeler officiellement "Ouest américain". Il s'agit des 13 États suivants  : Alaska, Arizona, Californie, Colorado, Hawaï, Idaho, Montana, Nouveau-Mexique, Nevada, Oregon, Utah, Washington et Wyoming.

Mais, dans le langage courant, en Europe, on a coutume de réduire cet ensemble aux Etats les plus couramment visités par les touristes : Californie, Arizona, Nevada, Utah et, parfois, Colorado.

La découverte proposée sur ce site retient cette dernière délimitation.

Voici donc cet Ouest vu du ciel

C'est grand comment, les Grands Espaces ?

Pour vous faire une idée des distances, comparons avec ce qui est proche de vous :

Pour les Français : la distance entre San Francisco et Los Angeles est la même que celle qui sépare Paris de Bordeaux (600 km, soit 375 miles ; eh oui, kilomètre, ça ne veut rien dire aux Etats-Unis !!!).

De San Francisco à Las Vegas, même distance qu'un Paris - Nice (560 miles, soit 900 km).

Pour rejoindre Monument Valley (décors de western) depuis Los Angeles, vous couvrirez la même distance qu'entre Lille et Marseille (600 miles ou 1.000 km).

Entre Mesa Verde (point le plus à l'Est de notre Ouest) et San Diego (port du Pacifique sur la frontière mexicaine, à l'opposé) : 1.300 km, comparable à un Brest - Toulon.

Enfin, traverser tout l'Ouest (Mesa Verde à San Francisco) vous fera parcourir près de 1.100 miles, soit l'équivalent de Paris à Lisbonne.

Pour les autres francophones : traverser l'Ouest revient à traverser 7 fois la Belgique ; San Francisco à Los Angeles équivaut à Montréal - Toronto ; Las Vegas - Los Angeles correspond à Genève - Davos ; Grand Canyon à San Francisco équivaut à Bamako - Niamey, etc.

Quand on est sur le terrain, que voit-on ?

Dans l'Ouest que nous venons de définir, nous pouvons identifier 4 régions différentes :

- la côte : montagneuse et fraîche

- le Grand Bassin, désertique et aride

- le plateau du Colorado, aux paysages de far west traversés par le fleuve "coloré" provenant des Rocheuses

- le Mojave, semi-désertique, parsemé de cactus comme au Mexique

 

Zoomons un peu sur chacune de ces régions pour mieux comprendre :

*** La côte***

     C'est un morceau de la cordillère américaine, qui s'étend de l'Alaska à la Terre de Feu. Or, cette cordillère est le fruit de la pression que s'exercent mutuellement les plaques tectoniques du Pacifique et d'Amérique. Résultat : les terres montent, d'où la présence de massifs montagneux tout au long de la côte occidentale du continent. Mais ce n'est pas tout : l'activité sismique et volcanique fait également partie du paysage.

     Si on y regarde de plus près, la côte californienne possède un double massif montagneux : d'abord les "Coastal Ranges", d'altitude modeste, sur la mer. Elles freinent quelque peu les entrées maritimes et sont donc plutôt humides. Mais elles ne font qu'annoncer la vraie barrière, à quelques petites centaines de kilomètres dans les terres : la Chaîne Enneigée, en espagnol la "Sierra Nevada". Là, les hauteurs dépassent par endroits les 4.000 m d'altitude, lieux de neiges éternelles. Ce massif constitue un véritable mur pour les pluies venues de la côte : elles ne parviennent pas de l'autre côté. La Sierra abrite le célèbre parc de Yosemite, avec ses séquoias géants, ses cascades, ses ours...et ses millions de visiteurs venus en automobile.

     Mais si vous vous rendez sur la côte, vous serez surpris de devoir conserver votre petite laine toute l'année, même en été. Et ce n'est pas tout : vous serez dans le brouillard assez souvent. Quant à vous baigner, oubliez les plages de type floridien, vous aurez autant de mal à entrer dans les flots de Redondo Beach (près de Los Angeles) que si vous étiez dans le Finistère...Et pourtant, l'endroit est à la même latitude que l'Afrique du Nord ! Ca s'explique tout simplement par le fait que la côte est sillonée par un courant marin froid : le Courant de Californie. C'est lui qui nous refroidit le climat et la baignade sur toute la côte...

     Entre la chaîne côtière et la Sierra s'étend une grande plaine localement nommée "central valley". Plus grande que la région Midi-Pyrénées, pour situer. Pour le coup, c'est complètement plat et on y voit par temps clair les cîmes enneigées de la Sierra. Là où il y avait une faune et une flore sauvage abondante et diversifiée, il y a aujourd'hui des cultures intensives de fruits, légumes, coton, fourrage...et même de l'extraction pétrolière ! Autant dire que l'écosystème est dans un état préoccupant.

 

***Le Grand Bassin***

     Bienvenue dans le Désert, le vrai. Ici, on est de l'autre côte de la Sierra. Cette dernière fait barrage aux nuages. Résultat : si vous aimez le soleil, vous ne pouvez pas être déçu ! C'est l'un des endroits les plus ensoleillés du monde. Les rares précipitations qui parviennent jusque dans cette région aride forment de petites rivières temporaires qui n'atteindront jamais la mer. On trouve même des dunes de sable, comme en plein Sahara. Fut un temps où l'eau était plus présente : des lacs ont existé et la végétation était plus présente. Aujourd'hui, on en trouve les vestiges : le Grand Lac Salé et la Vallée de la Mort notamment. Oui, car la Vallée de la Mort n'est en fait pas une vallée mais le fond d'un ancien lac aujourd'hui asséché. Si vous visitez ce fond de lac, vous serez à 86 mètres sous le niveau de la mer et vous aurez très chaud si c'est l'été. Un mois d'août ordinaire compte une vingtaine de jours à plus de 45°C à l'ombre...Du moins si vous parvenez à trouver de l'ombre ! En plein soleil, la température au sol frise alors les 90°C... Il ne faut donc pas s'étonner de la présence appuyée de Rangers surveillant que vous respectez les consignes contre la chaleur.

     C'est dans cette riante contrée qu'on a eu l'ingénieuse idée de prospecter toutes sortes de minerais : or, cuivre, plomb, argent, borax... Et il y a des preuves ! De loin en loin, on trouve des villes fantômes séchant au soleil impitoyable. En quelques mois, on érigeait un saloon, une banque, une gare, une école car la rumeur courait qu'un filon d'or avait été découvert. Et quelques petites années plus tard, tout le monde repartait les mains vides, abandonnant la ville sans autre forme de procès. Le plus invraisemblable est sans doute l'extraction du borax, qui s'effectuait dans des conditions intenables et que seuls des immigrés chinois voulaient bien endurer.

 

***Le Plateau du Colorado***

Imaginez un indien juché sur son cheval au bord d'une falaise en train de déchiffrer les signaux de fumée qu'un collègue lui envoie depuis une autre falaise. Et au milieu se dresse majestueusement un bloc de pierre rouge.

Tel est le type de paysage que l'on rencontre sur le Plateau du Colorado, notamment dans la Vallée des Monuments ("Monument Valley"). Celle-ci est au coeur du plus grand territoire indien des Etats-Unis : celui des Navajos. Ces derniers ont conservé un mode de vie ancestral (semi-nomade) avec celui de leurs envahisseurs : ils dirigent des casinos, sont ouverts au tourisme, font valoir leurs droits dans des procès retentissants...il existe même des groupes de rock métal navajos !

C'est donc une terre indienne, plutôt aride, mais traversée comme son nom l'indique, par le fleuve Colorado. Ce dernier a dessiné des paysages spectaculaires comme le Grand Canyon. Même si ce n'est pas le plus grand de tous, il est à couper le souffle ! A tel point que lorsque les premiers explorateurs Espagnols ont tenté de le franchir, ils ont dû purement et simplement rebrousser chemin. De nos jours, c'est un spot qui attire 4 millions de visiteurs chaque année, menaçant la fragile faune et flore de la région.

Si vous visitez ce plateau, vous vous rendrez compte qu'il est tout sauf monotone : paysages magnifiques et sites grandioses s'enchaînent, marqués par la présence indienne. Au fil de votre chemin, vous changez sans cesse de paysage tout en vous sentant imprégné du mystère des civilisations précolombiennes disparues. Un véritable dépaysement.

 

***Le Mojave***

     Ici, on n'est plus totalement dans le désert même si le climat reste globalement sec et chaud l'été.

     Le nom de cette région est celui d'une nation indienne qui vivait près d'une rivière du même nom. Ils se dénommaient eux-mêmes "ceux qui vivent près de l'eau". La région, qui est aussi traversée par ce qui reste du Colorado (autrefois plus généreux à cet endroit avant l'édification de barrages en amont), est moins inhospitalière qu'aux alentours. On y a même pratiqué la culture irriguée aux temps précolombiens.

     Concrètement, on y voit des zones plus ou moins escarpées couvertes de cactus de toutes sortes, qui s'étendent assez loin sur le Nord du Mexique et jusqu'aux portes de San Diego et de Los Angeles.

     Mais de nos jours, ce semi-désert n'en est plus complètement un : on a réussi à faire fi de son inhospitalité pour y bâtir Sin City, la "ville du péché", alias Las Vegas. On ne peut qu'être étonné par cette aberration qu'est cette mégapole de 3 millions d'âmes au beau milieu de ce désert parsemé de quelques cactus. Au mieux, on accepte l'idée d'une bourgade vivant péniblement près de marécages que les premiers Espagnols ont surnommés "les prairies" ("las vegas") quand ils ont exploré l'endroit. Alors on a du mal à comprendre comment c'est possible. Et pourtant, l'explication est simple : l'eau abonde ! Et provient du barrage Hoover ("Hoover Dam"), construit à la faveur du New Deal sur le Colorado. Le problème est que moins de 10% de l'eau du Colorado parvient jusqu'à la mer et que le niveau de l'eau du lac créé par le barrage (Lake Mead) baisse sans cesse... A tel point qu'à ce rythme, il n'y aura plus de lac dans 40 ans ! On imagine que les autorités de Las Vegas se creusent les méninges pour éviter qu'elle ne se transforme en une gigantesque ville fantôme dans quelques décennies...

///////// Pour celles et ceux qui aiment les chiffres (et les petites anecdotes)

Los Angeles :  Californie, côte sud (attention, la capitale est Sacramento) ; 19 millions d'habitants (agglomération), une centaine de langues du monde parlées localement, avec prépondérance de l'espagnol et de l'anglais. Le centre ville est étroit, mais l'agglomération est immense et se compose de nombreuses villes dont les plus célèbres sont Hollywood, Santa Monica, Beverly Hills, Bel Air, Venice Beach, etc. Située sur la faille de San Andreas (ligne de frottement de 2 plaques tectoniques), Los Angeles est soumise en permanence au risque sismique. C'est pourquoi il a fallu attendre les années 1970 pour y voir les premiers buildings, avec un développement dans le quartier des affaires (Bunker Hill) depuis les années 1990. Le développement extraordinaire de la ville est récent car elle n'était encore qu'une ville moyenne au milieu des champs d'orangers en 1910. Cette année-là, un certain David Griffith, cinéaste à New York, découvre un bled nommé Hollywood et en fait la promotion auprès de ses collègues. Et depuis, Los Angeles vit dans l'extravagance qui en a fait une ville hors du commun, certains spécialistes pensent qu'elle préfigure les villes du futur...

San Francisco : Calfornie, côte centrale ; 800.000 habitants sur la commune, mais 7 millions dans l'agglomération, qui englobe la fameuse Silicon Valley. En fait, San Francisco est le centre d'une conurbation qui continue de se développer autour de la baie du même nom. San José (2 millions d'habitants) et Oakland (1 million) en font partie. San Francisco est un important centre universitaire (Université de Berkeley notamment), une ville à la population très cosmopolite (importante présence asiatique) et au niveau de vie élevé (avec de fortes inégalités). Elle est également soumise en permanence au risque sismique, qui s'est réalisé de manière spectaculaire en 1906 (3.000 morts, destruction de la ville). Pour l'anecdote, c'est dans la baie de San Francisco que se situe l'ancienne prison fédérale de haute sécurité d'Alactraz, où fut détenu Al Capone (1 million de visiteurs par an).

San Diego : Californie, côte sud sur la frontière mexicaine. 3 millions d'habitants dans l'agglomération côté américain, mais pour avoir une mesure plus juste, il faut y ajouter les 2 millions qui habitent Tijuana de l'autre côté de la frontière (bien gardée). S'il n'y avait pas eu la guerre du Pacifique entre 1941 et 1945, la ville ne serait pas aussi développée aujourd'hui. Car c'est grâce à son port militaire de première importance qu'elle a grandi rapidement. Aujourd'hui, elle tend à se rapprocher de Los Angeles, distante de 200 km, à tel point que certains parlent de "San Angeles" ! La ville attire de nombreux visiteurs grâce à son zoo, l'un des plus vastes au monde, vestige d'une exposition de 1915, dans un parc nommé "Balboa".

Las Vegas : Nevada, pointe sud. 2 millions d'habitants dans l'agglomération. Ville de l'industrie du jeu par excellence, elle est sortie de terre grâce à l'argent blanchi de la Mafia à partir des années 1955, celle-ci se voyant progressivement menacée à Cuba (où elle avait massivement investi) par le climat révolutionnaire qui y sévit alors. Aujourd'hui, la ville est devenue plus touristique et familiale et le "Strip" sur lequel on construit les hôtels-casinos de 4.000 chambres n'en finit pas de s'allonger. Les plus célèbres sont Caesar's Palace (là où Céline Dion a chanté tous les soirs pendant 5 ans), le Bellagio, le Venetian, le Paris Las Vegas (avec sa Tour Eiffel de 165 mètres), le Circus Circus (en forme de cirque), le Casino Royale, le Wynn, le Louxor (en forme de pyramide égyptienne), le MGM, l'Excalibur (en forme de château fort), le Tropicana (l'un des premiers), le Trump (l'un des derniers), etc, etc. Avec de telles capacités hotelières, il n'y a rien d'étonnant à ce que Las Vegas soit la 1ère destination touristique au monde (40 millions de visiteurs chaque année).

Salt Lake City : Utah, près du Grand Lac Salé. Perchée à 1.300 mètres d'altitude en moyenne (avec une pointe à 2.900 mètres), la ville des Mormons (secte religieuse qui fonda la ville au milieu de rien en 1847) compte 2 millions d'habitants dans son agglomération, soit 85% de la population totale de l'Utah. Contrairement au reste de la région, la ville bénéficie d'une relative humidité, ce qui a permis le miracle de son développement, qui a été boosté par l'arrivée du chemin de fer en 1869. C'est aujourd'hui une ville minière, industrielle (raffineries, textile, métallurgie, agroalimentaire) et administrative. Les confessions sont diversifiées, puisque les Mormons ne représentent que 45% de la population. La polygamie (appréciée des Mormons) est devenue illégale depuis longtemps, mais reste pratiquée de façon marginale.

Phoenix : Arizona, au centre. 4 millions d'habitants dans son aire urbaine. Simple bourgade perdue au milieu du XIXème siècle, la ville du soleil (Sun City) prend son essor avec l'arrivée du chemin de fer en 1880, mais surtout avec l'arrivée de l'eau en 1911 par la mise en service d'un barrage. Elle attire alors de nombreux visiteurs de Los Angeles venus y respirer l'air pur. Peu à peu, elle devient une ville de villégiature et s'etend horizontalement. Elle connaît un boom spectaculaire pendant la seconde guerre mondiale car elle devient un centre industriel de production d'armements et d'avions de combat. Mais elle a conservé son âme de villégiature et de nombreux habitants de Los Angeles viennent y passer leur retraite (300 jours de soleil par an !). Du coup, même si quelques buildings ont été construits, la ville reste résidentielle et s'étend sur 70 km par 50 km. Ses habitants refusent les grands projets d'urbanisation. Grâce à son Université, la ville a su attirer les industries de pointe.

Si vous voulez creuser davantage ces sujets, une excellente source généraliste est Wikipedia. Nous vous conseillons aussi les quelques ouvrages suivants :

Frédéric Leriche, « Le redéveloppement urbain de Mission bay à San Francisco », L'Information géographique, vol. 69, no  8107,? décembre 2005

Geneviève Gaillard et Jacqueline Souchon, San Francisco et nulle part ailleurs/The City by the Bay, PIPPA, coll. « Itinérances » ; et bien sûr wikipedia.

les ouvrages de l'historien américain Mike Davis (City of Quartz Los Angeles Capitale du Futur, Paris, La Découverte, 2006)

Bradford Luckingham, Phoenix: The History of a Southwestern Metropolis, University of Arizona Press,? 1995,

Las Vegas Parano de H.S. Thompson : une vision stupéfiante de la ville.

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La Thaïlande

 

/// Qu'est-ce que la Thaïlande ?

Ce qu'il est convenu d'appeler "Thaïlande" aujourd'hui est une partie de la péninsule Indochinoise, c'est à dire la partie continentale du Sud-Est asiatique.

Oui, car il est illusoire de chercher à comprendre ce pays si on ne le replace pas dans son contexte. Et son contexte, c'est la péninsule Indochinoise. C'est dans cette région que les hommes ont bâti des royaumes, se sont affrontés et ont tissé des liens commerciaux.

Pour autant, la Thaïlande a des frontières et des voisins dans cet ensemble, comme le montre cette carte :

 

De nos jours, la Thaïlande a des frontières avec 4 pays : le Cambodge, le Laos, le Myanmar (ancienne Birmanie) et la Malaisie. Le Vietnam, bien que non frontalier, a fait partie du pays à une époque, tout comme le Laos, le Cambodge et une partie du Myanmar. Un peu plus loin se trouvent la Chine et l ’Inde, qui ont eu et ont encore une grande influence.

 

///Découvrons le milieu naturel thaïlandais :

 

Au demeurant, ce cadre naturel est assez simple : une vaste plaine centrale arrosée par les bassins du Mékong et de la Chao Phraya, débouchant sur le Pacifique et encadrée par les chaînes montagneuses qui prolongent le massif himalayen.

Facile à atteindre par la mer et à traverser par ses fleuves, la région se situe au carrefour de la Chine voisine, de l ’Inde et des archipels malais et indonésien. Elle est de longue date une terre d ’échanges et d ’influences sur de longues distances.

La région est suffisamment proche de l ’équateur pour connaître un climat tropical marqué par une période de fortes pluies appelée mousson. Concrètement, il faut chaud toute l ’année, avec plus de fraîcheur par moments dans les montagnes. Les disparités se font davantage au niveau de l ’humidité, très forte vers le sud-ouest et de plus en plus faible en remontant vers les plateaux du nord-est, qui sont même secs et arides par endroits. Avec un tel climat, la végétation est luxuriante et très diversifiée : on y retrouve palmiers, cannes à sucre, bananiers, riz, manioc, manguiers, etc. Ce qui n ’empêche pas l ’activité humaine de faire reculer la forêt...Le monde animal est tout aussi diversifié : éléphants, tigres, singes… mais hélas lui aussi menacé notamment du fait de la réduction de son habitat.

Ce cadre naturel a modelé le pays et ses styles de vie. En effet, la Thaïlande regroupe 3 grandes régions très différentes :

- la vallée centrale, qui constitue le cœur du pays.

- au nord, les zones montagneuses, succession de peuples aux cultures très diverses, plus pauvres et récemment intégrés dans le royaume (oui, la Thaïlande est un royaume).

- au sud, la péninsule malaise, partagée avec le Myanmar et la Malaisie, qui se démarque du pays sur presque tous les points : vie insulaire ou péninsulaire, climat plus maritime, histoire liée à celle de l ’archipel…Les provinces frontalières avec la Malaisie sont majoritairement musulmanes et réclament leur indépendance

    

 

/// Quelques repères :

Sur l ’embouchure de la Chao Phraya, s ’étend Bangkok et sa vaste agglomération de 15 millions d ’habitants. C ’est la capitale du pays.

100 km au Nord , se trouve Ayutthaya, ancienne capitale du Siam.

A 450 km de Bangkok, vous trouvez Sukhotaï, ancienne capitale d ’un royaume Thaï. Puis Chiang Maï, principale ville du nord du pays, sur les contreforts montagneux. Vous serez alors à 700 km de Bangkok. Près de la péninsule malaise s'étendent de multiples petites îles comme celle de Ko Samui, 500 km au sud de la capitale.

Pour compléter ce repérage, sachez que Phnom Penh, capitale du Cambodge est à 600 km sur le Mékong, que Yangon, capitale du Myanmar est à 800 km côté océan indien et que Hanoï, capitale du Vietnam est à 1.100 km au nord.

Outre Bangkok, les plus grandes métropoles de la région sont Singapour (à 1.500 km au sud) et Hong Kong à 2.000 km en Chine du Sud.

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Les Antilles

///////  C'est où les Antilles ?

En principe, tout le monde sait que les Antilles sont des îles. Oui, mais des îles, il y en a beaucoup, sur notre boule bleue... Du coup, on rencontre souvent des gens qui peinent à les situer : pour certains, les îles sont nécessairement dans le Pacifique ou vers l'Afrique, là où il y a du soleil et des cocotiers. Un peu caricatural, mais faites le test dans votre entourage, histoire de voir...

Et pourtant, deux départements français sont aux Antilles, sans compter les îles à statut particulier dans l'archipel. Mais ça ne règle pas le problème, puisque tout le monde ne sait pas situer tous les départements du territoire français, que ce soit sur le continent où ailleurs !

En fait, les Antilles sont dans l'hémisphère Nord, dans l'Atlantique, comme l'Europe. Pas très exotique a priori. Rassurez-vous, ces îles sont bien sous le soleil et les cocotiers (entre autres !) car en pleine zone tropicale.

Pour être plus précis, les Antilles forment un vaste archipel long comme la Méditerranée, qui commence au large de la Floride et se termine en Amérique du Sud.

/////   C'est quoi, au juste, les Antilles ?

Vous le savez maintenant, c'est un immense archipel dans l'Atlantique, près des côtes américaines en zone tropicale. Mais ce n'est pas tout. Cette longue série d'îles, est loin d'être uniforme, c'est le moins que l'on puisse dire.

Nous avons d'un côté le monde des Grandes Antilles : Cuba, notamment, est plus vaste que le Portugal. Nous y trouvons aussi Hispaniola (que se partagent Haïti et la République Domincaine), la Jamaïque et Porto Rico (cette dernière étant un territoire des Etats-Unis). A elles seules, ces 4 îles couvrent 90% des terres antillaises.

D'un autre côté, nous avons le monde des Petites Antilles, qui forment un arc entre Porto Rico et le Vénézuela, le long de la plaque tectonique des Caraïbes, l'une des plus actives sur la planète... Ce "détail" a son importance pour comprendre le mode de vie des Antillais : éruptions volcaniques et tremblements de terre se manifestent souvent, parfois de façon spectaculaire et dévastatrice. La ville de St Pierre en Martinique (30.000 habitants) a été rasée par une éruption en 1902, par exemple. Plus proche de nous, un tremblement de terre a pas mal secoué la même Martinique en 2007. Mais fort heureusement, le sous-sol s'exprime de manière plus douce le plus souvent : poussières volcaniques, séismes de faible magnitude, etc.

Entre cet arc et le continent s'est formée la mer des Caraïbes, à peu près de la même taille que la Méditerranée.

Certains mettent les Bahamas dans les Petites Antilles. S'agissant d'un archipel très différent sur tous les plans, nous ne retiendrons pas ce choix ici.

///   Parlons un peu du climat

Concées entre l'équateur et le tropique du Cancer, les Antilles sont intégralement sous un climat tropical. C'est à dire chaud toute l'année (la température de base se situe entre 28°C et 30°C), avec une saison sèche et une saison humide. Du moins en théorie.

En effet, avec le dérèglement climatique général que connaît notre planète, l'ordre des saisons a été progressivement bousculé. Les pluies se manifestent plus ou moins toute l'année, avec des épisodes de temps sec imprévisibles. Les Grandes Antilles sont parfois atteintes par des masses d'air froides provenant du Canada... Pour autant, le climat reste chaud et humide toute l'année, ce qui permet la culture de plantes très sensibles sur ce point : canne à sucre, tabac, café, fruits tropicaux, etc.

Du fait de la présence très forte de la mer, les îles sont soumises aux caprices de la météo marine : vents (on parle des alizés vers la fin de l'année), tempêtes, pluies parfois violentes et même cyclones possibles entre juin et novembre, quand la température de la mer dépasse les 28°C (ça fait rêver, mais il y a une contrepartie...). On parle de saison cyclonique, même si le risque est relativement limité si on se place du point de vue de chaque île : lorsqu'un cyclone se forme au large des côtes africaines, il prend de la force en traversant l'Atlantique et s'abat sur les côtes américaines ; selon les vents, les pressions, les températures et bien d'autres paramètres, le cyclone suivra une trajectoire qu'il est bien difficile de calculer avec précision compte de tenu de la faible étendue des îles, notamment les Petites Antilles. Pour donner une idée, la Guadeloupe est 6 fois plus petite que la Corse... Aussi, lorsque cyclone il y a (et il y en a chaque année plus du fait du dérèglement climatique global), ce dernier peut ravager n'importe quelle île et même remonter les côtes d'Amérique du Nord jusqu'au Canada (comme cela a d'ailleurs été le cas récemment). Lorsqu'un cyclone vient mourir en mer (cela arrive, fort heureusement), il peut provoquer de la houle plus ou moins destructrice sur les côtes des îles (comme ce fut le cas en Martinique en octobre 2009).

Mais hormis ces quelques petits inconvénients, le climat antillais est dans l'ensemble bien agréable : baignade toute l'année (lorsque les pluies ne l'empêchent pas à cause des déversements des rivières dans l'eau des plages qui devient alors trouble et sale), vie au grand air (on vit les fenêtres et portes ouvertes), grande diversité de fruits, légumes et plantes tropicales, paysages paradisiaques par endroits...

Pour ceux qui proviennent de régions tempérées et qui seraient tentés d'y vivre, il faut juste avoir en tête que vous n'aurez pas d'alternance de saison, ce qui modifie le rapport au temps, car ce dernier paraît continu. C'est sans doute un détail, mais on finit par perdre la notion du temps et mélanger les années. Les repères deviennent le dernier cyclone, le dernier tremblement de terre ou les derniers mouvements sociaux, mais on sort du domaine de cet atlas...

/// Pour les fous de chiffres :

Surface des terres émergées de tout l'archipel : 235.000 km² (identique à la Grande-Bretagne)

Population de l'archipel : 45 millions d'habitants (191 habitant / km ², soit près du double de la densité en France)

Nombre de pays : 17 (dont les Etats-Unis, les Pays-Bas, la France, le Royaume-Uni...)

Plus grandes villes : La Havane (Cuba - 2,5 millions d'habitants), Port-au-Prince (Haïti - 2,4 millions), Santo Domingo (République Dominicaine - 2,3 millions)

/// zoom sur les Antilles françaises :

Pour celles et ceux qui auraient des doutes : la Guyane française n'est pas aux Antilles, pour la bonne raison que ce n'est pas...une île ! C'est un morceau de l'Amazonie (elle porte d'ailleurs le surnom d'Amazonie française), au Nord-Est du continent sud-américain. C'est en même temps le plus vaste département français (83.000 km², soit plus de 8 fois la Gironde, que l'on tient pour le plus grand département du territoire, allez savoir pourquoi !). A ne pas confondre avec la Guyana, république indépendante mais membre du Commonwealth britannique, située à quelques centaines de kilomètres plus à l'ouest.

La Guadeloupe : c'est un archipel dans l'Archipel, puisque ce qu'on appelle l'île de Guadeloupe est en réalité l'assemblage de deux îles qui se touchent : Grande Terre au Nord et Basse-Terre au Sud (qui n'est pas basse, mais au contraire montagneuse car volcanique). Outre cette île double, en forme de papillon, la Guadeloupe compte aussi la Désirade, Marie-Galante et les Saintes (mini-archipel tout proche).

405.000 personnes y vivent (sans compter les immigrés clandestins provenant d'Haïti, la Dominique, Ste-Lucie ou ailleurs), sachant que le territoire ne fait que 1.600 km² (250 hab. au km² en moyenne, mais il faut tenir compte des espaces inhabitables (volcan, terres à pic...) pour se faire une idée de la concentration réelle...

La ville principale est Pointe-à-Pître (300.000 habitants), située à Grande Terre. Mais la préfecture est restée à Basse-Terre (11.000 habitants), qui fut la ville principale jusqu'en 1976, année où 73.000 habitants furent évacués en raison de l'activité inquiétante de la Soufrière, volcan situé dans les hauteurs immédiates.

La Martinique : contrairement à la Guadeloupe, ce n'est pas un archipel, mais une île toute seule, si on excepte les micro-îles de la côte (dont le Rocher du Diamant au sud). C'est aussi une île volcanique, qui a dû transférer sa ville principale à Fort de France après la destruction de St Pierre en 1902 (cf. supra).

Si l'on excepte les immigrés clandestins, 400.000 personnes vivent à la Martinique, sur une surface de 1.100 km ² (360 hab. au km², volcans et terres inhabitables comprises).

Fort-de-France et son agglomération immédiate compte 130.000 habitants (soit 30% de la population de l'île), mais la quasi-totalité de l'île est devenue la banlieue de Fort de France, qui concentre l'essentiel des emplois : chaque matin et chaque soir, les routes des quatre coins de la Martinique se chargent de véhicules assurant le trajet domicile-travail (ô combien long pour certains !).

La Martinique et la Guadeloupe sont à la fois ressemblantes et différentes, soeurs et concurrentes, mais surtout complémentaires sur bien des aspects : économique, historique, culturel... Les relations complexes qu'elles entretiennent sont à l'image de l'histoire de l'Archipel des Antilles, qui fut le théâtre des affrontements et des crimes des anciennes puissances coloniales. Les Antilles ont une histoire riche, profondément inscrite dans les consciences, qu'il faut connaître au moins dans ses grandes lignes pour commencer à comprendre cette région à l'extrême diversité.

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L'Afrique du Sud

Même si la géo n’est pas votre point fort, localiser l’Afrique du Sud ne devrait pas vous poser de problème !

C’est le sud du continent africain, tout simplement…Un sud grand comme le Québec ou 2 fois et demi la France.

Et une Afrique pas ordinaire…

Bien sûr, on y trouve de la savane, des lions, des éléphants et autres buffles. On y trouve un peu de désert, des grands espaces, des lacs infestés de crocodiles, etc.

Mais on y trouve aussi des champs de maïs comme en Belgique, des vignobles comme en Californie, des villes modernes, des autoroutes et des animaux des pays froids, comme des manchots ou autres phoques venus de l’Antarctique.

Impossible de décrire de manière synthétique le paysage sud-africain : on y trouve de tout.

Vertes étendues, plages aux eaux froides bleu intense, pistes sillonnant les vallées minières arides, montagnes, plateaux, tout y est. Ce pays est avant tout un pays de contrastes.

Sans parler des contrastes sociaux issus de l’histoire difficile du pays : townships par ici, villas cossues par là. Soweto, foyer anti-apartheid il n’y a guère longtemps, est aujourd’hui une ville dynamique où se créent des entreprises au milieu de quartiers qui restent défavorisés dans l’ensemble.

Mais soyons tout de même plus précis.

D’abord, il faut avoir en tête que nous sommes dans l’hémisphère australe : été en janvier et hiver en juillet ; chaud vers le nord et froid vers le sud.

N’allez pas croire que l’hiver est un vain mot, car le pays est pour l’essentiel perché sur un haut plateau encadré de montagnes (Drakensberg, altitude moyenne 3.000 m) : le gel n’est pas rare et on fait même du ski par endroits ! Sans compter qu’un courant froid (le Benguela) rafraîchit considérablement l’atmosphère le long de la côte atlantique.

Oui, car le pays donne sur deux océans : Atlantique à l’ouest et Indien au sud et à l’est. La façade indienne est, quant à elle, parcourue par un courant marin chaud (courant dit des Aiguilles). Ce courant fait littéralement demi-tour à l’approche du Cap de Bonne Espérance, si bien que cette région est baignée à la fois par un courant froid et un courant chaud. C’est ce qui a favorisé la cohabitation d’espèces animales et végétales de pays chauds et froids. Dans l’arrière-pays du Cap, vous rencontrerez aussi bien des autruches que des manchots ou des babouins…

Si vous aimez la baignade, évitez la côte atlantique, même en été (janvier/février) car la température de l’eau plafonne à 14°C les bons jours. Préférez la côte indienne, qui devient de plus en plus tropicale à mesure qu’on remonte vers le nord (hémisphère sud oblige).

Pour le reste, on a l’habitude de découper le pays en quatre grandes zones :

  • la région du Cap
  • le sud-est ou région de Durban
  • la côte atlantique
  • les plateaux du nord

La région du Cap est escarpée : on parle de "ceinture plissée du Cap", constituée d’une série de chaînes de montagnes moyennes. Tout près de la ville se dresse la Montagne de la Table, dont le sommet plat est caractéristique.

Tout autour s’étendent les froides eaux atlantiques. L’Océan Indien ne commence qu’à 200 km de Cape Town, après le cap des Aiguilles.

Bien entendu, la région est relativement urbanisée du fait de l’agglomération de quelques 2,5 millions d’habitants dans Le Cap et ses banlieues.

Une fois passés les nombreux townships de l’agglomération, l’arrière pays s’ouvre sur des paysages agricoles et viticoles, entrecoupés de massifs rocheux et parsemés de villas au toit de chaume.

Le climat de cette région est généralement décrit comme méditerranéen. Une fois sur place, il faut nuancer car l’été n’y est pas très chaud du fait du passage du courant froid sur la côte et de l’altitude dans les terres. En revanche, la luminosité et l’ensoleillement sont au rendez-vous.

Durban, c’est la grande ville de la côte indienne. Avec ses 3,5 millions d’habitants, elle dépasse largement Port Elizabeth (1 million) et East London (0,5 million), les deux autres grandes agglomérations de cette immense littoral (plus de 2.000 km).

Elle constitue une sorte de capitale naturelle à ce qu’il est convenu d’appeler "le Sud-Est", c’est à dire l’essentiel des régions qui longent le littoral indien. Les contreforts du Drakensberg descendent lentement vers la mer, laissant une bande côtière plus ou moins large où se concentrent les villes et voies de communication. Lorsque l’on sillonne cette côte vers le lointain Mozambique, les paysages se tropicalisent, avec une infinité de plages battues par les lames océaniques. L’intérieur des terres est agricole tant que le relief le permet car le climat subtropical humide favorise de nombreuses cultures : canne à sucre, bananes, fruits tropicaux, etc. Mais assez vite, l’altitude reprend ses droits, si bien que le climat devient plus frais et plus sec, laissant des paysages plus arides.

Changeons de monde et passons sur la côte atlantique: ici, c’est le désert. Ou plutôt les déserts : celui du Kalahari, qui s’étend vers les pays voisins (Namibie et Botswana) et celui de Namib, qui longe toute la côte quasiment jusqu’en Angola. Nombreux sont les navires qui se sont échoués sur cette côte déserte qui n’en finit pas et truffée de courants.

Rien d’étonnant à ce que cette zone soit la moins peuplée du pays. Elle compte toutefois quelques villes sur le plateau du Grand Karoo, qui recèle d’importants gisements de toutes sortes de minerais, dont le diamant.

Dans le prolongement du Grand Karoo se situent les plateaux du Nord. N’oublions pas qu’ici Nord rime avec chaud et c’est donc dans cette partie que le pays prend ses allures véritablement africaines. Une fois passée la mégapole de Johannesburg et Pretoria, on pénètre dans des paysages magiques : vallées fertiles, plateaux de savane, réserves animalières sauvages, puis un parfum d’aventure qui s’accroît à mesure qu’on s’approche du Zimbabwe et du Mozambique.

Ici, le climat est clairement tropical, si on met à part Johannesburg, toujours à cause de l’altitude (il neige parfois sur la ville en hiver, contrairement à Pretoria, à seulement 55 km mais plus basse).

Un mot au sujet de la capitale du pays : il serait illusoire de croire que dans un pays où l’on parle 11 langues officielles (eh oui, 11…) et qui se définit comme "la nation arc-en-ciel", on se contente d’une seule capitale ! Alors il y en a trois: Pretoria, la capitale administrative, Le Cap, capitale législative et Bloemfontein, la capitale judiciaire. Voilà une vraie séparation des pouvoirs ! Alors si vous dites que vous êtes allé à Johannesburg, la capitale de l’Afrique du Sud, vous avez maintenant de quoi corriger !

Quelques chiffres pour mieux prendre la dimension du pays :

La population sud-Africaine dépasse les 53 millions, soit un peu moins que celle de l’Espagne et du Portugal réunis.

  • 30% des habitants ont moins de 15 ans et 4% ont plus de 65 ans.

Pour comparer, la France compte 20% de moins de 15 ans et 20% de plus de 65 ans.

  • 80% des sud-Africains sont Noirs, 10% sont Blancs et 10% sont Métis ou Indiens.

Les Noirs vivent principalement dans la moitié Est du pays, l’autre moitié étant occupée majoritairement par les Métis et Indiens. Les Blancs se concentrent dans certaines zones, principalement urbaines.

  • 1 sud-Africain sur 10 est porteur du virus du SIDA.
  • 10% de la population vit dans l’extrême pauvreté. La moitié des sud-Africains vit avec moins de 300 euros par an. La criminalité est une des plus élevées au monde : 25.000 meurtres, 50.000 viols et 300.000 cambriolages sont commis chaque année. Les riches vivent très souvent dans des quartiers barricadés sous haute surveillance.
  • L’espérance de vie est de 57 ans pour les hommes et 60 ans pour les femmes. Elle est de 80 ans en Belgique, à titre de comparaison.
  • Un million de sud-Africains blancs ont quitté définitivement le pays depuis 1994.

Au plan économique, l’Afrique du Sud produit à elle seule le quart de la richesse de tout le continent africain. 61 des 100 premières multinationales africaines sont sud-Africaines. Le pays dispose de très importantes ressources minières. Son économie est libérale et capitaliste, mais avec une forte implication de l’Etat pour corriger peu à peu les profondes inégalités issues de l’Histoire et qui ont tendance à perdurer. Pour illustrer, près de 90% des terres agricoles appartenaient à des fermiers blancs à la fin de l’Apartheid. 30% devaient être redistribuées à des fermiers noirs par un système encadré par la loi. Aujourd’hui, cet objectif est repoussé à 2025, tandis que beaucoup de terres ré-attribuées le sont à des fermiers qui ne disposent pas de moyens suffisants pour les exploiter…

 

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La Chine orientale

Inutile d’essayer, décrire la Chine en peu de mots est impossible.

Sans compter que l’Homme a commencé à en transformer une partie des paysages il y a bien longtemps, ce qui n’a pas manqué de les complexifier…

Avant tout, bordons l’exercice : après tout, notre ambition n’est pas de découvrir la totalité de cet immense pays, mais la Chine orientale "seulement". Encore faut-il en délimiter les contours dans l’ensemble chinois.

Donc, quelle est l’étendue de la Chine ?

On peut citer des chiffres : 10 millions de km², identique au Canada, à la moitié de la Russie ou 20 fois la taille de la France. 5000 km d’Est en Ouest, 4000 km du Nord au Sud.

Impressionnant, mais pas très parlant, n’est-ce pas ?

Alors on peut aussi donner quelques indications de terrain : un habitant de l’extrême ouest de la Chine se trouve grosso-modo à mi-chemin entre Pékin…et Istanbul ! Autant dire qu’il se sent assez lointain de sa capitale, d’autant que ses voisins sont Pakistanais, Ouzbeks ou Afghans… Il vit dans les hauts plateaux himalayens ou près du désert du Taklamakan, bref dans les grands espaces peu peuplés au cœur du continent asiatique.

Dans ces contrées immenses et hostiles, on ne se sent pas toujours chinois, mais plutôt Tibétain ou Oïghour musulman par exemple. On dénombre 56 ethnies en Chine, dont la plus présente est celle des Han, concentrés sur le versant oriental.

Mais avant de nous intéresser à cette Chine orientale, évacuons d’abord la Chine du Nord et celle du Sud, maintenant que celle de l’Ouest a été très brièvement aperçue.

La Chine du Nord est avant tout un désert, celui de Gobi, le 5ème par la taille sur notre globe, derrière l’Antarctique, l’Arctique, le Sahara et le désert d’Arabie. Il fait la jonction entre le Taklamakan à l’ouest et la Mandchourie au nord-est. Oui, car vous constaterez en regardant attentivement une carte de la Chine qu’elle possède un très grand nord-est.

A lui tout seul, ce nord-est chinois qu’on appelle Mandchourie, couvre plus de 1,5 millions de km², soit 3 fois la France ! Et il compte pas moins de 125 millions d’habitants, dont une petite partie appartient à l’ethnie des Mandchous, tandis que d’autres sont Coréens, Mongols, etc.

Ecartons donc de notre périmètre toute cette Chine du Nord, dont on gardera tout de même la région de Pekin, située du côté "intérieur" de la Grande Muraille.

La Chine du Sud, quant à elle, s’étend des cimes himalayennes éternellement enneigées jusqu’au Pacifique et à la péninsule indochinoise. Et traditionnellement, tout ce qui se situe au sud du fleuve Yangzi (alias fleuve bleu, le plus long d’Asie avec ses 6.400 km) est considéré comme la Chine du Sud.

Et ceci tant qu’on ne rencontre pas le Mékong ou la frontière vietnamienne.

Cela laisse de la place à une infinité de paysages principalement rizicoles mais aussi de nombreuses autres cultures tropicales ou subtropicales, tant que le relief ne devient pas montagnard. Cet ensemble forme une sorte de sous-continent, comportant de grandes villes, des côtes très étendues sur la Mer de Chine et des points de contact avec Hong-Kong (qui continue d’être à part malgré sa rétrocession en 1997), Macao (également sous statut spécial malgré se rétrocession en 1999) et la controversée Taïwan.

Un mot sur cette drôle d’île avant de quitter le sud chinois : de la taille d’une région française et peuplée de 24 millions d’habitants (imaginez une Ile-de-France qui serait une île avec deux fois plus d’habitants !), elle revendique la souveraineté de la totalité des 10 millions de km² du territoire contrôlé par la République populaire de Chine ! Partie de rien en 1949, elle a connu des moments très difficiles au début, mais elle a su se propulser dans les premières puissances économiques mondiales en quelques décennies…à tel point qu’elle est aujourd’hui l’un des principaux investisseurs…en Chine ! Les Taïwanais, tout pourvoyeurs d’empois qu’ils sont sur une partie non négligeable du contient, sont souvent mal perçus par les Chinois, qui dénoncent leurs méthodes capitalistes impitoyables…

Que reste-t-il de cet immense territoire que nous n’ayons pas encore évoqué ? Eh bien, la Chine orientale.

C’est le cœur de la Chine, le berceau de la civilisation Han, qui s’est imposée au fil de l’histoire sur ce pays à la dimension d’un continent. Bien entendu, ça ne s’est pas fait en un jour, mais l’histoire n’est pas notre sujet et heureusement (bien que ce soit passionnant), car il faudrait allonger démesurément cet exposé qui se veut synthétique.

La Chine orientale : de quoi parle-t-on ?

Eliminons l’approche rigoureuse qui consisterait à couper le pays en deux moitiés, car cela n’a pas de sens : trop grand, trop hétérogène et sans rapport avec la réalité du terrain.

On garde donc ce qui s’étend entre la région de Pékin, celle de Xian et celle de Shanghaï.

Pourquoi ?

Parce que la vaste région ainsi délimitée offre des dimensions somme toute humaines (et accessoirement visitables dans les conditions d’un voyage réel) et présente une certaine cohérence culturelle : c’est la Chine traditionnelle, le Milieu dont il est question dans le fameux Empire du Milieu. Ici s’est développée la brillante civilisation qui a influencé la plus grande partie de l’Asie, avec ses coutumes, sa cour impériale, son système administratif rigoureusement organisé et sa classe de lettrés très puissante.

Et ce n’est pas un hasard si c’est sur ces terres que la population chinoise a prospéré et s’est multipliée plus tôt et plus vite qu’ailleurs au monde : le sol est une vaste plaine fertile, exploitée avec intelligence. Les très nombreuses grandes villes qui quadrillent littéralement la Chine orientale sont le fruit de cette histoire plusieurs fois millénaire. La Chine d’aujourd’hui s’est peu à peu construite en ajoutant des territoires autour de ce noyau dur de la civilisation chinoise qu’est la Chine orientale.

Ce n’est pas un hasard non plus si les quatre capitales qu’a eues la Chine sont toutes situées en Chine orientale. En effet, la capitale de l’empire fut il y a longtemps Xian, qui devint aussi le point de départ de la route de la soie. Non loi, Luoyang fut à plusieurs reprises la capitale. Pékin l’est devenue relativement récemment (600 ans environ), lorsque les Ming ont transféré le siège de leur administration depuis Nanking (dans la région de Shanghaï) afin de mieux surveiller les Mongols.

Détaillons un peu le terrain de l’Est chinois :

Comme l’a vu plus haut, le sud est bordé par le fleuve bleu (alias Yangzi). N’imaginons tout de même pas une frontière entre deux sous-pays, mais c’est commode pour délimiter notre espace.

En remontant vers le nord, on longe une immense plaine plutôt bien servie par les pluies (pas autant que le sud, cependant), parsemée de lacs dont certains de bonne taille. Puis on tombe sur un autre fleuve, le fameux fleuve jaune, que les Chinois ont choisi d’appeler Huang He, moins long que le Yangzi, avec ses " petits" 5.500 km.

Si on continue vers le nord après avoir franchi le Huang He, la plaine continue jusque dans la région de Pékin (alias Beijing).

Bref, des plaines, des fleuves et des lacs jusque la Mer Jaune vers l’est, donnant sur la Corée et le Japon et jusqu’aux plateaux de loess vers l’ouest, dominés par la région de Xian.

Mais ce cadre naturel est très marqué par le patient travail humain, qui y a creusé le Grand Canal entre Hangzhou, près de Shanghaï et Pékin.

Cette artère fluviale artificielle, qui mesure aujourd’hui dans les 2.000 kilomètres, a été commencée dès le 8ème siècle avant JC!

Le tronçon initial, sur le fleuve Yangzi, a été allongé et ramifié au fil du temps et est devenu une véritable colonne vertébrale pour le pays. C’est en effet par ce Grand canal que transitaient les céréales, les troupes militaires et même les dirigeants de l’Empire en mission ou en visite. Le fleuve permettait aussi d’irriguer les terres sur de larges zones, ce qui a permis le développement sans équivalent de la Chine du Milieu. L’importance du Canal était telle que les Chinois se sont longtemps détournés de la mer et des horizons lointains. Leur ouverture sur le monde est récente et très partielle.

Pour autant, l’eau reste un problème d’actualité pour ce qui est devenu la 2ème puissance économique mondiale: plus de la moitié des Chinois n’ont pas accès à de l’eau potable… Sans compter les effets dévastateurs de la construction d’immenses barrages pour la production d’électricité. Pour endiguer ce lourd handicap, la Chine investit massivement dans les techniques de dessalement et dans la recherche. Elle développe une technologie innovante qui consiste à implanter des agents actifs dans les nuages qui passent au-dessus des régions arides, afin que ceux-ci génère des précipitations. L’impact environnemental en est pour le moment inconnu…

D’une manière plus large, la course à la suprématie économique a conduit à un développement industriel très peu soucieux de l’environnement. La Chine est ainsi devenue le premier émetteur de gaz à effet de serre, tandis que les eaux de ses fleuves principaux sont devenues inutilisables et que le désert avance de 300.000 hectares chaque année. Toutefois, une certaine prise de conscience émerge, à mesure que le niveau de vie moyen augmente…

La population, encore majoritairement rurale (55%), augmente lentement sous l’effet conjugué de la politique de l’enfant unique, qui agit à la baisse et de l’allongement de l’espérance de vie, qui agit à la hausse. Il y a seulement un demi-siècle, un Chinois pouvait espérer vivre 40 ans ! Aujourd’hui, il peut espérer vivre 75 ans.

Même si elle est fondamentalement rurale, la Chine orientale s’est de longue date organisée en un véritable réseau de villes moyennes contrôlant chacune un espace agricole de taille relativement homogène. Quand on observe le paysage depuis le ciel, on est face à une alternance de villes et champs reliés par des routes droites, faisant de l’ensemble un tableau plutôt géométrique. C’est la marque de la suprématie de l’Homme sur la nature dans cette région du monde. A cet ordre visuel répond l’ordre qui prévaut sur le terrain : longue tradition administrative, prévalence de la discipline collective sur le libre arbitre individuel, respect des codes sociaux et de l’autorité… Autant d’éléments qui tendent à s’évanouir dès qu’on arrive dans les grandes villes.

Shanghaï, en particulier, prend le contre-pied de l’esprit chinois par sa démesure, sa modernité, son ouverture, son libéralisme. Ce qui a longtemps été un port assez modeste est devenu au 19ème siècle une zone de libre échange (parmi d’autres) concédée par la dynastie des Qing aux Européens après les guerres de l’opium. Depuis, elle n’a cessé d’attirer les entrepreneurs ou aventuriers de tout poil, en provenance des quatre coins du monde et de l’arrière-pays chinois, pour ceux qui parvenaient à se soustraire aux contrôles des autorités.

Oui, car la Chine entretient deux systèmes : le système communiste comme socle et des zones libérales comme exception. N’est pas habitant de Shanghaï qui veut : il faut patienter de longues années à travailler dans la ville pour obtenir le droit de s’y installer définitivement. Certains parents fuyant la misère passeront leur vie à attendre, dans l’espoir d’une place au soleil pour leurs enfants. En effet, Shanghaï est perçue comme un Eldorado, qui offre des opportunités à qui veut s’en donner la peine. Quand on flâne sur le Bund, on sent une atmosphère vivifiante, dynamique, presque américaine, avec les immeubles Art déco qui le longent. Pas étonnant que 25 millions d’habitants s’y soient pressés et que la construction de hauts immeubles soit frénétique. Tout comme les prix de l’immobilier, qui ont flambé.

Pékin paraît plus sage, mais elle est en pleine métamorphose. Exit les hutongs traditionnels, place aux immeubles modernes et rectilignes, ceinturés de vastes avenues bondées de grosses berlines allemandes ou américaines. Malgré ses 5 périphériques, les embouteillages sont interminables ! La ville a détruit l’essentiel de son histoire en quelques années, laissant tout de même au visiteur la possibilité de s’extasier devant la Cité Interdite, le Temple du Ciel ou bien d’autres hauts lieux témoins de la splendeur passée de la civilisation chinoise.

Xi’An, quant à elle, est aujourd’hui un immense chantier peuplé de 10 millions d’habitants, ce qui n’est pas énorme en Chine orientale. Une armée de grues aux quatre coins de l’agglomération bâtit des centaines d’immeubles de grande hauteur. On a du mal a imaginer l’ancienne ville, dont il ne reste que quelques fragments au sein des remparts refaits à neuf : Tour de la Cloche, Pagode de l’Oie Sauvage, Grande Mosquée…

La ville attire de très nombreux touristes, notamment chinois, venus admirer le mausolée de l’Empereur Qin et son armée en terre cuite découverte il y a 40 ans.

Malgré sa standardisation, la ville devient attachante pour qui sait se plonger dans l’atmosphère de ses marchés, de histoire au musée provincial, de son quartier musulman datant de la route de la soie, de ses places bariolées de cerf-volants, etc.

Mais le vrai dépaysement pour un visiteur occidental, se fera dans les petites villes ou dans certaines villes appréciées par les Chinois pour leur cachet, comme Suzhou, près de Shanghaï. Ils y apprécient l’architecture des maisons, la sérénité des jardins, les promenades sur les canaux, etc.

Autant de choses simples qui ne prennent un sens que pour qui sait les contempler.

Sélection de sites pour en savoir plus :

Quelques pièces du musée provincial du Shaanxi

Précisions sur la Grande Muraille

Visite virtuelle de la Cité Interdite

Portail sur Shanghaï

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